Youpi! des images!

12 dec.

Des serpents et des rapides

Département du Meta
5-11 décembre 2014

Il faut peu d'arguments à Guillaume pour convaincre son ami de prendre quelques jours de vacances avant son grand saut dans la restauration, et voilà notre José embarqué avec nous vers le Sud-Est.
On vise la chaleur et la proximité, les plaines du Meta, à seulement 3h de buseta de la capitale, sans compter le temps de sortir de la ville (environ 1h30), le temps de longer d'infinis murs superbement peints par les muralistes locaux (on en reconnaît aussi qui viennent d'Espagne).

A Villaviencio c'est le festival des Llanero (plaines). En gros, des cowboys à cheval font la course avec d'habiles vachettes qui se font finalement mettre à terre, tirées par la queue. Le tout est accompagné de soirées de musique et danse traditionnelle. Nous voilà un peu à l'écart de la ville, devant un grand hall dans un parc apparemment construit pour cet événement annuel, à écouter à un niveau sonore proche de l'insupportable de la pourtant très bonne musique traditionnelle. L'instrument principal, et surprenant, est la harpe, jouée très impro à la manière des jazzmen (j'ai pas dit tsigane, monsieur Bobby Lapointe).
Je remarque que dans notre hotel et dans plusieurs magasins, la harpe miniature (environ 40 cm de haut) est un objet de décoration de bon aloi.
Après le concert, nous prenons le temps de flâner dans les rues quasi désertes de Villaviencio, à s'imprégner de la petite fraîcheur de la nuit en admirant les angelots stylisés géants tout illuminés sur la place principale. On croise deux hommes vraisemblablement sans logis, l'un installé à dormir en T-shirt sous un arbre, l'autre sur le bitume mais abrité de la pluie par le auvent de l'immeuble. C'est vrai qu'il a l'air plus doux d'être SDF au soleil.

Au petit matin, la cacophonie de la ville en plein boom de promo de Noël nous arrache à notre court sommeil. La chaleur est déjà bien installée. Nous fuyons la ville à la recherche de verdure et atterrissons à Granada, petite ville de presque 60000 habitants, 90 km au Sud de Villavicencio. Guillaume et José trouvent l'hôtel Casablanca (à cause du film avec Humphrey Bogart) tout-à-fait à leur goût. C'est comme un long paquebot avec des balcons et des fenêtres aux bord arrondis. La chambre est toute peinte de ce bleu qui calme l'esprit. Au centre du bâtiment construit en U, un jardin frais de verdure ne manque pas à la tradition Colombienne.
José connaît déjà le coin, il nous emmène bille en tête à la rivière, à pied sous le cagnard (à partir de 15h ça brûle moins, dit-il). Moi je mets ma casquette et des manches longues, pas confiance en ce soleil. Nous suivons la route principale qui longe quantité de petites échoppes où manger de la viande grillée, puis qui longe des bananeraies et des champs où paissent des vaches-zébu. Après 2h de marche (30 minutes pronostiquées), on trouve enfin le grand pont qui passe au dessus du río Ariari, gardé par quelques militaires. Petite baignade rapide, le soleil en profite pour se coucher vite fait et la Lune quasi pleine déboule de l'autre côté de la planète.

Nuit calme, matin lui aussi agité de chants de Noël diffusés par la station essence juste à côté. Le silence est une denrée rare par ici.
Cette fois on tente la vraie nature. Un taxi nous emmène au début d'un chemin de terre. On s'arme de bouteilles d'eau au petit magasin situé au bord de la route, et en avant pour une balade également sous le cagnard. Des bosquets d'arbres ponctuent notre avancée de petites poses rafraîchissantes, et un première petite rivière nous ravit. Le cul dans l'eau, nous observons attentivement quelques petits singes passer d'arbre en arbre - on saura plus tard que ce sont des macaques.
Après une petite montée, la sierra de la Macarena se déroule sous nos yeux ravis. Le relief est le résultat d'un soulèvement du socle calcaire, un peu comme le Vercors, ça crée un écrin de verdure au milieu duquel coule le rio Güejar. Le chemin prend fin au lieu dit La Recebera, à gauche une maison, des vaches-zébu, et un bloc sanitaire pour les campeurs. Don Javier, la soixantaine, portant bottes de caoutchouc et casquette, nous accueille, sortant de dessous un grand préau au toit de tôle assurant ombre et abri contre la pluie. Des bacs à poubelle sont attachés aux arbres, et quelques petits panneaux indiquent fort aimablement que si tu aimes ce lieu, alors tu n'y laisses pas tes vieux restes de pic-nique.
On fonce plonger nos corps brûlants dans l'eau fraîche, Ô joie! il y a même assez de profondeur pour nager vraiment (et aussi pas mal de courant). Au dessus de nos têtes volent en cercles des rapaces noirs à l'extrémité des ailes blanc. La végétation est opulente, tropicale, mystérieuse pour nous autres petits européens (je ne sais pas si José en sait beaucoup plus que nous sur ce sujet).
Le soir, nous repartons bien à contrecoeur à l'arrière d'un truck rutilant, et retrouvons la chaleur étouffante du béton. Tous les habitants de Granada sont dehors en beaux habits, les gamins placent partout le long du trottoir et des murets de petites bougies colorées. La place principale, avec ses superbes arbres centenaires qui diffusent une ombre salvatrice la journée, est toute illuminée aussi. Noël est encore passé par là. Angelots stylisés, moutons, étoiles suspendues aux arbres, crèche sans petit Jésus (normal, il n'est pas encore né), personnages féminins en robe traditionnelle, faux feu et fausse viande qui grille, tracteur vert (?!). Tout est construit en armature métallique recouverte de tissus et de guirlandes électriques. Les gens prennent des photos de leurs enfants devant les décorations, c'est vraiment un événement important. Nous apprenons un peu plus tard que les bougies sont pour la fête de l'immaculée conception (ha...). Le Vatican a encore de beaux jours devant lui.

Lundi 8 décembre, c'est décidé, nous partons vivre dans la sierra de la Macarena! Encore une petite marche dans la chaleur, mais notre coeur est déjà tout rafraichi à l'idée de la rivière qui nous attend là-bas, à la Recebera.
Don Javier nous accueille chaleureusement, et nous laisse utiliser deux hamacs pour la nuit (Guillaume ne voyage jamais sans son hamac-moustiquaire intégrée). Pour le soir, José nous prépare des lentilles et du riz cuits sur le feu au bord de la rivière. Ça n'a l'air de rien comme ça, mais ce fut un repas merveilleusement bon.
La fraîcheur de la nuit est un peu abrupte, on se caille un peu les miches dans nos hamacs sans couverture. Le réveil n'est pas facile pour les garçons (moi j'avais pris des pulls, pas confiance en leur soleil), et dès l'aube c'est la cacophonie des vaches à traire et des oiseaux. L'un d'eux est vraiment élégant, noir avec une queue jaune vif sur chaque côté, il s'appelle le guapuchón, et élève ses oisillons dans des nids d'herbes en forme de goutte, suspendus aux arbres.
Don Javier nous prépare un petit déjeuner, comme ça, grand prince. José doit rentrer à Bogotá, mais il prend d'abord soin de se rétamer l'avant-bras pendant que la petite moto de Don Javier glisse sur les cailloux.
Petite balade pour trouver les cascades. Il faut d'abord traverser la rivière, et pour rester sec la technique est d'utiliser la "cabine", petite plateforme suspendue à une poulie et à un cable attaché aux arbres, d'une part et d'autre de la rivière. Ensuite traverser quelques champs, puis enfin monter dans la forêt (machette conseillée pour éclaircir le chemin). En route, nous retrouvons un groupe de macaques en haut des arbres. Leurs gestes et leurs sauts sont si élégants, on reste fascinés.
Le lendemain matin, après une bien meilleure nuit avec couvertures prêtées par la famille qui habite la maison, nous montons en haut des falaises qui surplombent la rivière. Je me retrouve à éviter de justesse un long serpent enroulé sur lui-même, marron à petits motifs losange jaune vif. J'y connais rien en reptiles, mais juste comme ça je dirais qu'il n'est pas inoffensif... Au retour, Don Javier nous confirme le truc, serpent dangereux. Bon.
On continue l'aventure avec une descente de la rivière en se laissant porter par l'eau, avec des rapides parfois un peu trop rapides à mon goût. Deux petits coups de stress en une journée.
Nous passons la soirée à discuter avec tous les habitants de la maison, c'est-à-dire Don Javier, Maria-Elena, Aleman son mari et Isabella leur fillette de 3 ans. L'orage menace et nos hôtes nous proposent de suspendre les hamacs sous la véranda de la maison, dont le toit est un peu plus fiable que celui du "préau". Finalement la pluie ne survient que le lendemain, une vraie pluie tropicale! Je profite de ce temps pour dessiner la maison, comme demandé la veille par Maria-Elena, qui a même fourni le papier. Tout le monde est fort content du résultat, alors je suis contente aussi.


11 dec.

Préparatifs de Noël

Bogotá
2-5 décembre

Quelques jours à Bogotà, le temps pour moi de terminer de peindre des lettrages et quelques décorations pour le restaurant que José et Alvaro ouvriront en janvier 2015.
Comme en France et dans divers pays chrétiens, les gens se préparent à fêter la Navidad bien un mois à l'avance, histoire de faire marcher les affaires. Noël, peu importe la latitude où tu te trouves, rime toujours avec sapins blancs, rennes tirant traîneaux, bonshommes de neige et feuilles de houx (je ne parle même pas du type en bonnet rouge). Nombre d'objets qu'aucun enfant Colombien n'a jamais vu en vrai (ça me rappelle la Guyane tiens). Les radios, la tv, dans le bus, partout des chansons sur la navidad. Pour une fois je suis bien contente de ne pas comprendre correctement l'español.
On passe même devant un atelier, calé entre un atelier de réparation de motos et un casino miteux, où quelques hommes sont en train de sculpter de grands ours polaires en polystyrène. Sacré business.

Le parque Nacional a son quotas de guirlandes lumineuses et de santons de crèche. On s'y balade comme dans une foire, parmi les marchands de bouffe de toute sorte qui étalent viandes et empanadas. Boissons chaudes et froides, aromática, canelazo (avec un ptit coup d'alcool dedans), peintres, tir au fusil, et un incroyable sculpteur de plastiques récupérés (genre gobelets colorés) qui modèle et assemble devant nous une sorte de crocodile ivre, rien qu'à l'aide d'une taque à gaz et de quelques pinces, et beaucoup de corne sur les doigts.


29 nov.

Compleaños feliz

Département de Boyacá
28 novembre - 2 décembre

Armés d'une légère gueule de bois dûe aux mélanges de vins espagnols de la veille, Guillaume et moi montons dans un de ces autocar aux larges fauteuils qui attendent en file indienne au terminus Nord du Transmilenium. Direction nord-est, Sogamoso est à 4h de route de Bogotá. Le long de la presqu'autoroute qui quitte la capitale s'alignent quantité de sureau et autres arbres que l'on plante avec application en Europe et qui poussent comme du chiendent en Colombie. Lorsqu'on arrive au bout du plateau de Bogotá et qu'on passe le col, le paysage revêt un aspect beaucoup plus montagneux et rural. Toute surface pas trop verticale est transformée en champ, soit pour cultiver, soit pour faire paître le bétail. Les verts sont intenses à en faire pâlir Cézanne.

Sogamoso. La nuit tombe vite et ne laisse pas vraiment le temps de voir où l'on met les pieds. Hop on trouve l'hostel que le frère de José nous a conseillé, hop on trouve aussi de quoi se restaurer dans un endroit qui semble être un vieux dancing désuet tenu par deux dames d'un âge respectable. Murs verts et photos de la place du marché du vieux bourg, combinés avec du mobilier de plastique aux couleurs primaires. La soupe y est bonne et les dames sympathiques.
Nous nous levons de bonne heure le lendemain, bien décidés à passer la journée de mon anniversaire à une altitude respectable. Miguel, le propriétaire de l'hostel "la Cazihita", sera notre guide. Nous montons respectueusement dans sa vieille Mazda impeccablement entretenue et sortons de la ville vers l'Est. Nous n'avions pas réalisé à quel point cette ville était industrielle, et la vue des premières cheminées de l'usine d'acier nous surprend. S'ensuivent des zones de stockage de charbon, de transformation de pétrole, et enfin quelques sites de fracturación, c'est-à-dire d'extraction de ce merveilleux gaz de schiste. Autant vous dire que Miguel l'a bien en travers de la gorge, lui si amoureux de ses montagnes.
La Mazda s'arrête sur la place du village de Mongui, près de l'église qui appelle à la prière de sa cloche aigre. "Quatre messes par jour, et payantes! Ils sont fous ces catholiques..." informe Miguel, sans jamais quitter sa douceur. Peu concernés par le Christ, nous allons déjeuner avant l'ascension du Páramo de Ocetá.
D'abord traverser le village aux maisons qui se dispersent vers les hauteurs, passer la première croix au détour d'un virage qui monte raide, et continuer vers la petite mine de charbon. Là, une femme et son jeune enfant sont assis, téléphone mobile pour passer le temps, pendant que monsieur creuse tout seul dans son trou. L'aménagement de la mine est spartiate : quelques morceaux de bois faisant office de soutènement, et un vieux tracteur sans roue pour actionner le cable qui remonte le wagon à charbon. Une autre petite mine est aussi exploitée de l'autre côté du versant, on suppose que la veine de charbon continue.
Il fait chaud. On arrive au début du sentier. Un petit portique en bois annonce "sentier de la gloire", mais je ne me suis pas sentie très glorieuse avec mon souffle court et mes joues écarlates. Miguel du haut de sa cinquantaine, et Guillaume du haut de son passé de montagnard, montent régulièrement et m'attendent patiemment. La végétation luxuriante commence à se raréfier, mais les fleurs restent disséminées un peu partout. Les premiers petits frailerónes (ou espeletia) apparaissent ça et là. Plantes endémiques des hauteurs de Colombie, Equateur et Venezuela, elles sont adaptées à une haute altitude, à la forte exposition aux UV, et captent l'humidité des nuages puisqu'il ne pleut pas à cette altitude. Elles fleurissent surtout en avril, mais nous en voyons quand même quelques unes toutes couvertes de violet ou de jaune, selon l'espèce. Plus on monte, plus les frailerónes sont hauts ; certains atteignent 3m, et quand on sait qu'ils grandissent de 1cm/an, on peut vite en conclure que certains spécimens on bien fêté leurs 300 ans...
Après 5h d'ascension, nous arrivons à l'un des sommets (il y en a plein d'autres derrière, je vous rassure tout de suite, et de bien plus hauts). Voilà, 3900m d'altitude, des nuages et un vent bien glacial, mais quelle vue! Lorsque les nuages s'écartent on peut voir en contrebas la laguna Negra, et à perte de vue ces plantes centenaires. Faut quand même pas traîner, le soleil se couche tôt. Une sorte de chevreuil des montagnes sauvage nous fait l'honneur de croiser notre chemin, marchant nonchalamment, certain de son habileté à s'enfuir en un clin d'oeil. Beaucoup de vaches, quelques chevaux, des petites baraques pour les bergers-vachers. La redescente est beaucoup plus facile pour mes poumons, mais c'est plutôt Miguel qui fatigue. Arrivée à Mongui 1/2 heure avant la nuit, les grenouilles de bénitier sont à nouveau à la messe, mais pour nous ce sera petit chocolat chaud et joie d'enlever ses chaussures.

Puisque c'est encore mon anniversaire, on tente de trouver un chouette endroit pour manger, mais nos fesses se retrouvent calées sur le banc d'une "poularderie" braillant son émission télé sur écran géant, moi avec une soupe d'abats de provenance douteuse, Giom avec un steak filandreux de viande indéfinie de la taille d'une pizza 12 personnes. Erreur fatale.
On se rattrape avec une petite bière dans un grand appartement converti en bar hard rock, toutes fenêtres grandes ouvertes sur la placette où les chiens errants viennent boire l'eau de la fontaine. Les deux jeunes femmes qui tirent les manettes de la tireuse à bière sont joyeuses et conviviales. Derrière la musique on distingue des explosions de pétards et des coups de cloche furieux provenant de l'église un peu plus haut. Une fête religieuse?
La nuit est courte car les pétards, cloches et musique populaire colombienne reprennent de plus belle au lever du soleil (donc 6h). Miguel nous confirme qu'il s'agit bien d'une fête hautement importante : Santa Barbara. Dans la tradition sud-américaine, elle gouverne les éclairs et la foudre. A Sogamoso, l'organisatrice de l'évènement n'a pas pu trouver assez de fidèles pour défiler et porter la vitrine représentant la Sainte. Miguel hoche la tête d'un air contrit. Il se sent catholique car baptisé, mais n'adhère pas à ce culte. Nous rencontrerons plusieurs personnes dans cet état d'esprit, entre catholicisme et origines amérindiennes fortes.

Nous quittons le bon Miguel pour continuer vers le lac de Tota, au Sud de Sogamoso. D'abord un petit arrêt à Aquitania pour y manger une truite délicieuse (en papillote pour moi, plancha pour Guillaume) et quelques pétards pour Barbara. L'église arbore fièrement une grande statue de Jésus qui surfe debout sur une barque. On continue en buseta sur une belle route qui fait presque tout le tour du lac, croisant petites maisons en briques creuses et leurs somptueux jardins. Même les talus sont couverts de fleurs, dont mes consoeurs les capucines (hé oui, ça vient des Andes).
Playa Blanca, comme son nom l'indique, est une superbe plage de sable blanc où les jeunes gens viennent se bécoter et boire des bières en écoutant de la pop new wave sur une petite radio. L'hôtel Arco Iris, plutôt connu sous le sobriquet La Cabaña, nous loue une grande chambre avec cheminée en brique. Joie! La température n'est malheureusement pas très propice à une baignade avant la nuit, et une bonne flambée ce soir ne sera pas si anachronique (mettez vous bien dans la tête que Colombie ne rime pas forcément avec chaleur torride).
Petite balade le lendemain sous la bruine alternée de belles tranches de soleil. Seulement une petite ascension à 3600m. Beaucoup de champs cultivés, de vaches et chevaux, parfois avec des humains dessus, au contact assez bourru. Les gamins semblent heureux, avec leurs visages aux yeux presque bridés et la peau caramel. Bien sûr, chacun et chacune porte sa ruana (version longue du poncho, qui lui se porte court) et ses bottes de caoutchouc, un couvre-chef pour achever le tout, casquette ou chapeau élégant pour les vieux messieurs. Ça protège aussi bien que le K-way de chez nous, et on y transpire moins. Bizarre, ya pas trop de femmes en robe par ici... Nous passons la soirée avec Liliana et Robin près du feu. Jeune couple très sympathique chargé de faire tourner l'hôtel pour la patronne, ils viennent tout deux de la région de Boyacá. Les histoires de voyage de Guillaume leur fait briller les yeux. On parle de tout, ni la drogue ni la religion ne sont un sujet tabou.
Nous retournons à Bogotá le lendemain, comblés de beauté et de quiétude.


24 nov.

Carnet des Amériques du Sud

Bogotá, Colombie
20-28 novembre 2014

Un vol de 10h, donc trois films et une petite sieste. Le temps de remplir les formalités pour entrer dans le pays la nuit est tombée, et l'on sait donc qu'il est 18h, car le soleil se couche toute l'année à 18h en Colombie.
José est venu nous accueillir à l'aéroport. Il saute dans les bras de Guillaume comme un jeune cabri - ces deux-là sont des amis de longue date. Avec nos gros sacs à dos pleins de fromages et de saucissons nous avons quelques difficultés à nous introduire dans le bus bondé des heures de pointe. Je réalise seulement que Bogotá est bâtie sur des montagnes lorsque je me retrouve complètement essoufflée par les derniers escaliers qui mènent à l'appartement de José : 2600 m. d'altitude c'est pas rien. Lorsque nous pénétrons dans le bel appartement que partagent José, Camil et Maria Alejandra, la baie vitrée du salon me happe dans une contemplation silencieuse de la ville qui s'étend en contrebas vers l'Ouest, avec son premier plan d'arbres, puis de grands immeubles, dont un qui est un écran 4 côtés à lui tout seul (magie de la LED), puis de maisons plus basses. Quand le temps est clair, on peut voir les contreforts de l'autre côté du plateau de Bogotá, et même la montagne enneigée du Nevado del Tolima.
Le lendemain, petit effet jetlag oblige, nous voilà projetés dans les rues de la capitale déjà bien réveillée à 7h du mat'. Petit déj composé de huevos pericos (oeufs brouillés aux tomates, oignons et coriandre), empanadas (sorte de pâte frite remplie de riz, pois, poulet), pan de bono (demi-sphère de pain de maïs) et une tasse d'un merveilleux chocolat chaud. Inutile de préciser que le thé va désormais tomber aux oubliettes pour un moment.

La ville est grande, "immense" serait plus juste. Construite sur un haut plateau, on s'oriente à l'aide des hautes collines toutes proches du côté Est : cerro de Monserrate. Les rues sont un quadrillage, avenues en Nord-Sud, rues en Est-Ouest, et chacune a son numéro. Bien sûr le français sera choqué par le manque de poésie de ces noms algébriques, mais l'usager sera conquis par la facilité avec laquelle il pourra se situer dans l'espace urbain.
Tours en briques élégantes, immeubles gris pur style URSS, maisons en vrac über colorées, bâtiments néo-classiques 19ème siècle ; il y en a pour tous les goûts, mais toujours avec cette touche particulièrement tropicale : les plantes vertes omniprésentes. Chaque rue, chaque fenêtre, cour intérieure, couloir d'immeuble, petite échoppe a droit à ses plantes en pot, parfois vraiment envahissantes, mais toujours agréables.
Les habitants sont pareils, omniprésents et au contact facile, spontané.

Malgré l'évident excès de circulation automobile (mais quelle grande capitale n'a pas ce problème?), il est relativement aisé de se déplacer en ville. Comme creuser un métro est long et onéreux, la commune a choisi de créer un réseau "Transmilenium", des lignes de bus avec des voies uniquement réservées à la circulation de mastodontes rouges à trois "wagons". Je peux vous dire que ça trace bien!
Les citadins utilisent également les busetas, petits bus à la conduite sportive dont le but est d'avaler goulûment le plus de passagers possible à 1500 pesos la course (pas cher). Guillaume regrette le temps où la carrosserie de ces camionnettes était outrageusement décorée, maintenant c'est beaucoup plus sobre, mais heureusement la musique y est quand même toujours présente.


16 nov.

Les grues comme des girafes

Cranes like giraffes.


30 oct.

le retour d'Anastasia



Retour à Bucarest en train. Je m'assied à la place 81. En face de moi une jeune femme toute de noir vêtue, un costume que je reconnais bien : une religieuse orthodoxe (oui, en Roumanie c'est la religion dominante).
Elle retourne voir ses parents une fois dans l'année. C'est un grand voyage car elle vit dans un monastère près de Perpignan (!). La pensée me traverse qu'il est étrange que des nonnes roumaines vivent en France, où presque personne n'est orthodoxe ; mais pour elle il est également étrange que je ne sois pas baptisée et ne me revendique d'aucune religion alors qu'elle pensait que tous les Français étaient soit catholiques, soit musulmans (bon, y'a aussi des protestants). Je me demande si elle a aussi fait mon portrait dans son carnet de notes...


18 oct.

les alentours de Brasov

Dan me fait l'honneur de prendre deux jours de pause pour me faire respirer l'air hors des murs de Brasov. Arrimés à sa brave petite Opel, nous traversons une partie relativement plate des Carpates vers le Nord-Ouest pour rejoindre les salines de Praid.
Habitués, Français que nous sommes, à parcourir de grandes distances sur de superbes routes asphaltées avec élégance, nous oublions que 140 km peut éventuellement nécessiter 3h de route (arrêt photos et pipi inclus). Imaginez : un ciel bleu, des forets gorgées de couleurs automnales, des villages aux maisons trapues et également colorées (j'adore leur utilisation du vert, injustement associé en France à l'environnement hospitalier et médical), des charrettes tirées par des chevaux, des figures fripés de vieilles dames enfoulardées, et les courbes de la route.
Je remarque que les visages croisés sont soit de la couleur sombre des Tsiganes, soit de la couleur claire des Roumains, Hongrois ou Saxons (Dan m'informe qu'il y a certains villages où l'on ne parle que Hongrois), mais rarement les deux mélangés dans le même village... apparemment, la cohabitation est rude.

Village de Praid. Nous nous engouffrons dans un vieil autobus à accordéon qui nous envoie directement dans les profondeurs de la mine de sel par un tunnel peu large. Le trajet n'est pas long, mais déjà tout est différent : l'odeur, mélange de souffre et de varech, et la température qui baisse jusqu'a 17 degrés, été comme hiver. On s'habitue aux deux. Sortis du bus, il faut encore descendre une longue volée de marches pour atteindre le sol lisse et brillant de la mine (et salé!). Ici, le "plafond" est loin du sol, et plusieurs aires de jeux genre "acrobranche" grimpent jusqu'à 10 mètres de haut. Comme les propriétés du lieu sont prouvées médicalement (surtout pour les traitements de problèmes pulmonaires), tout est arrangé pour que l'on puisse passer plusieurs heures par jour sous terre sans trop s'enquiquiner. Des tables à pic-nique, des prises de courants pour nos chers ordinateurs portables (oui, y'a le wi-fi), une cantine, des petits magasins de produits locaux et savons français, et bien sûr une chapelle.

Un peu plus à l'ouest de Praid, nous faisons un petit tour à Sighisoara (prononcer "Siguichoara"). La petite ville étend son style médiéval à forte consonance saxonne, comme Brasov. Une des maisons arbore fièrement un petit panonceau indiquant au passant qu'elle hébergea la naissance du célèbre Vlad Tepes "l'Empaleur", grande figure nationale roumaine qui défendit le pays contre l'envahisseur Ottoman.
C'est donc ce Vlad l'Empaleur qui inspira fortement Bram Stoker pour son roman "Dracula". Le fameux Vlad n'a, quant à lui, jamais séjourné au château de Bran comme le laisse entendre une certaine rumeur, mais par contre la reine Maria de Roumanie, oui! Les multiples pièces du château comportent murs blanchis à la chaux, plafonds pas trop hauts (moins chiant à chauffer), parquets simples et rustiques, et des sortes de cheminées-poêles à dôme, avec parfois un petit banc dans un coin, spécialement conçu pour s'asseoir vraiment tout près du feu. Les meubles sont parfois simples, parfois ouvragés (mon ignorance pencherait pour un style genre Henri IV).

Le château de Peles (prononcer Pèlèch) est plutôt dans le style opposé à celui de Bran. Chaque pièce est un résumé d'un chapitre de l'histoire de l'art, le tout contenu dans un emballage oscillant entre style bavarois, alsacien et la Belle au bois dormant de Disney. On sent que notre guide est tout entier passionné par cet héritage, il connaît chaque marqueterie, chaque tapisserie. Rien n'a été laissé au hasard niveau déco, tu passes de l'Asie à l'Angleterre victorienne, du boudoir Louis VI au salon Marocain, et à la sortie, tu t'étonnes que les troncs d'arbres de la forêt entourant la bâtisse ne soient pas sculptés de chevaliers en armure.


16 oct.

Brasov ça ne vous dit rien, mais Dracula ça vous parle?




Un petit trajet de 3h en train m'emmène doucement de la plate plaine de Bucarest au centre des Carpates en Transilvanie. La nuit est tombée, Brasov étale son nom en grosses lettres lumineuses en haut d'une des montagnes qui l'entourent - "des collines" me diront les alpinistes. Dan est à l'heure à la gare, on monte direct dans sa vieille Opel (on aurait pu s'attendre à une Dacia) et on trace pour rejoindre sa compagne Cristina et leur fillette Sofia (2 ans, et jamais d'accord pour aller se coucher, évidemment).

On m'avait parlé de "petite ville", mais c'est une commune de plus de 328 000 habitants qui s'étale sous mes yeux le lendemain matin au grand jour. Je ne vais pas étaler toute l'histoire de Brasov (Wikipédia est là pour ça) mais c'est une ville chargée d'histoire, dont le centre ancien est toujours ceint d'une muraille fortifiée, de plusieurs tours de garde, et de deux portes anciennes.

Anca, fervente passionnée d'histoire, me fait un petit tour du propriétaire. On entame la journée par le passé Hongrois et Allemand de la ville (appelée Kronstadt pendant un temps - ville de la couronne), on saupoudre de période de communisme imposé par la Russie après la seconde guerre mondiale, et en dessert on aborde la "question Rom" du double point de vue de Roumain et Français. Oui, nos Roms qui errent en France et indisposent les ménagères au marché le samedi matin crapahutent également en Roumanie avec le même dénuement et la même crasse qui dérangent. Force est de constater que nous autres "de l'Ouest" faisons un furieux gloubi-boulga entre "Rom" et "Roumain". Si les deux noms sont similaires, ils n'ont pourtant aucun lien : le mot "Rom" ou Rrom" signifie en langue rromani "homme accompli et marié au sein de la communauté" (source : Wikipédia, encore). Les Roumains de Roumanie, eux, n'ont rien à voir avec la culture Rrom, mais vivent aux côtés de plusieurs minorités ethniques, dont celle des Rroms.

Et Dracula dans tout ça? Il parait qu'il s'était installé au chateau de Bran, petit village très calme non loin de Brasov, histoire de se trouver de jolies et jolis jeunes gens à inviter pour boire un coup tranquille. Et puis bon, il parait aussi que cette histoire est relativement biaisée par monsieur Bram Stoker qui a situé l'action de son roman au château de Borgo, où il n'y a aucun château...
Fausse route pour les fans de Dracula - et jackpot pour les propriétaires du château de Bran!


12 oct.

Bucarest, Bucuresti pour les intimes

Bucarest, Roumanie

Première fois pour moi. C'est toujours plus amusant de croiser une bonne occasion d'aller voir un pays inconnu. Cette fois-ci il s'agit de films d'animation et du festival Anim'Est.

Premier jour sous la pluie battante, la ville révèle jalousement quelques belles demeures enchoucroutées flanquées de grands immeubles soviétiques.
L'endroit où se passent les soirées du festival est assez fou. Vieille baraque bourgeoise dont on remarque a peine la façade depuis la rue, crasseuse et fenêtres barrées de planches, à peine restaurée et régulièrement infestée d'artistes, d'expos, de projections et de concerts en tout genres. L'histoire de cette grande demeure est assez représentative de l'histoire avec un grand H. D'abord propriété d'une grande famille aisée roumaine (on le constate en voyant les restes de boiseries sombres dans l'entrée, les immenses plafonds ouvragés), construite au début du 20eme siècle, elle est ensuite retirée à ses propriétaires au moment de l'arrivée du pouvoir soviétique. Vers le début des années 2000, après avoir été propriété de l'état pendant la période qui suivit la révolution de décembre 1989, les immeubles et maisons sont restitués à leurs propriétaires, souvent trop peu argentés pour pouvoir assumer les travaux de rénovation nécessaires

Je rencontre deux étudiants en cinéma, Radu et Laura, franchement sympathiques, qui m'emmènent voir deux autres grandes maisons également réinvesties en bar-restau-lieu artistique. Parfois ils refont tout, mais parfois ils les gardent en l'état, avec les vieilles peintures murales encore présentes à certains endroits, dans le genre papier peint mais peintes directement sur l'enduit (assez sombre comme rendu), les vieux poêles recouverts d'émail ouvragé, les vieux parquets noircis par le temps. C'est hype, certes, mais c'est beau (bobo).
L'auberge de jeunesse dans laquelle je loge est encore une de ces superbes demeures bourgeoises, sans jardin mais le long de laquelle passe une cour longue et pavée, et sur le mur du bâtiment d'à coté pousse une charmante vigne vierge. L'intérieur est restauré avec goût - enfin, tout est subjectif, mais ya du beau parquet, et ça je kiffe.


08 oct.

octobre à Liège


07 oct.

septembre en Lorraine


29 avr.

La chasseuse revient

Pour vous allécher un peu, quelques recherches de coiffure latina pour ma chasseuse d'hommes, prochainement dans FreakShow Comix #2 (édité chez Turut).

Soon, a new story of "the hunteress" (it have to be the feminine name of hunter!), in the new FreakShow Comix #2 (published by Turut). Latina haircuts.


Rose partout, même dans ton assiette

Un salon de thé aux murs rose et fuchsia, tellement exagérément rose qu'il fallait y entrer.

A tea room in Paris, so pink and fuchsia, so excessively pink that I had to come in.


07 fév.

Indiens Yanomami


31 dec.

la dernière avant l'autoroute

les gens du nouvel an 2014
new year's people 2014