Youpi! des images!

18 oct.

les alentours de Brasov

Dan me fait l'honneur de prendre deux jours de pause pour me faire respirer l'air hors des murs de Brasov. Arrimés à sa brave petite Opel, nous traversons une partie relativement plate des Carpates vers le Nord-Ouest pour rejoindre les salines de Praid.
Habitués, Français que nous sommes, à parcourir de grandes distances sur de superbes routes asphaltées avec élégance, nous oublions que 140 km peut éventuellement nécessiter 3h de route (arrêt photos et pipi inclus). Imaginez : un ciel bleu, des forets gorgées de couleurs automnales, des villages aux maisons trapues et également colorées (j'adore leur utilisation du vert, injustement associé en France à l'environnement hospitalier et médical), des charrettes tirées par des chevaux, des figures fripés de vieilles dames enfoulardées, et les courbes de la route.
Je remarque que les visages croisés sont soit de la couleur sombre des Tsiganes, soit de la couleur claire des Roumains, Hongrois ou Saxons (Dan m'informe qu'il y a certains villages où l'on ne parle que Hongrois), mais rarement les deux mélangés dans le même village... apparemment, la cohabitation est rude.

Village de Praid. Nous nous engouffrons dans un vieil autobus à accordéon qui nous envoie directement dans les profondeurs de la mine de sel par un tunnel peu large. Le trajet n'est pas long, mais déjà tout est différent : l'odeur, mélange de souffre et de varech, et la température qui baisse jusqu'a 17 degrés, été comme hiver. On s'habitue aux deux. Sortis du bus, il faut encore descendre une longue volée de marches pour atteindre le sol lisse et brillant de la mine (et salé!). Ici, le "plafond" est loin du sol, et plusieurs aires de jeux genre "acrobranche" grimpent jusqu'à 10 mètres de haut. Comme les propriétés du lieu sont prouvées médicalement (surtout pour les traitements de problèmes pulmonaires), tout est arrangé pour que l'on puisse passer plusieurs heures par jour sous terre sans trop s'enquiquiner. Des tables à pic-nique, des prises de courants pour nos chers ordinateurs portables (oui, y'a le wi-fi), une cantine, des petits magasins de produits locaux et savons français, et bien-sur une chapelle.


16 oct.

Brasov ça ne vous dit rien, mais Dracula ça vous parle?

Un petit trajet de 3h en train m'emmène doucement de la plate plaine de Bucarest au centre des Carpates en Transilvanie. La nuit est tombée, Brasov étale son nom en grosses lettres lumineuses en haut d'une des montagnes qui l'entourent - "des collines" me diront les alpinistes. Dan est à l'heure à la gare, on monte direct dans sa vieille Opel (on aurait pu s'attendre à une Dacia) et on trace pour rejoindre sa compagne Cristina et leur fillette Sofia (2 ans, et jamais d'accord pour aller se coucher, évidemment).

On m'avait parlé de "petite ville", mais c'est une commune de plus de 328 000 habitants qui s'étale sous mes yeux le lendemain matin au grand jour. Je ne vais pas étaler toute l'histoire de Brasov (Wikipédia est là pour ça) mais c'est une ville chargée d'histoire, dont le centre ancien est toujours ceint d'une muraille fortifiée, de plusieurs tours de garde, et de deux portes anciennes.

Anca, fervente passionnée d'histoire, me fait un petit tour du propriétaire. On entame la journée par le passé Hongrois et Allemand de la ville (appelée Kronstadt pendant un temps - ville de la couronne), on saupoudre de période du communisme imposé par la Russie après la seconde guerre mondiale, et en dessert on aborde la "question Rom" du double point de vue de Roumain et Français. Oui, nos "Roms" qui errent en France et indisposent les ménagères au marché le samedi matin crapahutent également en Roumanie avec le meme dénuement qui dérange. Force est de constater que nous autres "de l'Ouest" faisons un furieux gloubi-boulga entre "Rom" et "Roumain". Si les deux noms sont similaires, ils n'ont pourtant aucun lien : le mot "Rom" ou Rrom" signifie en langue rromani "homme accompli et marié au sein de la communauté" (source : Wikipédia, encore). Les Roumains de Roumanie, eux, n'ont rien à voir avec la culture Rrom, mais vivent aux côtés de plusieurs minorités ethniques, dont celle des Rroms.

Et Dracula dans tout ça? Il parait qu'il s'était installé au chateau de Bran, petit village très calme non loin de Brasov, histoire de se trouver de jolies et jolis jeunes gens à inviter pour boire un coup tranquille. Et puis bon, il parait aussi que cette histoire est relativement biaisée par monsieur Bram Stoker qui a situé son roman dans un chateau qui n'existe pas, et certains se sont dit que ce serait bien que ça se passe au chateau de Bran... mais finalement aucun document ne prouve son passage dans ce chateau. Fausse route.


12 oct.

Bucarest, Bucuresti pour les intimes

Bucarest, Roumanie

Première fois pour moi. C'est toujours plus amusant de croiser une bonne occasion d'aller voir un pays inconnu. Cette fois-ci il s'agit de films d'animation et du festival Anim'Est.

Premier jour sous la pluie battante, la ville révèle jalousement quelques belles demeures enchoucroutées flanquées de grands immeubles soviétiques.
L'endroit où se passent les soirées du festival est assez fou. Vieille baraque bourgeoise dont on remarque a peine la façade depuis la rue, crasseuse et fenetres barrées de planches, à peine restaurée et régulièrement infestée d'artistes, d'expos, de projections et de concerts en tout genres. L'histoire de cette grande demeure est assez représentative de l'histoire avec un grand H. D'abord propriété d'une grande famille aisée roumaine (on le constate en voyant les restes de boiseries sombres dans l'entrée, les immenses plafonds ouvragés), construite au début du 20eme siècle, elle est ensuite retirée à ses proprietaires au moment de l'arrivée du pouvoir soviétique. Vers le début des années 2000, après avoir été propriété de l'état pendant la période qui suivit la révolution de décembre 1989, les immeubles et maisons sont restitués à leurs propriétaires, souvent trop peu argentés pour pouvoir assumer les travaux de rénovation nécessaires

Je rencontre deux étudiants en cinéma, Radu et Laura, franchement sympathiques, qui m'ont emmenée voir deux autres grandes maisons également réinvesties en bar-restau-lieu artistique. Parfois ils refont tout, mais parfois ils les gardent en l'état, avec les vieilles peintures murales encore présentes à certains endroits, dans le genre papier peint mais peintes directement sur l'enduit (assez sombre comme rendu), les vieux poels recouverts d'émail ouvragé, les vieux parquets noircis par le temps. C'est hype, certes, mais c'est beau (bobo).
L'auberge de jeunesse dans laquelle je loge est encore une de ces superbes demeures bourgeoises, sans jardin mais le long de laquelle passe une cour longue et pavée, et sur le mur du bâtiment d'à coté pousse une charmante vigne vierge. L'intérieur est restauré avec gout - enfin, tout est subjectif, mais ya du beau parquet, et ça je kiffe.


29 avr.

La chasseuse revient

Pour vous allécher un peu, quelques recherches de coiffure latina pour ma chasseuse d'hommes, prochainement dans FreakShow Comix #2 (édité chez Turut).

Soon, a new story of "the hunteress" (it have to be the feminine name of hunter!), in the new FreakShow Comix #2 (published by Turut). Latina haircuts.


Rose partout, même dans ton assiette

Un salon de thé aux murs rose et fuchsia, tellement exagérément rose qu'il fallait y entrer.

A tea room in Paris, so pink and fuchsia, so excessively pink that I had to come in.


07 fév.

Indiens Yanomami


31 dec.

la dernière avant l'autoroute

les gens du nouvel an 2014
new year's people 2014


26 nov.

mi-lampe mi-paquebot

half-lamp half-cruiser


25 nov.

être là

be there


11 oct.

Athènes l'anarchiste


Athènes, Grèce
4-5 octobre

Quelques cafés du quartier d'Exarkhia.


Lesbos, une île Grecque

Lesbos, Grèce
1-3 octobre


Troglodytes, roches et demoiselles


Cappadoce, Turquie
25-29 septembre

Après une baignade agitée pour Guillaume et Galya, nous passons la frontière turque à Sarpi. Côté géorgien, une petite chapelle, dernier bastion orthodoxe, fait face 100 mètres plus loin à la première mosquée musulmane côté turc. La route va être longue jusqu'en Cappadoce.
Autocar jusqu'à Erzurum à travers des montagnes d'abord vertes et recouvertes de plantations de thé, puis de plus en plus sèches et rocailleuses. Les Turcs creusent des tunnels incroyables, érigent des barrages époustouflants, mais prennent toujours soin de se laver les mains avant les repas, et aussi après, et aussi encore plus tard, au cas où. Difficile de refuser les tasses de thé, les fruits et les biscuits offerts en toutes occasions, dans l'autocar, à l'hôtel, dans les restaurants des bords de route. Certains commerçants poussent même jusqu'à mettre les miches de pain en vente dans une étagère vitrée à l'extérieur de leur magasin, de sorte que la personne sans le sous puisse se servir gratuitement sans être vu et sans s'humilier à demander l'aumône. Tu ferais ça en France, tout le monde se servirait sans jamais rien payer, même les riches, en Turquie non.
On croise sur la route une immense statue de Mustafa Kemal, alias Atatürk, le Turc-Père - "ata" signifie "ancêtre", comme Alma Ata signifie "Ancêtre Pomme". Son portrait est présent dans presque chaque magasin, chaque autobus, chaque hôtel ; c'est LE grand homme de la nation, premier président de la République de la première République de Turquie, qu'il fonda en 1923. Après avoir libéré l'ancien Empire Ottoman de ses occupants au sortir de la première guerre mondiale, Atatürk réforme son pays impérialiste en république laïque. Il instaure également le droit de vote pour les femmes en 1930, bien avant que cela n'arrive en France (1944). Ce culte pour Atatürk nous surprend un peu ; le bonhomme avait quand même réussi à supprimer toute opposition à son régime durant son mandat, jusqu'à sa mort en 1938.

Après une nuit dans un hôtel d'Erzurum, nous repartons pour un trajet de 14h en train jusque Kayseri, en Cappadoce. Des cabines de quatre couchettes confortables, où l'on ne dort que jusqu'à 5h du matin, heure où le chef de wagon nous réveille pour descendre du train. Sur le quai, juste avant l'aube, le froid est déjà bien mordant. Les minarets se réveillent tous simultanément et psalmodient une même voix décalée et répercutée à l'infini par les immeubles de la ville vide. Bienvenue à Ghost Town.
Il est juste possible pour nos quatre pauvres silhouettes aux yeux bouffis de s'engouffrer dans le café de la gare - déjà ouvert - et de siroter des verres de thé accompagnés d'un bol céréales au lait et au miel de l'Altaï (oui, je trimballe tout un kit petit déj' dans mon sac à dos). Il faut encore patienter jusqu'au départ du premier autobus pour Ürgüp. Mis à part le tenancier du café-épicerie, un autre homme boit tranquillement son thé. Coiffé d'une calotte comme beaucoup de Turcs de la soixantaine et au-delà, il jette quelques regards intrigués vers nous. Je me demande si Galya et moi, sans le vouloir, nous choquons sa conception de la femme. Jusqu'ici, le peu de femmes que j'ai croisées avaient les cheveux voilés par un foulard à fleurs ou autre motif bigarré. Les plus jeunes ne le sont pas, mais elles ont toutes les cheveux longs. Ni Galya ni moi n'avons la coiffure la plus répandue en Turquie.

Ürgüp. On se balade nonchalamment. La chaleur est revenue, la fatigue est estompée par le ronronnement du sang qui circule facilement dans les mains et les pieds. Je ne sais pas encore ce qui m'attend plus loin, et je m'esbaudis devant les restes de maisons troglodytes creusées dans les pans de roche rose qui dépassent entre les maisons. Le peu d'architecture Turque que j'avais vue jusqu'ici avait un goût d'anonymat fonctionnel. Ici je me sens dans un lieu chargé d'histoire, la ville garde des traces anciennes. Ürgüp a un petit goût d'Italie, même les chats et les chiens errants ont l'air d'apprécier l'endroit.

A suivre!


05 oct.

Tropical Zone


Batumi, région autonome d'Adjara , Géorgie
23-25 septembre

La mer Noire s'étend là, réelle, après des années à la voir comme une simple tache bleue sur un atlas. Elle a ses vagues, ses goélands, ses bateaux, ses ports industriels, une vraie mer quoi. On la découvre derrière une colline recouverte de végétation luxuriante et tropicale. Batumi est la dernière grosse ville côtière, à 15 km avant la frontière Truque au Sud-Ouest. La mer fascine, la mer attire, l'Homme sait ce qu'il faut faire pour construire une ville attractive : poser de gros buildings high tech aux lignes courbes le plus proche possible de la plage de galets, y balancer des casinos qui brillent, des allées propres et pavées, et quelques fontaines néo-classique 2000 représentant la virilité dorée et nue, soutenue par quelques créatures mi-femme mi-poisson se tenant fièrement des seins crachant de l'eau (à défaut de lait).
Si tu pousses un peu plus loin dans les rues, tu retrouves la Géorgie normale, avec ses innombrables vendeuses de bas et de maquillage bon marché installées le long des trottoirs défoncés, ses taxis qui rabattent le client (nous, avec nos têtes d'étrangers), ses maisons un peu effondrées et recouvertes de vigne grimpante. Nous nous précipitons dans le grand bazar pour faire nos emplettes avant de quitter la Géorgie : sels aux épices (il y en a de plusieurs sortes), "papiers de fruit" comme les appelle Guillaume (fruits cuits et étalés en galettes très fines, séchées et conservables très longtemps), tabac local, "saucisses" de noisettes (noisettes enfilées sur une ficelle sur lesquelles est versé goutte à goutte du sirop de grenade, ça durcit et devient caoutchouteux).
Le temps est hasardeux, entre grosses averses et soleil, vraiment comme dans les régions tropicales. Malgré tout, on ne peut s'empêcher de tremper nos pieds dans la mer, et elle est chaude! (mon échelle de comparaison est basée sur la température de la Manche en Côtes d'Armor, qui vogue autour des 16-19 degrés en été).

Le lendemain, nous partons explorer le fameux jardin botanique de Batumi, projet d'un fou passionné de voyages et de botanique du 19ème siècle, qui préféra confier la colline dont il était propriétaire à des jardiniers plutôt qu'à des promoteurs immobilier. Nous marchons le nez en l'air toute la journée, à observer les arbres et à chaparder les quelques fruits tombés au sol (pamplemousses et kiwis). Des maisons planquées çà et là ponctuent la promenade. On ne sait pas si elles sont habitées, ni si elles étaient là avant la création du jardin. Certaines ont bien l'air de fermettes centenaires, d'autres font très époque soviétique, genre centre de recherches à colonnes néo-classiques (décidément!). Une perte de notion du temps me prend dans ses bras. Depuis le sommet de la colline-jardin, on peut voir la mer en bas d'un à-pic et la voie ferrée tracée le long de la côte, passant devant une toute petite gare à colonnes avant de s'engouffrer dans un tunnel sous la colline. Je ne sais plus trop si je suis dans un film de Miyazaki ou sur une des planètes visitées par le Petit Prince.
Nous repartons à la tombée de la nuit sous la lumière des quelques lampadaires qui ponctuent les allées, affamés et heureux. Les maisons croisées à l'aller ont toutes les fenêtres éclairées, du linge sèche aux balcons délabrés et des éclats de cris d'enfants aspergent les branches et les feuilles. Quelle joie cela doit être de grandir dans cet immense jardin!


les montagnes pluvieuses du Svaneti


Mestia, région du Haut-Svaneti, Géorgie
21-23 septembre

Nos amis Ukrainiens, Galya et Dima, nous ont rejoint à Kutaisi pour aller ensemble dans le Massif du Svaneti, au Nord du pays (c'est toujours le massif du Caucase). Le chemin n'est pas vraiment direct, il faut d'abord prendre une marchroutka pour Zugdidi, presque à la frontière de l'Abkhazie, ex-région Géorgienne déclarée indépendante après le conflit de 1992-93 qui opposa les Abkhasiens, les indépendantistes Russes et les Géorgiens. L'Abkhasie est toujours imprimée sur les cartes géorgiennes, mais la petite ligne rouge précise que cette région, et celle de l'Ossétie, "ne sont plus sous le contrôle du gouvernement central".
A Zugdidi, on fait une longue halte. Nous ne monterons dans les montagnes qu'une fois que la camionnette sera totalement remplie. Le chauffeur insiste pour mettre tous les sacs à dos sur le toit, alors que la pluie menace lourdement. Ça fait chier tout le monde. Les Chinois, la Japonaise, les Polonais, les Français et les Ukrainiens tentent tous de lui expliquer que ce n'est guère tentant d'avoir toutes ses affaires mouillées en arrivant.
Le conflit résolu, nous partons dans une course effrénée vers les hauteurs. Le chauffeur n'y va pas de pied mort sur l'accélérateur, un vrai pro du danger. Les quatre Chinois n'ont pas l'air embarrassé, ils filment chaque parcelle de montagne, de vallée, de lac, de vache avec leur tablette. Leur enthousiasme est beau à voir.

Mestia est déjà trempée depuis plusieurs jours, et ya pas de raison que ça s'arrête pour nous. Guillaume sait très bien où loger car il est déjà venu fouler la neige par ici il y a deux ans. Nous marchons jusqu'à la grande maison des parents d'un ami de Khoka. Aleksandra, une petite femme ronde d'une cinquantaine d'années, aux cheveux bruns coupés un peu trop au carré, nous accueille chaleureusement avec du thé, du café et du ratchapuri, pain plat au fromage, cuit délicieusement au four à bois. Elle est d'origine russe, Galya et Dima nous servent d'interprètes (oui, beaucoup d'Ukrainiens parlent couramment russe). Nous profitons des dernières lueurs du jour pour faire un tour du village. Ici aussi, la mode de construire des tours était de mise. En pierre, dressées sur une section carrée jusqu'à une dizaine de mètres de hauteur, avec quatre petites arches juste sous le toit. Chaque maison a la sienne, semblable à celle du voisin. On pense naïvement qu'elles servaient à protéger le village des invasions, et ce fut peut-être le cas pendant une période, mais l'on raconte que les villageois s'en servaient surtout pour balancer des flèches sur leurs voisins d'à côté. Bonjour l'ambiance!
La nuit tombée, près de l'une des sources, on discute dans l'obscurité avec un autochtone qui parle anglais. Sa prose nous emmène dans des anciennes histoires pendant que, juste à côté, des voisins fêtent un mariage.

Le lendemain, bien décidés à ignorer la pluie incessante, nous partons à la rencontre du glacier, à quelques heures de marche de Mestia. Nous croisons une tripotée d'Israëliens parfumés, au visage dubitatif. Ça grimpe, ça pleut, mais nous atteignons le glacier. C'est la première fois que j'en vois un de si près. Face à sa large grotte bleutée qui crache une rivière glaciale, je pense à tous ces cinglés d'alpinistes tombés dans les crevasses, puis je suis prise d'une soudaine envie de rentrer me mettre au sec et au chaud.
Je trace la route avec Galya, les deux garçons sont plus lents. Tout couverts de vestes imperméables que nous sommes, la pluie a pris le dessus. Lorsque l'on retrouve enfin les tas de déchets que broutent les vaches (buvez du lait!), nous savons que le bain chaud n'est plus qu'une question de minutes. La cuisine d'Aleksandra se retrouve remplie de vêtements suspendus, nos nez rouges plongent dans un délicieux bol de soupe, la vie est belle.

Nous décidons le soir même de partir le lendemain matin vers le Sud-Ouest du pays. Il faudra se lever tôt pour chopper la marchroutka, certes, mais la pluie est un bon moteur pour fuir.


La grotte de Prométhée


Kutaisi, Géorgie
18-21 septembre

Kutaisi est la ville principale de la région d'Imeretie, et la deuxième ville importante de la Géorgie. Nous n'y allons pas pour son architecture ou son taux de criminalité élevé, mais pour y visiter une des grottes ouvertes au public assez récemment.
Pour se rendre à la grotte de Prométhée, au Nord-Ouest de Kutaisi, il faut d'abord prendre un bus qui nous emmène à Tskhaltubo, à travers un bois ponctué de somptueux hôtels soviétiques laissés à l'abandon depuis les années 80. Une jeune femme m'a raconté, avec des étoiles dans les yeux, qu'à l'époque de l'Union Soviétique n'importe qui avait le droit d'y séjourner gratuitement s'il nécessitait des soins prodigués à Tskhaltubo. Aujourd'hui ce sont des familles démunies qui y vivent, mais de grands travaux de rénovation sont en cours et je ne suis pas sûre que les familles en question pourront y rester...

Nous descendons à pied dans la fraîche grotte de Prométhée avec une guide anglophone et trois autres touristes, apparemment russophones. Bien sûr j'ai déjà vu des grottes avec stalactites et tout le toutim, mais celle-ci est particulièrement bien mise en valeur par de savants éclairages et une petite musique classique dont mes parents sauraient à coup sûr en reconnaitre l'auteur (mais pas moi).
Plusieurs salles se succèdent, les trois Russes traversent ça au pas de course, ben quoi, c'est juste du cailloux mouillé. La guide fait les cent pas entre les premiers et les derniers (nous). Le calcaire prend toutes les formes : des visages émergent, les éclairages mettent en valeur des drapés translucides, de longues tentacules s'alignent dans les couloirs - Giger n'a rien inventé (le dessinateur des décors des films "Alien") - de grosses meringues blanchâtres montent jusqu'au plafond. Guillaume mitraille tout ça avec grande jubilation.