Youpi! des images!

13 mar.

Ornithologie régionale


03 fév.

Guayaquil, dernière étape, beaucoup chaleur

Guayaquil, prov. Guayas, côte Pacifique
23-25 janvier 2015

La plus grande ville de l'Équateur avait pourtant commencé très petit. D'abord un village amérindien, en 1537 les colons espagnols s'y installent. Situé à l'embouchure du fleuve Guayas, mais relativement dans les terres pour ne pas trop subir les marées, c'était surtout un lieu de passage et de commerce qui ne s'est développé que tardivement. Aujourd'hui la ville possède l'aéroport et la gare de bus les plus modernes d'Amérique Latine utilisés par ses 4 millions d'habitants.
Sur la route, le paysage termine de se transformer en immense plaine désertique. Les bosquets sont tellement secs que je me demande comment ils ont poussé. Il y a juste ces grands arbres tout verts qui dénotent, tronc vert et large qui fait un peu penser à la silhouette du baobab. Guayaquil est immense (peut-être un peu moins que Bogotá), il faut du temps pour y entrer. Nous récoltons l'adresse d'un hostal un peu au hasard, qui s'avère être très propre et bien rangé, et pas tellement accueillant (ou peut-être seulement pour les Européens et les Nord Américains?).
Une petite balade du soir dans le quartier Malecón, le long du fleuve, accompagnés de Paolo d'Uruguay. Tout est bien aménagé, bien propret le sol en bois, bien rangés les jeux pour enfants et les arbres (des ficus?) qui aimeraient faire couler leurs branches-racines mais ya pas la place. Les gardiens veillent à se que les touristes ne débordent pas des cases. On ne peut visiter que deux rues du plus ancien quartier, Las Peñas (les rocs). Le grand incendie de 1896 a ravagé toutes les maisons coloniales, les seuls vestiges sont gardés comme des perles rares. Ce soir-là on mange mal, mais Paolo est bien sympathique.

Lumière du jour, les oiseaux chantent vraiment fort au matin, planqués dans tous les arbres des avenues rectilignes. Le Parque Seminario a ses pigeons, comme partout, mais aussi ses iguanes en liberté. Tu en vois un, puis deux, puis des dizaines, dans l'herbe ou perchés dans les arbres, prêts à te chier dessus à la moindre occasion (et là, c'est pas la quantité fiante d'oiseau). Le problème de ces animaux, c'est qu'ils n'ont pas beaucoup d'expression faciale, on ne sait jamais si ça les fait rire ou même pas. Deux enfants tentent une approche, et parviennent à toucher la tête de l'un d'eux. C'est assez surprenant qu'ils ne s'enfuient pas dans toute la ville, les grilles sont ouvertes ; mais la certitude d'avoir chaque jour de bonnes laitues à déjeuner doit probablement les encourager à rester sagement dans le carré vert qui leur a été imparti.

Grosse journée shopping avant de rentrer en France. Guillaume court partout au marché, mieux vaut le laisser tranquille. Il a l'intention de concocter de la confiture pour pouvoir ramener la magie des fruits tropicaux à la maison (interdiction de mettre des fruits ou légumes frais dans un avion, ça pourrait exploser). Notre hostal est bien trop propre et design pour tolérer que l'on fasse chauffer une casserole sur leur belle cuisinière toute neuve, on déménage aussi sec dans un Bed&Breakfast non loin de là, et Guillaume se calme enfin avec une cuillère en bois dans la main.
Notre dernière demeure équatorienne est très agréable, un grand appartement au sol de pierre lisse, un gérant accueillant, des cothurnes sympathiques. On rencontre Silvia, italienne, bien décidée à tenter une année de travail dans une banque de micro-crédits à Guayaquil. Lorsque le soleil se calme un peu, nous sortons tous les trois manger du poisson délicieux au restaurant La Culata. Nos pas nous dirigent encore vers le même quartier que la veille, la colline de Las Peñas. On tente de prendre une boisson dans un bar mais les prix nous font reculer d'horreur, le tourisme sévit trop par ici. Pour boire un coup, il suffit d'aller à la tienda du coin, acheter une bouteille de limonade, et de s'installer sur les marches d'un escalier pour discuter avec les jeunes du quartier. Abigail, jeune femme de 24 ans, me raconte l'anxiété des filles en Équateur lorsque les 25 ans ont sonné et qu'elles n'ont pas trouvé de mari. Elle nous présente son novio (qui signifie fiancé, mais pas forcément de manière officielle), et tous ses potes dont je ne me rappelle pas les prénoms. Le grand à casquette et au sourire un peu triste achète un litre d'alcool blanc et fort, il veut absolument que Guillaume boive avec lui, que tout le monde boive avec lui, mais se fait maintes fois refuser le gobelet qu'il tend. Il finit par vider sa bouteille quasiment à lui tout seul quelques heures après. On a des difficultés à se comprendre mutuellement, il fait des efforts pour parler lentement, tente en anglais, il est vraiment touchant, mais complètement ivre. Et mon espagnol n'est quand même pas très fourni non plus.
De blagues en discussions sérieuses (moi j'écoute surtout, comme d'habitude), il est déjà 2h du matin.

Dernier jour. Grand soleil, pas de pluie alors que c'est quand même la saison (des pluies). Une petite balade à l'île Santay s'impose, histoire de voir la nature une dernière fois. L'île n'est autre qu'un gros banc de sable long et large de plusieurs kilomètres sur le fleuve Guayas, mais c'est surtout une réserve écologique. On peut y aller à pied ou en bicyclette par le pont, c'est la promenade idéale du dimanche des habitants de la ville (et justement, c'est dimanche). Le chemin est composé de lattes de bois sur pilotis, comme dans les Fagnes à l'Est de la Belgique ; du sol humide et marécageux poussent des palétuviers (ou mangroves), et quand on regarde attentivement par terre on découvre une multitude de petits trous où se planquent de petits crabes gris dotés d'une seule grosse pince jaune. Nous marchons pendant un temps qui semble indéfinissable, zigzaguant pour être le plus souvent à l'ombre possible. La végétation est omniprésente et dense, parsemée de quelques petits cours d'eau. Les humains ont installé un "village écologique", apporté quelques crocodiles dans des bassins, et aménagé un promontoire le long d'un des cours d'eau pour pouvoir observer les oiseaux qui pêchent sur les berges. Il y a des sortes de canards sauvages, et des sortes de hérons roses à bec plat, idéal pour chopper les vers de vase. On entend partout des chants incroyables d'oiseaux inconnus et invisibles provenant des palmiers.
Notre peau termine de brûler sur le chemin du retour, voilà, on a pris notre dose de soleil pour affronter l'hiver européen, on a pris notre dose de belles et bonnes choses, mais ça ne signifie pas qu'on ne reviendra pas.


22 jan.

... et puis juste en dessous.

Las Tunas, prov. Manabí, côte pacifique
20-23 janvier 2015

Je m'étais toujours dit que la ligne de l'équateur était un concept purement humain, un truc de dessin animé avec une ligne pointillée rouge tracée au sol (et avec des flotteurs sur la mer).
Lorsque l'autobus dépasse le panneau qui indique que nous sommes désormais dans l'hémisphère Sud (délicate attention du Ministère du Tourisme), le paysage se met réellement à changer. Au détour d'un virage, toujours le long de la côte, le relief révèle soudain ses dessous de sable et de rocaille. Les arbres s'amenuisent, se raréfient, les bosquets s'assèchent. A certains endroits particulièrement secs, de larges bandes de terre ont été comme rasées de toute végétation, une installation coupe-feu? Toute la luxuriance des forêts tropicales et subtropicales a fondu une fois la ligne passée. Bienvenue dans la moitié Sud.
Le trajet est long et laborieux, on manque de rater le bus déjà chargé de nos sac à dos à Pedernales, et on ne parvient à effectuer que la moitié du trajet souhaité. Le conducteur, plein de concupiscence, passe tout son temps à garer son bus sur le bord de la route et attendre le client en hurlant "Portoviejoooo". Même l'une des passagères, une forte et masculine femme Noire plein d'humour, voyant qu'il ne redémarrera pas avant que son véhicule soit archi-plein, descend dehors et se met à alpaguer le peu de passants (mais bon, c'est sûr qu'en s'arrêtant au milieu de nulle part, hein).
Nous arrivons à Manta et sa côte un peu glauque. Il fait nuit, il est tard, on ne sait pas où dormir, et le gardien avec qui l'on parle nous rassure que la ville est dangereuse la nuit.

Le lendemain, petit-déjeuner et balade sur la plage. Chance : c'est le lieu de la criée. Les pêcheurs viennent juste de remonter des requins des Galapagos, qui se font couper les ailerons, la tête et la queue à coups de machette. On reconnaît aussi des thons rouge à leur sang coulant sur le sable. Oui c'est rageant car on sait bien que le thon est en voie d'extinction, néanmoins ce n'est pas le carnage des gros chalutiers-usines Européens qui raclent le fond des océans. Les pêcheurs utilisent une petite embarcation à moteur et des filets manipulés à la main. Les mouettes grises, pélicans, garces et frégates tournent autour des barques et ajoutent à l'agitation ambiante.
Juste à côté des stands de poissons installés sous des toits de tôle, un chantier naval est en pleine agitation, là, à même la plage. Les hommes clouent les planches de bois sur la structure d'un bateau (désolée, il me manque le vocabulaire adéquat), ça rénove, ça construit du neuf. Tous les échafaudages sont en bambou, et les ouvriers ne sont pas de toute jeunesse.

Finalement Manta nous offre quelques jolies surprises. Nous la quittons joyeux, et reprenons la route vers Porto Rico, petite bourgade du bord de mer conseillée par Bruno le Péruvien.
La quête d'un logement n'est pas si facile, les hostels sont déjà chers, on sent que cet endroit ne va pas tarder à se transformer en panier à touristes d'ici quelques années.


20 jan.

Juste au-dessus de la ligne de l'équateur...

isla de Portete, prov. Manabi, côte Pacifique
15-19 janvier 2015

Il fallait bien le voir en vrai. A force de l'avoir vue en carte postale, en poster, en fond d'écran, en T-shirt, en housse de couette, en tapis de souris, en mug et en sous-boc, je ne pouvais que penser que c'était un mirage. Mais non. La plage de sable doré, eau bleue et cocotiers EXISTE vraiment. Je l'ai vue.
Pour y parvenir il faut d'abord arriver à la côte Pacifique du côté d'Esmeraldas ; éviter soigneusement cette trop grosse ville et continuer directement vers le Sud le long de la côte. Choisir un autobus à écran plat pour voir un film américain doublé en Mexicain, avec une couche de chansons d'amour équatoriennes par-dessus dans la partie passagers, et de l'espèce de semi-cumbia côté conducteur. Descendre au bord de l'océan à Mompiche, repaire à travellers essentiellement argentins. Rester dormir une nuit sur place parce qu'il est tard. Le lendemain, prendre une voiture qui vous mènera à l'embarcadère pour Portete, et choisir plutôt la barque du petit monsieur qui vous fera traverser le petit bras de mer à la rame, moins bruyant et plus écologique. Sur l'ile, ôter ses chaussures qui se remplissent de toute façon de sable, et marcher le long de la plage (constater qu'il y a bien des cocotiers et du sable blanc marbré noir brillant). Trouver Tito et installer son hamac sous sa maison sur pilotis.
Ensuite vous pouvez au choix : mettre votre maillot et aller vous baigner pendant des heures tellement l'eau est chaude, lire un bon bouquin au rythme du doux ballottement du hamac, boire de l'eau d'une noix de coco savamment taillée à la machette, ou ne rien faire du tout.
Vraiment comme dans les films.

Bien sûr, ce n'est pas une île déserte, les chiens viennent souvent nous rendre visite, les gamins du village aussi, et bientôt les autres locataires de chez Tito nous proposent de partager un poulet dont la destinée sera de cuire sur le feu de bois. Ni une, ni deux, on ramasse du bois flotté avant la tombée de la nuit (toujours vers 18h30) ; surtout éviter le bambou et le cocotier, quasiment ignifuges. Pour démarrer le feu, pas besoin de papier, les palmes du susnommé cocotier font très bien l'affaire. Il faut organiser deux feux, un petit sur le barbecue, et un gros sur le sable du "jardin", qui servira à alimenter en braises le premier. Guillaume s'affaire à la cuisson, et moi au stock de futures braises. Après un grand moment de solitude pour Guillaume, qui se retrouve soudain seul aux platines alors qu'on est tous allés boire un coup dans la cuisine, le poulet est une réussite totale.
Cette nuit-là, le sommeil en hamac - bien sûr pourvu d'une moustiquaire incorporée - est un délice.

Bruno vient de Lima (Pérou), il a une vingtaine d'années, déjà un métier en poche (ingénieur qui-sait-faire-des-générateurs-électriques) mais a choisi de prendre quelques temps de réflexion en voyageant à travers l'Amérique Latine. Sa démarche diffère de celle des nombreux Argentins que nous avons croisés ces derniers temps, car il ne cherche ni à faire le maximum de fêtes possibles, ni à bronzer le plus possible. Mon niveau d'espagnol est toujours très limité, mais je l'écoute parler avec Guillaume. Il est curieux de tout, et adore prendre des photos. Un soir, nous allons tous les trois nous baigner dans l'obscurité, guettant les lumières du plancton dans l'eau. Même sans lunettes je peux les voir! (flou)

Un jour que nous prenons notre courage à deux mains pour affronter le soleil, nous longeons la plage jusqu'à l'autre extrémité de l'île. Plusieurs arbres gisent au bord de l'eau, la mer rogne la mince bande de terre sablonneuse qui constitue Portete. Certains habitants, voulant tout de même une vue imprenable sur la mer, ont construit des contreforts de bois flotté et gros sacs de sable devant leur maison. Les villageois de Bolivar ont choisi une option plus raisonnable en s'installant un peu plus à l'intérieur des terres, du côté du bras de l'embouchure de la rivière. On sent tout de même l'hostilité du lieu, marécages (donc maison sur pilotis à cet endroit), moustiques, soleil agressif (en tout cas pour nos peaux de petits blancs). C'est à Bolivar que se trouve le plus bel arbre fleuri. Du rouge et du vert sur de longues et larges branches solides, un véritable arbre à palabre.
Sur le chemin du retour à notre campement, nous sommes témoins d'une rixe entre deux iguanes perchés haut sur un arbre. Un mâle cavale bruyamment sur un tronc, suivi d'une femelle plus petite, ils nous fuient. Encore derrière arrive un troisième larron, leur progéniture? Lorsque l'on voit le 1er et le dernier se poursuivre, puis le dernier se retrouver acculé sur une très mince branche, nous comprenons toute l'ampleur de la scène : le gros va tout simplement obliger le petit à renoncer en le faisant tomber de l'arbre. Avec un brin de naïveté, je pensais que l'iguane était assez agile pour se rattraper à une branche plus basse avant de s'écraser au sol, mais non. Les iguanes ne sont pas des singes, même s'ils ont de longs doigts ils n'ont pas de pouce préhenseur opposable. Le petit mâle tombe dans un fracas de branches, et disparaît dans les herbes hautes. Je ne saurai jamais si cet animal est résistant aux chutes, dommage.


Un petit air de forêt tropicale

Mindo, prov. Pichincha, 1200 m. alt.
13-15 janvier 2015

Le trajet depuis Quito ne dure qu'une heure et demie ; à mesure que l'altitude descend, le paysage sec se métamorphose en humide, jusqu'à être englouti par une brume tenace. Bienvenue dans la "cloud forest", un écosystème rare (et déjà menacé!), situé entre 1000 et 3000 m d'altitude, caractérisé par une température stable (assez chaud) et un air saturé en humidité.
Quitte la route 26 et pénètre dans une vallée qui descend, te voilà arrivé à Mindo, petit village qui ne vit presque que de l'éco-tourisme (observateurs d'oiseaux bienvenus). Avant que ne tombe franchement la pluie, nous nous trouvons une jolie petite chambre en bois chez une dame au caractère assez particulier. Nos voisins de palier sont un couple d'Argentins, artisans voyageurs, qui sont sur les routes depuis 7 mois. Tous les quatre installés sur la terrasse couverte, ils nous parlent de leur maison, qu'ils ont construite là-bas en Patagonie, avec des étoiles dans les yeux et la nostalgie au bord des lèvres. Il est temps pour eux de repartir bientôt, l'appel du home sweet home est devenu trop fort. Le chant des grillons se superpose à celui des grenouilles, la pluie se calme dans la nuit.

Pour profiter pleinement d'une journée, il est préférable de se lever tôt, bien manger et partir explorer les chemins environnants avant que la pluie de fin d'après-midi ne renverse toutes ses eaux dans nos souliers. Nous avons le choix entre un chemin hautement merveilleux et payant, et un chemin superbe et pas payant. Option numéro deux. Une multitude d'insectes se baladent aussi (gratuitement), offrant leurs couleurs et formes inhabituelles à qui sait les observer. Autoroutes de fourmis, phasmes-feuille, papillons géants et scolopendres dangereux. La rivière est tout près, son souffle bruyant nous attire mais l'accès n'est pas si aisé. Nous nous enfonçons de plus en plus dans la forêt, le temps perd toute consistance tangible, la lumière est loin au-dessus de la canopée et ne semble pas évoluer.
Nous atteignons la cascade du rio Mindo, des humains apparaissent - non, pas des indiens d'Amazonie (car nous ne sommes pas en Amazonie), des visiteurs comme nous. Baignade autorisée. Guillaume rejoint l'eau d'un saut impeccable depuis une hauteur de 6 mètres ; moi qui beaucoup plus modérée, je me contente d'une petite baignade dans une eau bien fraîche. D'ici on aperçoit un petit bout de ciel, avant de se réenfoncer dans la végétation primitive, et lorsqu'enfin nous commençons à en voir le bout, la forêt se transforme en véritable nid d'oiseaux. Invisibles mais audibles, je distingue plusieurs sortes d'oiseaux, différents dialogues, mais ne sais en nommer aucun. L'œil doit s'habituer à chercher entre les feuilles, et finalement des formes ailées et sautillantes apparaissent. Couleurs jaune vif et noir pour des petits, et un autre à longue queue orange qui s'envole dans un grand geste de danse classique. Au loin planent toujours Albert, Gégé et leurs potes, les vautours noirs que l'on voit depuis notre arrivée en Amérique du Sud.


Quito, ville haute

Quito, prov. Pichincha, alt. 2850m.
11-13 janvier 2015

L'Équateur est un petit pays comparé à la Colombie, et la contraction des distances n'est pas pour me déplaire. Dans l'autobus, la fenêtre numérique diffuse un film comique de cow-boys avec Arnold Schwarzenegger tout jeune et un peu con, pendant que la fenêtre réelle montre un paysage montagneux verdoyant occupé à évoluer vers des monts secs et pierreux. Plus on s'approche de la capitale, plus la route s'élargit et rogne la roche. Des travaux titanesques sont en cours pour aménager les triples voies, l'autobus traverses des nuages de poussière agitée par les pelleteuses, j'hésite entre me sentir en danger ou juste en voyage sur Mars.

L'autobus nous dépose au Nord de Quito ; d'abord on ne voit qu'embrouillamini de blocs de maisons grises, parpaings ou briques. Un taxi nous emmène au centre, les rues montent, puis redescendent et nous offrent une large vue sur la ville qui s'étend sur 50km le long des flancs du volcan Guagua Pichincha - sa dernière éruption date de 1999 et avait recouvert toute la ville de cendres. Le petit jeu de trouver un logement aboutit d'abord à un youth hostal méga-bobo, mignon et très cher en centre ville (40 dollars/nuit), puis nous mène finalement à l'hôtel Belmonte, juste un peu plus bas dans la même rue Jose Antepara, 14 dollars la nuit. Cette différence de prix a souvent été constatée au cours de notre voyage, et nous l'accordons au fait d'avoir affaire à un hostel référencé dans les guides de voyage (Lonely Planet et autres Guide du Routard) ou pas.
L'hôtel Belmonte, est un haut immeuble d'une centaine d'années, intérieur sombre et moelleux, escaliers grinçants et étroits ; j'aurais envie de donner un bon coup de peinture partout. On y sent une âme, une présence ancienne. Il est tenu par un couple de trentenaires accueillants et pleins d'humour qui ne semblent pas vraiment courir après l'argent. Le toit terrasse s'ouvre sur la ville en contrebas. Des plantes en pot étalent leurs feuilles et leurs fleurs autour d'un coin barbecue et de deux tables de jardin en plastique. La plupart des toits voisins sont du même acabit, grandes terrasses, linge qui sèche, machines à laver, systèmes de chauffe-eau solaires, merdier et jardins des airs. A l'angle de la rue la Plaza de Toros semble ne pas avoir accueilli de corrida depuis longtemps, comme à Bogotá.

Nous n'avons pas prévu de rester longtemps dans la capitale, mais nous aimons par-dessus tout flâner dans les rues, laisser le but venir de lui-même. Dégustation de encebollado au marché central juste à côté - lieu incontournable quand on découvre une ville - grande assiette creuse remplie de thon blanc cuit dans son jus, tomates, igname (ou manioc), oignons frais, coriandre, cumin, ahi (sauce piment) et, servi à côté, un petit bol de maïs presque pop-corn pour faire croquant dans la bouche.
Malgré les 2850 mètres d'altitude, le soleil tape indubitablement à la manière alpine, quand tu découvres le soir seulement que tes bras, ton cou et ton nez sont brûlés. Le centre ville ancien est beaucoup plus étendu que celui de Bogotá ; beaucoup de ces maisons basses aux murs blanchis et toits de tuiles, mais aussi des bâtisses aux tons beaucoup plus européens, avec de la colonnade et des pierres de taille. Au bout de la Plaza Grande avec ses grands arbres à l'ombre salvatrice, s'étale le Palacio de Carondelet, également appelé palais du président de la République, où logent Rafael Correa et toute sa clique. Sur cette place accueillante, où sont installés bancs et murets pour s'asseoir, plusieurs groupes de personnes sont réunis. Certains regardent avec hilarité un spectacle de comique bavard (donc je n'y comprends pas grand chose), certains sont juste en promenade dominicale, mais deux autres groupes intriguent fortement. Des hommes surtout, de 20 à 70 ans, discutent à propos de la politique du pays ; l'autre groupe attaque le délicat sujet de politique contre ou avec religion. Je n'y comprends pas assez pour rester, mais Guillaume se joint à eux et suit le débat avec attention.
La dette publique de l'Équateur, contractée par les dictatures des années 70, n'a pas cessé de s'accroitre entre 1970 et 2007 ; le FMI et la Banque Mondiale ont à chaque fois profité de l'instabilité politique du pays pour restructurer sa dette, la bonne vieille technique de "tu me dois du fric alors je t'en prête pour que tu m'en rendes plus après". Plusieurs soulèvements du peuple équatorien se sont succédés depuis les années 80, et beaucoup de présidents de la République ont été mis par terre. Rafael Correa tient le coup depuis janvier 2007 car son premier grand ouvrage a été de sortir son pays de l'engrenage des dettes. Jusqu'en 2005, le service de la dette représentait environ le 50% du budget de l'état (entre 3 et 4 milliards de US$ par an) alors que les dépenses en santé étaient d'environ 4%. Correa a aussi développé le système des micro-crédits dans le pays, permettant à des personnes ayant peu de ressources de créer leur propre micro-entreprise - système qui a fait ses preuves en Afrique également.
Le président Correa, malgré cette très belle action pour son pays, a une assez mauvaise image auprès des médias - et donc du peuple très télévore - justement parce que les principales chaînes de TV appartiennent aux partis opposants. Aucune occasion n'est loupée pour casser du sucre sur le dos de Correa, qui certes n'a pas un CV immaculé.
Rien que le fait que les gens se réunissent sur la place publique pour en parler ça sonne Grèce Antique, ça sonne dialogue et libertés, ça sonne bien.

La nuit tombe à 18h30, les gens rentrent chez eux à 20h. Après ça, moins facile de trouver de quoi manger, ou alors seulement dans des fast-food, mais même ces endroits sont loin de notre quartier. En cherchant bien, nous trouvons un petit boui-boui installé dans le couloir d'entrée d'un bâtiment ancien. Le grilleur de viande est posté sur le trottoir, il s'occupe aussi de l'accueil des clients, et le reste des cuistots est installé dans une pièce accessible au-delà du couloir, dans la cour intérieure. On y mange des spécialités de la côte Pacifique, grande assiette de viande grillée accompagnée de plantain frites, riz, ahi, avocat. Simple et bon, comme toujours.
Le lendemain, après l'ascension de la colline Panecillo où règne une grande statue de la Vierge de Quito (qui ressemble plus à un ange de Noël qu'autre chose), nous repassons par hasard sur la Plaza Grande. Derrière une rangée d'uniformes bleu marine des bomberos (pompiers) de plusieurs provinces, une foule est rassemblée sous les balcons du palais du Président. J'entends dire que les pompiers viennent manifester pour obtenir des salaires décents, mais ils restent droits et alignés comme des piquets, rien à voir avec mes références en matière de manif... Tous les regards de la foule sont braqués vers le balcon, et lorsque je parviens moi aussi à me frayer un passage vers un point de vue adéquat, je découvre que monsieur Correa et ses collègues de travail sont tous là, baignés de soleil, à saluer le peuple d'en haut (c'est quand même pas un petit balcon, faut dire). Une voix d'une provenance inconnue annonce que le président revient d'un voyage en Chine (un représentant est à sa gauche), et qu'un autre type important est ravi de se montrer aussi. Boum! la fanfare (que je n'avais point vu, étant donné ma grande taille) éclate de derrière les fagots, avec toute une chorégraphie en tenue napoléonienne et quelques soldats sur des chevaux derrière nous, histoire d'encercler toute la cérémonie.
Je m'attendais à un discours du Président, mais il n'y en a pas vraiment, ou alors nous l'avons raté? Deux dames à côté de moi son très enthousiastes de voir leur président - tu m'étonnes, même moi je n'ai jamais vu aucun des présidents Français en chair et en os - elles m'expliquent que le Président Correa apparaît tous les lundis midi sur ce balcon, accompagné de la relève de la garde. Je ne sais pas si c'est un événement très utile en soi, mais au moins Correa n'est pas juste un nom, il a aussi un visage visible en vrai (un VVV quoi).
Après tant d'émotions, nous allons nous rafraîchir chez deux petits dames qui nous servent gentiment un repas peu intéressant en lorgnant d'un oeil une telenovela au accents du Panama, selon l'oreille de Guillaume. Nous essayons le tram histoire d'aller un peu plus loin vers le Nord, et trouvons un parc depuis lequel, chance et hasard des mouvements du ciel, nous découvrons enfin le sommet enneigé du volcan Cotopaxi, situé au Sud de Quito. Après ça, rentrer à l'hôtel à pied ne nous pèse pas plus que ça (bon, quand même presque 2h de marche).

L'hôtel Belmonte est construit en bas d'une colline en haut de laquelle se trouve le Parque Itchimbía. Vaste, vert et tranquille, c'est l'endroit parfait pour les pic-niques, les balades à vélo et la lecture à l'ombre. Le centre culturel de Itchimbía est abrité dans une ancienne halle de marché toute rénovée, très similaire au marché des Halles de Paris (19ème siècle). L'histoire raconte que ces halles en poutres métalliques et verre ont été importées par bateau depuis Hambourg en 1889. Arrivées en pièce détachées au port de Guayaquil, il a fallut ensuite plusieurs semaines de marche à dos d'âne pour tout amener jusqu'à Quito. Ces halles ont d'abord été le marché Santa Clara, installé près du monastère du même nom, et ont été montées pièce par pièce sur la colline de Itchimbía il y a quelques années seulement.
A l'intérieur, une exposition de photographies accompagnées de textes, sur ce que l'on appellerait les "vieux métiers" qui tendent à disparaître en Équateur. Un portrait me reste en mémoire, celui d'un homme qui vit dans les montagnes Andines, la quarantaine, il va chercher de gros blocs de glace dans les glaciers et les ramène dans la vallée avec son âne, puis les vend. Son père faisait ce métier, son grand-père et tous ses aïeux aussi. Son frère, pour ne pas s'éloigner trop de ses racines, vend des crèmes glacées en ville. Plus personne ne veut reprendre le flambeau dans la région, mais lui reste et s'obstine. Son rapport à la montagne est quasi sacré.


A la porte de l'Équateur

Otavalo, province Imbabura, 2530m. alt.
9-11 janvier 2015

Après 10h de trajet et un passage de frontière réussi, nous arrivons à Otavalo, ville située au Nord de Quito. Les trois "bras" de montages Andines qu'il y avait en Colombie se sont rejoints en un seul altiplano. En Équateur, beaucoup des sommets sont des anciens volcans dont l'activité est toute relative (ne jamais se fier à un volcan...). Nous avons bien l'intention d'en gravir un, et ce sera Cotacachi.
Mais avant toute chose, il faut découvrir la cuisine locale. Guillaume ne jure que par les places de marché, où les produits sont toujours frais et les plats vraiment traditionnels. On trouve toute une rangée de petites gargotes que des dames en vêtement traditionnel installent tous les soirs, des casseroles sur deux feux à gaz, trois tables en plastique sous une tente jaune, et c'est parti. Chacune a sa spécialité, nous optons pour une assiette composée de viande de bœuf, purée en boulettes poêlées, œufs frits, maïs, oignons frais et coriandre, le tout assaisonné de aji (tomate, ail, piment et coriandre). C'est juste délicieux.

Le lendemain au grand marché artisanal, Guillaume s'étonne du calme des Équatoriens. C'est vrai que si on était en France, ça gueulerait de partout du "achetez mon poulet du Gers", mais là, tout est modéré, sans remous, chacun installe son étalage, sans s'énerver, sans agresser l'acheteur potentiel, pas de "a la orden" habituel des Colombiens (à vot' service), et pourtant il y a du monde!
Je ne cesse d'être subjuguée par les vêtements des habitants de cette région. Les femmes de tous âges portent une longue jupe de lainage bleu marine ou noir, juste un grand rectangle enroulé autour de la taille et maintenu sur les hanches par une ceinture brodée de motifs. Un chemisier blanc à manches courtes bouffantes également brodé de fleurs colorées, et par dessus les épaules un châle sombre. Elles sont rarement nu tête, arborant soit un chapeau de feutre soit une sorte de tissus laineux plié et posé en équilibre sur le crâne. Il faut dire que le soleil tape fort la journée à cette altitude. Aux pieds, de simples espadrilles de toile blanche, elles sont pas frileuses des pieds les équatoriennes. Autour du cou, de multiples rangées de chaînes dorées, dont la quantité et la densité augment avec l'âge. Beaucoup de fillettes sont également vêtues à la manière traditionnelle quand elles ne portent pas l'uniforme de l'école, qui consiste en une jupe plissée, de grandes chaussettes, une chemise blanche et un pull aux couleurs de l'école. Je focalise sur ces costumes, ça me traumatise de voir que les filles portent presque en permanence une jupe ; je ne m'imagine pas devoir porter toute ma vie une putain de jupe, alors qu'il fait froid, et que pour courir, monter aux arbres ou s'asseoir par terre il n'y a rien de pire qu'une jupe.
La plupart des gens ont de superbes cheveux longs noirs, attachés en une queue de cheval basse pour les filles, en tresse pour les garçons. Quand les enfants sont en vêtement de sport, on ne fait tout bonnement pas la différence entre les filles et les garçons, mis à part peut-être le détail des boucles d'oreilles portées généralement par les filles. Les hommes âgés portent aussi le costume traditionnel, pantalon blanc tissé à la main, espadrilles, grande ruana bleue marine (poncho long) et couvre-chef en feutre, mais on sent que la tentation du jeans/baskets/sweat shirt est forte chez les messieurs plus jeunes.

Le volcan Cotacachi nous propose de faire le tour de son lac en 5h de marche. Armés de casquettes et de pulls à manches longues, nous découvrons toute une flore surprenante poussant à 3300 m. d'altitude. Bosquets, longues et hautes tiges de fleurs inconnues, et beaucoup de vent. En contrebas du pourtour du volcan, sur le lac à peine accessible, un petit bateau fait faire le tour du propriétaires aux visiteurs trop flemmards pour marcher. Derrière ce volcan se dresse un sommet couvert d'herbe jaune, timidement caché par des nuages greffés à ses flancs, pas moyen de voir quoi que ce soit au-delà, sa forme restera imaginaire.


04 jan.

Carnaval Blanco y Negro

Popayán, dépt. Cauca
3-4 janvier 2015

Continuant toujours vers le Sud, nous voici à Popayán, cise à la croisée des chemins entre Quito et les grands ports de la côte Caraïbes, mais surtout sur notre route vers le Putumayo. Bien sûr en sortant du buseta on crève la dalle, et surprise : on ne trouve pas grand'chose, mis à part les éternels poulets grillés, poulets en soupe et poulets panés frits. Ha si, y'a aussi des arepas au fromage quand même.
Le centre de la ville est ancien, murs tout de blanc vêtus, portes et fenêtres en boiseries vernies, bâtiments de 2 étages maxi, c'est le style colonial espagnol. Sur la grand place, l'église (enfin, l'une des multiples églises) et les grands arbres, peu de palmiers cette fois-ci, sans doute un peu trop haut en altitude pour qu'ils apprécient pleinement le terroir (1760m. alt.). Toutes les devantures des magasins alentours arborent une typographie argentée pour faire un style plus rétro, comme sur la place du Capitole à Toulouse qui impose même à MacDo d'annoncer son nom en lettres dorées. Dans les rues blanches tu peux acheter au choix des téléphones, des chaussures, des parfums ou encore des chaussures. Le seul petit détail qui dénote sont les vendeurs ambulants qui proposent quantité de grandes cannettes de mousse en spray appelées carioca...
En passant sur le pont de pierre, nous voilà téléportés dans la vraie Popayán, avec ses bâtiments de briques peints la plupart du temps en couleurs primaires, ses échoppes de nourriture, son marché un peu crasseux (comparé à ceux d'Uzbekistan si bien organisés), et son Carnaval Blanco y Negro. Gamins et gamines déguisés, parents souriants, la mousse en bombe est propulsée de partout, avec talc et colorants sur la tronche en prime. Ma première réaction est plutôt négative (hiii! ça va salir mes habiiits!) mais Guillaume se prête immédiatement au jeu. On achète des munitions et c'est partit.
Ce carnaval, distinct de celui de février, concerne essentiellement les départements du Cauca, Nariño et Putumayo. Selon les explications obtenues, il se serait d'abord imposé un jour de "liberté" pour les esclaves Noirs ramenés d'Afrique, puis tout le monde s'est mis à y participer, les Blancs comme les Noirs. Le jour "noir" tout le monde barbouille tout le monde de colorant noir, et pour le jour "blanc", vous vous doutez du truc.
La journée des enfants s'est aussi greffée, histoire de prolonger le nombre de jours de fête. Après le défilé dans les rues de Popayán (mais surtout pas dans la vieille ville, ça salirait tout le beau blanc), tout le monde se rassemble sur une sorte de terrain aménagé d'une scène, et là se produisent d'incroyables danseurs et danseuses ne dépassant pas les 16 ans. Salsa, évidemment, et pas des trucs d'amateurs! Ça saute, ça virevolte dans tous les sens, balèzes les gamins colombiens.
On rentre ensuite prendre une bonne douche, parce que la mousse + talc ça pègue bien.

dépt. Nariño et Putumayo
5-6 janvier 2015

Passage par Pasto obligatoire. C'est encore le Carnaval, et franchement je le sens pas du tout d'être à nouveau toute crasseuse. Je bougonne. Guillaume se voit obligé de poursuivre notre route vers le Putumayo et bougonne aussi. Bon. On se trouve un taxi vers un bled proche du lac de Cocha, puis la suite du trajet se fait en moto. A trois + deux gros sacs sur une bécane, je ne pensais pas que ça marcherait, mais si.
On ne peut pas dire qu'il fasse vraiment un climat qu'on dénommerait de "tropical" dans le Putumayo. Et de nuit, c'est encore plus rude. Le motocycliste nous pose au début d'un chemin, on veut tenter d'aller dans la "cabane dans les arbres" trouvée sur notre petit guide, sans avoir réservé au préalable (c'est ça l'aventure!). Lampes frontales, on suit le sentier jusqu'à trouver la fameuse (et superbe vue de l'exérieur) cabane. Le señor José et la señora Cecilia nous ouvrent la porte de leur maison située juste à côté, mais la nuit dans les arbres ne sera pas possible, les chambres sont prises. Qu'à cela ne tienne, nos généreux hôtes nous proposent une autre petite maison avec un lit une place et cinq couvertures, en bonus d'une assiette de riz-oeuf et d'une tasse d'eau chaude ornée d'aguardiente. Que demander de plus?

Nous quittons la petite maison de bois le lendemain tôt (cétait la condition), et marchons sac au dos sur un charmant chemin près du lac. Tout est paisible, la végétation est belle, fleur en janvier fait toujours chaud au coeur de l'Européen.
Notre route vers le Sud continue, il faut donc retourner à Pasto (aïe!), toujours sous la fureur du Carnaval. Je ravale mes angoisses de saleté et accepte d'aller voir le défilé des chars. Tout est blanc, et tout semble déjà terminé. Quantités de déchets jonchent le sol, gens aux ponchos poisseux, regards vitreux de ceux qui ont opté pour l'alcool. Les enfants, toujours aux aguets, ont vite fait de torpiller nos tronches trop propres de mousse. Voilà qui est fait, on a l'air plus local maintenant.
Au centre ville, je parviens à voir les deux derniers chars aux couleurs hautement intenses, limite fluo, pendant que Guillaume en profite pour se faire dérober son portefeuille, garni uniquement d'une quinzaine de milliers de pesos, c'est à dire 3 euros à tout casser.
Allez, assez de carioca, on choppe le buseta pour Sibundoy et basta.


02 jan.

Cali tant pis

Cali, dépt. Valle del Cauca
2 janvier 2015

On avait dit que, mais dans un voyage les choses évoluent.
Une journée à Cali, histoire de goûter les rues et la température presque trop chaude (mais quand je pense à mes amis qui se caillent les miches en France, j'ai pas intérêt à me plaindre).
Ça monte et ça descend, comme dans les films à San Francisco. Beaucoup d'arbres superbes, comme ces ficus dont les racines émergent des branches pour couler le long du tronc et s'enfoncer dans la terre sur des longueurs incroyables.
Nous marchons en rasant les murs pour rester à l'ombre. Visite du musée de l'or à la clim fort à propos. Les figures en terre (tout n'est pas en or quand même) ont des tronches incroyables, presque toujours avec les yeux bridés.
Petit café dans le centre ancien, longer la rivière et les arbres, remonter vers San Antonio puis barrio de la Loma. Tout est très calme, les calissois sont partis en vacances pour les fêtes de fin d'année. Avec ses rues en pente et ses cafés un peu sombres peuplés uniquement d'hommes d'un âge respectable, Cali me rappelle Lisbonne.
Enfin la chaleur se calme, et tous les gens se mettent finalement à sortir. Une meute de jeunes gays (marica) aux manières ondulantes nous dépasse ; nous les suivons, attirés par leur délicieuse capacité à occuper toute la chaussée sans se préoccuper le moins du monde des automobilistes en nage et en rage. Leurs pas nous ramènent au Parque del Gato de San Antonio, où toute une population s'égaie, discute, fume, boit des bières vendues par les colporteurs, mais pas l'ombre d'un chat... Les gamins font de la luge dans des cagettes en plastique sur une allée bitumée, d'autres escaladent les petits arbres. Un ado a sorti sa lunette astronomique et propose d'observer la pleine Lune pour 500 pesos. A minuit, la police débarque et annonce au mégaphone la fermeture des lieux. Personne ne se presse, mais il va quand même falloir obéir.


29 dec.

Toujours vers l'Ouest, de Bogotá à Cali

27 décembre 2014 - 1er janvier 2015

Le buseta devient notre lieu de prédilection pour quelques jours.
Presque 200km de descente jusque dans la vallée du Rio Magdalena. La route est jalonnée, comme toujours, de tiendas (magasins) d'empanadas et autres boissons, pas moyen de crever de faim en Colombie. Quelques mannequins avachis sur une chaise, attifés de vêtements et chapeaux, laissent entendre que la fête de la fin de l'année est proche : ces personnages sont bourrés de pétards et de poudre, et seront "allumés" à minuit de la Saint Sylvestre.
José nous emmène d'abord rendre visite à sa tante Nexi, qui vit à Ibagué, sur la route d'Arménia (vers l'Ouest). Il se souvient de ses vacances d'enfance dans la chaleur de ce petit quartier propret à l'extérieur de la ville, maisons de brique (comme souvent en Colombie), jardins au sol carrelé, petit kiosque avec sa crèche, barbecue pour tout le voisinage, et partout des mangues tombées au sol. Chez tante Nexi, comme chez sa sœur Gladys à Bogotá, la déco de Noël est omniprésente. Sapin en plastique power. A Ibagué il faut manger les délicieux tamales, ainsi que des empanadas au poulet sur la place Simon Bolivar (une ville sans place Simon Bolivar n'est pas vraiment Colombienne!). Beaucoup de musiciens viennent faire leurs études ici, car cette ville est le berceau de la musique colombienne traditionnelle (ne me demandez pas pourquoi). Les arbres du parc centenaire y sont superbes.

Salento, près de Armenia, département Quindío.
Nous sommes en zone cafetière, et qui dit café dit bananiers, car les plants de café aiment rester à l'ombre. Tout autour de Salento (1750 m. alt.) de superbes et verdoyantes montagnes, dont l'impressonnante Valle del Cocora, avec ses très hauts palmiers que l'on pourrait comparer à de grands adolescents qui auraient grandi beaucoup trop vite. En continuant vers les hauteurs, toujours en longeant le rio Quindío, tu peux voir trois ou quatre sortes de colibris butiner les fleurs.
Une autre balade nous emmène dans la zone agricole cafetière. Nous rencontrons Luisa, 9 ans, et ses parents, propriétaires d'une toute petite exploitation de café bien entretenue. Luisa et son père nous expliquent tout le processus, fait à la main pour une partie de la récolte, et torréfié à la coop pour le reste. Après un rapide calcul, José en conclut qu'une année de récolte n'est guère rentable pour eux, mais leur métier leur plait, voilà tout.
Nous pensions rester 2 jours et continuer vers Cali pour y passer la fête du nouvel an, finalement nous restons jusqu'au 1er. Au programme de la soirée : jus de fruits, patacón con queso (banane plantain écrasée finement et frite, puis recouvertes de diverses choses, comme une pizza, un délice!), bière et aguadiente (alcool anisé), et grande compétition internationale de billard : Colombie vs Royaume-Uni vs France. J'ai évidemment perdu.

Délicate gueule de bois pour José le lendemain, fatigue pour les deux autres. Un dernier patacón pour la route, et départ pour Cali. Nous quittons à Arménia notre bon ami José qui repart, le genoux raide, vers Bogotá et une ouverture de restaurant à assurer. Ciao loco!


Feliz Navidad!

Bogotá, dépt. Cundilamarca
24-27 décembre 2014

Courses pour le repas de Noël au marché 7 de agosto, un endroit incroyable. José connaît tous les commerçants, il a ses préférés, ceux qui lui vendent de la bonne qualité tout en gardant le sens de l'humour.


atelier d'animation et pierres étranges

Villa de Leyva, dept. du Boyacá
18-23 décembre 2014

Retour dans le Boyacá, cette fois pour une raison hautement professionnelle : participer à un atelier d'animation avec 3 familles d'enfants desplasados. Ces personnes "déplacées" sont souvent des habitants de la côte Ouest qui ont été littéralement virés de chez eux par les groupes de guerilleros qui se sont appropriés leurs terres (généralement sous peine de mort).
Les trois familles que nous rencontrons sont installées à Villa de Leyva depuis 5-6 ans, certains des enfants ne se souviennent déjà plus de leur région d'origine. Tous ont une grande énergie et une blessure au coeur, les pères manquent à l'appel, soit tués, soit partis vivre une autre vie (de préférence avec une autre femme). Le frère de José, Luis, les suit et les film depuis quelques mois dans le but de faire un documentaire. Notre travail avec eux est dans la continuité du projet de Luis, lui-même inclu dans un projet plus grand basé autour de l'éducation et la sensibilisation à l'art.

Emilcé et Oscar, le couple qui nous accueille à notre arrivée en ville, seront également nos collègues pendant les 5 jours d'atelier. La maison où ils nous emmènent est incroyablement belle, même vue de nuit. Lucia en est l'architecte, elle travaille essentiellement avec de la terre, un matériau local et peu onéreux. On entre dans sa maison par une pièce presque ronde au toit dômé, en briques de terre. Un hamac, deux canapés, des petites lampes et un djumbé. De quatre côtés partent d'autres pièces, et nous choisissons la plus belle chambre, au plafond arrondi comme un cercueil (c'est la seule référence qui me vient, mais rien de morbide là dedans). La température est fraîche dehors, mais douce à l'intérieur, gràce à un ingénieux système de construction thermique que je ne saurais vous expliquer.

Au petit matin du premier jour, nous allons à pied jusqu'à "La Maloca", où se déroule l'atelier. Nous découvrons enfin le paysage environnant (nous étions arrivés de nuit) : la maison est sur une colline un peu à l'extérieur de la ville (ça nous évite d'entendre trop les pétards qui explosent chaque matin à l'aube depuis la fameuse Sainte Barbara). On remarque que partout où porte le regard sont construites des maisons blanches, d'assez grande envergure. Certaines sont en construction, et c'est vraiment des trucs assez luxueux, avec les fameux murs d'enceinte tout autour qui te disent bien que t'as pas intérêt à marcher sur les plates-bandes. Bienvenue chez les riches de Bogotá qui se font construire des villas à la campagne.
La Maloca est un bâtiment surprenant, à la jonction entre la maison commune indigène et le temple biofreaks des neo-adorateurs de la nature. Toute en pierres et poutres de bois, sur une base ronde, avec une ouverture en haut du toit cônique pour laisser entrer la pluie si la cérémonie le nécessite. Pour faire des films d'anim' c'est pas le top, mais on est tout terrain.
C'est surtout Guillaume qui parle car mon niveau d'espagnol est toujours très basique. Il explique le processus aux quelques 12 enfants (le nombre varie selon les jours), storyboard, narration, mouvement, décors. On a bien peur que la mayonnaise ne prenne pas, trop complexe pour si peu de temps, mais finalement trois récits ressortent, des rêves faits par certains d'entre eux, surtout basés autour de l'absence du père (ben tiens!).
En 5 jours, nous fabriquons tous ensemble trois courts-métrages d'animation. Le fignolage et le montage seront fait à notre retour en France.

Villa de Leyva est, tout comme Barichara, une "petite" ville au style colonial. Maisons blanchies à la chaux, boiseries, toits en tuiles courbes (comme dans le sud-est de la France). Le temps en a fait une ville touristique et proprette, on perd un peu de spontanéité au centre ville. Les chevaux et leurs maîtres bottés côtoient les gros 4x4 immatriculés à Bogotá. Beaucoup de paysans, voyant le prix des terres augmenter, se mettent à construire de belles demeures, mises en vente avant d'être terminées.
Les alentours sont surtout de petites montagnes herbeuses, auparavant recouvertes d'arbres, mais complètement déforestées au siècle dernier. Le sol contient d'étranges cailloux en forme de galets assez facilement cassables. A l'intérieur la matière est sablonneuse, rouge, et contient un autre noyau de cailloux plus dur.


18 dec.

Comme une carte postale

Barichara, dépt. du Santander
15-18 décembre 2014

Pour aller dans le Santander, il faut à nouveau traverser une partie du Boyacá puis continuer encore plus vers le Nord et San Gil. Le buseta est particulièrement lent, on a tout le temps de voir la végétation évoluer vers un état plus tropical et touffu. Une chose surprenante, et qu'on recroisera par la suite, sont ces espèces de longues barbes végétales qui poussent sur les branches d'arbres hôtes, ainsi que sur les fils électriques. Certains arbres en sont tellement envahis qu'on sent qu'ils étouffent un peu sous leur costume de père Noël.
Santiago, ami d'études de Guillaume, vient nous chercher au terminal de bus de San Gil. Sa voiture moderne (je rappelle que je conduis une Fiat Panda 1998) glisse silencieusement sur les courbes de la route récemment goudronnée, on monte sévère jusqu'à 1300m. alt., puis on bringuebale dans de petites rues pavées le long desquelles s'alignent méticuleusement murs et murets blancs de maisons anciennes. Il fait nuit depuis longtemps, les décorations lumineuses de Noël brillent, de partout surgissent des motifs de sapins, de rennes et de bonshommes de neige. Il fait 23 degrés celcius.

La maison où vivent Santiago et sa famille est tout simplement merveilleuse. Juste une façade blanche et deux petites fenêtres donnent sur la rue, mais l'intérieur est autrement plus fou : la maison est en U, et la pièce de vie, centrale, est ouverte sur le petit jardin, sans vitres, sans portes, rien. Ici le climat le permet, et ce serait impossible d'imaginer ça dans les Vosges ou l'Isère, mais bon, ça me chamboule toute ma conception de la maison, et c'est tant mieux.
L'aube nous réveille avec les fameux pétards d'Avant-Noël, puis les aboiements des chiens du quartier qui ne comprennent vraiment rien au christianisme, puis les babillements des deux gamins de Santiago et Natalia. Pas de chance, ils doivent finalement tous partir à Bogotá pour le travail de Natalia, mais la maison est à vous, déclare Santiago avec son grand sourire.

Balade dans le village. Soleil presque trop brûlant. Sous les murs blanchis à la chaux la poussière est faite de terre rouge, matière première de toutes les constructions locales faites en adobe. Le village, fondé en 1705, avait quasiment été laissé à l'abandon au milieu du 20eme siècle, et il fallut une poignée de hippies pour que le lieux soit redécouvert et apprécié à sa juste valeur. Avec son air de carte postale, Barichara attire les gens des classes moyennes en recherche d'un lieu de vacances ou de retraite paisible et culturelle. A chaque coin de rue un atelier d'artiste, une fabrique de papier artisanal ou un paisible café-glacier-fruiterie. Son petit jardin botanique surplombe le village, tu peux t'asseoir sur le muret et observer la magnifique vue sur la vallée en contrebas et les montagnes en face, bercé par le chant d'oiseaux inconnus et comiques.

Pour aller à Guane, 9 km de marche plus bas, il faut emprunter le Camino Real, béni des dieux car emprunté par le fameux sauveur de la patrie : Simón Bolivar (il est vraiment passé PARTOUT, ce bon Simón). La végétation oscille entre tropiques et méditerrannée, un coup des manguiers et des papayers, un coup des petits arbres secs, mais toujours ces grandes mousses barbues qui pendent des plus hautes branches.
A Guane, on croise deux Sud Coréens obèses, et on se sait pas trop quoi leur dire.


17 dec.

Avec ou sans pluie

Bogotá, dept. Cundilamarca
11-15 décembre 2014


12 dec.

Des serpents et des rapides

Département du Meta
5-11 décembre 2014

Il faut peu d'arguments à Guillaume pour convaincre son ami de prendre quelques jours de vacances avant son grand saut dans la restauration, et voilà notre José embarqué avec nous vers le Sud-Est.
On vise la chaleur et la proximité, les plaines du Meta, à seulement 3h de buseta de la capitale, sans compter le temps de sortir de la ville (environ 1h30), le temps de longer d'infinis murs superbement peints par les muralistes locaux (on en reconnaît aussi qui viennent d'Espagne).

A Villaviencio c'est le festival des Llanero (plaines). En gros, des cowboys à cheval font la course avec d'habiles vachettes qui se font finalement mettre à terre, tirées par la queue. Le tout est accompagné de soirées de musique et danse traditionnelle. Nous voilà un peu à l'écart de la ville, devant un grand hall dans un parc apparemment construit pour cet événement annuel, à écouter à un niveau sonore proche de l'insupportable de la pourtant très bonne musique traditionnelle. L'instrument principal, et surprenant, est la harpe, jouée très impro à la manière des jazzmen (j'ai pas dit tsigane, monsieur Bobby Lapointe).
Je remarque que dans notre hotel et dans plusieurs magasins, la harpe miniature (environ 40 cm de haut) est un objet de décoration de bon aloi.
Après le concert, nous prenons le temps de flâner dans les rues quasi désertes de Villaviencio, à s'imprégner de la petite fraîcheur de la nuit en admirant les angelots stylisés géants tout illuminés sur la place principale. On croise deux hommes vraisemblablement sans logis, l'un installé à dormir en T-shirt sous un arbre, l'autre sur le bitume mais abrité de la pluie par le auvent de l'immeuble. C'est vrai qu'il a l'air plus doux d'être SDF au soleil.

Au petit matin, la cacophonie de la ville en plein boom de promo de Noël nous arrache à notre court sommeil. La chaleur est déjà bien installée. Nous fuyons la ville à la recherche de verdure et atterrissons à Granada, petite ville de presque 60000 habitants, 90 km au Sud de Villavicencio. Guillaume et José trouvent l'hôtel Casablanca (à cause du film avec Humphrey Bogart) tout-à-fait à leur goût. C'est comme un long paquebot avec des balcons et des fenêtres aux bord arrondis. La chambre est toute peinte de ce bleu qui calme l'esprit. Au centre du bâtiment construit en U, un jardin frais de verdure ne manque pas à la tradition Colombienne.
José connaît déjà le coin, il nous emmène bille en tête à la rivière, à pied sous le cagnard (à partir de 15h ça brûle moins, dit-il). Moi je mets ma casquette et des manches longues, pas confiance en ce soleil. Nous suivons la route principale qui longe quantité de petites échoppes où manger de la viande grillée, puis qui longe des bananeraies et des champs où paissent des vaches-zébu. Après 2h de marche (30 minutes pronostiquées), on trouve enfin le grand pont qui passe au dessus du río Ariari, gardé par quelques militaires. Petite baignade rapide, le soleil en profite pour se coucher vite fait et la Lune quasi pleine déboule de l'autre côté de la planète.

Nuit calme, matin lui aussi agité de chants de Noël diffusés par la station essence juste à côté. Le silence est une denrée rare par ici.
Cette fois on tente la vraie nature. Un taxi nous emmène au début d'un chemin de terre. On s'arme de bouteilles d'eau au petit magasin situé au bord de la route, et en avant pour une balade également sous le cagnard. Des bosquets d'arbres ponctuent notre avancée de petites poses rafraîchissantes, et un première petite rivière nous ravit. Le cul dans l'eau, nous observons attentivement quelques petits singes passer d'arbre en arbre - on saura plus tard que ce sont des macaques.
Après une petite montée, la sierra de la Macarena se déroule sous nos yeux ravis. Le relief est le résultat d'un soulèvement du socle calcaire, un peu comme le Vercors, ça crée un écrin de verdure au milieu duquel coule le rio Güejar. Le chemin prend fin au lieu dit La Recebera, à gauche une maison, des vaches-zébu, et un bloc sanitaire pour les campeurs. Don Javier, la soixantaine, portant bottes de caoutchouc et casquette, nous accueille, sortant de dessous un grand préau au toit de tôle assurant ombre et abri contre la pluie. Des bacs à poubelle sont attachés aux arbres, et quelques petits panneaux indiquent fort aimablement que si tu aimes ce lieu, alors tu n'y laisses pas tes vieux restes de pic-nique.
On fonce plonger nos corps brûlants dans l'eau fraîche, Ô joie! il y a même assez de profondeur pour nager vraiment (et aussi pas mal de courant). Au dessus de nos têtes volent en cercles des rapaces noirs à l'extrémité des ailes blanc. La végétation est opulente, tropicale, mystérieuse pour nous autres petits européens (je ne sais pas si José en sait beaucoup plus que nous sur ce sujet).
Le soir, nous repartons bien à contrecoeur à l'arrière d'un truck rutilant, et retrouvons la chaleur étouffante du béton. Tous les habitants de Granada sont dehors en beaux habits, les gamins placent partout le long du trottoir et des murets de petites bougies colorées. La place principale, avec ses superbes arbres centenaires qui diffusent une ombre salvatrice la journée, est toute illuminée aussi. Noël est encore passé par là. Angelots stylisés, moutons, étoiles suspendues aux arbres, crèche sans petit Jésus (normal, il n'est pas encore né), personnages féminins en robe traditionnelle, faux feu et fausse viande qui grille, tracteur vert (?!). Tout est construit en armature métallique recouverte de tissus et de guirlandes électriques. Les gens prennent des photos de leurs enfants devant les décorations, c'est vraiment un événement important. Nous apprenons un peu plus tard que les bougies sont pour la fête de l'immaculée conception (ha...). Le Vatican a encore de beaux jours devant lui.

Lundi 8 décembre, c'est décidé, nous partons vivre dans la sierra de la Macarena! Encore une petite marche dans la chaleur, mais notre coeur est déjà tout rafraichi à l'idée de la rivière qui nous attend là-bas, à la Recebera.
Don Javier nous accueille chaleureusement, et nous laisse utiliser deux hamacs pour la nuit (Guillaume ne voyage jamais sans son hamac-moustiquaire intégrée). Pour le soir, José nous prépare des lentilles et du riz cuits sur le feu au bord de la rivière. Ça n'a l'air de rien comme ça, mais ce fut un repas merveilleusement bon.
La fraîcheur de la nuit est un peu abrupte, on se caille un peu les miches dans nos hamacs sans couverture. Le réveil n'est pas facile pour les garçons (moi j'avais pris des pulls, pas confiance en leur soleil), et dès l'aube c'est la cacophonie des vaches à traire et des oiseaux. L'un d'eux est vraiment élégant, noir avec une queue jaune vif sur chaque côté, il s'appelle le guapuchón, et élève ses oisillons dans des nids d'herbes en forme de goutte, suspendus aux arbres.
Don Javier nous prépare un petit déjeuner, comme ça, grand prince. José doit rentrer à Bogotá, mais il prend d'abord soin de se rétamer l'avant-bras pendant que la petite moto de Don Javier glisse sur les cailloux.
Petite balade pour trouver les cascades. Il faut d'abord traverser la rivière, et pour rester sec la technique est d'utiliser la "cabine", petite plateforme suspendue à une poulie et à un cable attaché aux arbres, d'une part et d'autre de la rivière. Ensuite traverser quelques champs, puis enfin monter dans la forêt (machette conseillée pour éclaircir le chemin). En route, nous retrouvons un groupe de macaques en haut des arbres. Leurs gestes et leurs sauts sont si élégants, on reste fascinés.
Le lendemain matin, après une bien meilleure nuit avec couvertures prêtées par la famille qui habite la maison, nous montons en haut des falaises qui surplombent la rivière. Je me retrouve à éviter de justesse un long serpent enroulé sur lui-même, marron à petits motifs losange jaune vif. J'y connais rien en reptiles, mais juste comme ça je dirais qu'il n'est pas inoffensif... Au retour, Don Javier nous confirme le truc, serpent dangereux. Bon.
On continue l'aventure avec une descente de la rivière en se laissant porter par l'eau, avec des rapides parfois un peu trop rapides à mon goût. Deux petits coups de stress en une journée.
Nous passons la soirée à discuter avec tous les habitants de la maison, c'est-à-dire Don Javier, Maria-Elena, Aleman son mari et Isabella leur fillette de 3 ans. L'orage menace et nos hôtes nous proposent de suspendre les hamacs sous la véranda de la maison, dont le toit est un peu plus fiable que celui du "préau". Finalement la pluie ne survient que le lendemain, une vraie pluie tropicale! Je profite de ce temps pour dessiner la maison, comme demandé la veille par Maria-Elena, qui a même fourni le papier. Tout le monde est fort content du résultat, alors je suis contente aussi.