Youpi! des images!

27 aoû.

Osh, territoire du Roi Salomon

Kyrgyzstan
21-23 août

Pétri d'histoire, ce territoire. Mais tout ce que j'en sais, c'est que le roi Salomon (970 931 av.JC selon wikipédia), en voyant le mont rocailleux et sec dépasser de la terre aride, a déclaré que c’était l'endroit idéal pour y installer son fief et son trône. Depuis, cette colline rocheuse est devenue sacrée et lieu de pèlerinage. Les femmes en désir d'enfant y montent, car il paraît que la roche ressemblerait à un ventre arrondi de femme enceinte (j'ai pas dû bien regarder...), et dans une des grottes un Imam fait son business en récitant des prières quand tu lui donnes quelques centaines de soum.

Osh est toute parcourue de petits canaux d’irrigation (un peu comme à Valence), et malgré la chaleur torride de cette fin d'août, on peut déambuler à l'ombre de grands arbres dans le parc central, regarder les vieux messieurs à chapeau jouer incessamment aux échecs ou au backgammon (on y joue toujours de l'argent). Les gamins emmènent leurs parents à la foire ; il y a l'air d'en avoir dans chaque grosse ville des pays de l'ex-URSS, au look un peu désuet. J'aime beaucoup les balançoires suspendues au bout de chaînes, qui tournent en rond poussées par deux gros ventilateurs placés en haut du manège.

Le bazar est paraît-il le plus gros d'Asie Centrale, car Osh est un point stratégique de la route de la soie. Des dizaines d'allées étroites quadrillent la zone, et lorsque ce n'est pas de la bouffe (pastèques en force), on y vend surtout du produit chinois ou des restes de stocks de produits de l'union soviétique, comme ces petits cahiers d'écriture vert pâle aux lettres cyrilliques. Des hauts parleurs diffusent une voix juvénile qui débite sans interruption, de 9h à 18h, une litanie mystérieuse. Je ne parviens pas à savoir s'il s'agit de prières en arabe ou des taux du cac40 en uzbek, mais on l'entend même depuis notre hôtel. Je force un peu la main de Guillaume pour acheter un superbe "tapis mural" pour mettre dans notre future yourte (on peut rêver), on ne sait pas encore comment on va le ramener en France, mais allez, il n'est pas si gros.
Le temps s’étire un peu. Flânerie bienfaisante après avoir parcouru tant de kilomètres.


L'embuscade (encore!) de l'accordéoniste

lac Sary-Chelek, Kyrgyzstan
20 août 2013

Aujourd'hui on se lève tôt et heureux : on va aller se baigner au lac Sary-Chelek avec deux camarades rencontrés la veille. Ils voyagent habituellement à vélo (trajet Amsterdam-Melbourne, rien que ça), mais s'accordent une journée sans. Le taxi nous attend à 9h. Pas d'autre moyen de locomotion possible par ici. Le trajet est superbe, on longe des roches rouges usées par les vents qui ont formé des sortes de Demoiselles Coiffées ; puis on remonte une vallée assez habitée, des petites maisons blanches au toit ouvert sur les côtés pour y balancer foin et paille. C'est d'ailleurs la saison des moissons, et l'on croise nombre de camionnettes "Gaz" (made in URSS) et d’ânes recouverts de foin.

Le lac est coincé entre des roches escarpées, le peu d'accès un bord de l'eau est occupé par diverses familles du coin venues passer la journée à manger et se baigner (comme nous). Impatients, nous allons vite goûter l'eau : fraîche mais délicieuse.
Une petite baignade, hop on sort le pic-nique, hop il pleut.

Accalmie. Je sors le camping gaz et la casserole pour faire un thé (oui, on avait eu l'envie de camper la cette nuit...), Guillaume va voir d’où viennent les chants et l’accordéon qui se font entendre. Le thé infuse, on le boit avec Paul et Annina, Guillaume est toujours là-bas. On discute ; Annina pose sur des photos avec des garçons Kyrgyzes (elle est blonde, ça fascine un peu) ; pourquoi Guillaume ne revient-il pas?
C'est simple : il s'est fait embarquer dans une fête, et quand je le retrouve son taux d'alcoolémie est déjà assez élevé. L’accordéoniste s'appelle Ullan ; la boisson s'appelle Vodka. La boire cul-sec dans l’après-midi c'est quand même raide, mais faut pas trop vexer les hôtes, alors j'accompagne Guillaume. Toute la famille d'Ullan est présente. Les hommes boivent, les femmes moins, les gamins disent "hello, what's your name?". Guillaume disparait avec Ullan un moment, ils reviennent les cheveux mouilles, un bon bain ça dessoule (sauf quand on reboit derrière).
Les deux cyclistes décident de redescendre à la guest house à pied avant qu'il ne repleuve. Moi j'aimerais bien aussi, mais pas possible tout de suite, il faut d'abord discuter, puis boire, puis manger, puis rediscuter encore un peu. Je parviens à éviter la boisson terrible, mais Guillaume est davantage tenu de prouver sa virilité, pas facile de refuser... Nous finissons entassés à 23 dans une camionnette genre Trafic, à redescendre la vallée dans une joyeuse ambiance enivrée et musicale. Je ne veux pas savoir qui conduit et dans quel état. Nous arrivons dans la maison accueillante de la vieille dame qui tient la guest house, sans accroc ni encombre, c'est le principal.


26 aoû.

autobus et moyens de locomotion

bientot des dessins


24 aoû.

la route de Bishkek à Tosh-Komur

Kyrgyzstan
19 août

Taxi obligatoire car aucune marchroutka ne fait ce trajet (trop long?), on quitte Bishkek pour rejoindre un petit lac (Sary-Chelek) planqué au bout de la vallée d'Ak-Jol.
Le chauffeur a l'air sympathique, la cinquantaine passée, un visage plutôt caucasien, des rides de sourire autour des yeux, une casquette, et évidemment quelques dents en or (de rigueur ici). On doit attendre que la voiture soit pleine pour partir, donc une petite heure passe. Deux dames bien mises nous rejoignent. Je ne sais pas ce qu'elles ont, les filles et les dames d'ici, mais elles sont presque toujours bien sapées, c'est pas forcément mon style de vêtements mais quand même, on sent qu'il y a de la recherche. Moi, je porte un pantalon thaï, large et kaki, des godasses de randonnée (prennent trop de place dans le sac) et un T-shirt orange, pas tout-a-fait ce qu'on appellerait la fine fleur de la mode française.

Nous voilà sur la route, la seule qui relie le Nord et le Sud du pays. Bonne qualité de bitume, le taxi glisse facilement jusqu’à 120 km/h, double habilement, parfois à droite. Les indications routières sont réduites à leur plus simple expression : une ligne pointillée centrale, et une de chaque cote extérieur, avec une bande bitumée qui fait office de zone d’arrêt d'urgence, zone de doublage, piste cyclable, voie pour animaux et zone de commerce. Depuis notre arrivée au Kyrgyzstan, je remarque qu'il y a au bord des routes de très grands panneaux en béton armé peint, annonçant fièrement le nom de la commune dans laquelle nous pénétrons. Chaque commune a choisi une forme différente, généralement abstraite, bleu vif et blanc en couleurs dominantes. Ça sent le communisme a plein nez, années 60-70 ; j'aime beaucoup, mais impossible d’arrêter le véhicule pour prendre une photo.
Bientôt les montagnes arrivent. Massif du Thien-Shan, dans le prolongement des montagnes qui séparent le Kazakhstan du Kyrgyzstan). La faune se fait plus présente à chaque virage, des vaches sur les "trottoirs" en herbes hautes dans les villages, des troupeaux de chevaux et moutons en transhumance sur la route accompagnés de leurs bergers à cheval. Le chauffeur ne se laisse jamais surprendre, double en plein virage - on serre parfois les fesses, les dames et moi. J'oublie de préciser que la voiture est japonaise (comme 45% des voitures dans ce pays), donc le volant est à droite, et la conduite à droite aussi.
Je pensais que les montagnes seraient désertes, comme elles le sont en France (à part sur les routes de stations de ski), mais que nenni! Les nomades y sont tous installés pour l’été. Les versants, le long de la route, sont parsemés de yourtes, de tentes rectangulaires, de troupeaux. Tous les 50m une petite table est posée sur le bitume, exposant les bouteilles de lait de jument, les sacs de petits fromages sphériques (lait de jument aussi), et d'autres étalages sont des bouteilles plastiques remplies de miel. Des zones de HLM de ruches sont installées çà et là. Ça bosse sec dans les montagnes.
Les paysages sont superbes. Difficiles à décrire. Des roches jaunes, puis rouges et usées par le vent, puis calcaires ; la végétation se raréfie au fur et a mesure que nous allons au Sud, et la chaleur augmente. On atteint l'immense réservoir de Toktogul qu'il faut contourner. Quand on part en voyage ici, pas besoin de faire des sandwiches avant de partir, il y a partout des petites épiceries côte-à-côte le long de la route, c'est souvent un petit container de camion aménagé. Elles vendent en général toutes la même chose, avec une fille ou dame postée la à attendre le client sous son petit store fabriqué avec deux bâtons de bois et une toile tendue. Elles ont presque toutes le nez rivé à leur téléphone mobile -faut bien passer le temps.


Lenine, Aizada et Daniar


Bishkek encore
18 août 2013

Suivant les conseils de Xavier et Saoulé, nous visitons le Musée de l'histoire de l'état Kyrgyze, qui pourrait être sous-titré "Musée de Lenine" tellement sa présence est omniprésente, deux étages sur trois.


21 aoû.

Bishkek, l'embuscade circoncision

Bishkek, Kyrgyzstan
17-19 août 2013

La capitale du Kyrgyzstan se nomme Bishkek (apprendre en s'amusant, c'est bien). Certains voyageurs nous ont sommé de l’éviter, mais nous on a bien aimé. Comme quoi, tous les goûts blablabla.

David est parti de son côté le lendemain de la randonnée. Nous arrivons à la capitale après pas mal d'heures de marchroutka, accompagnés de musique beaucoup plus locale et variée que dans les taxis d'Almaty. Poum on arrive, poum je croise une fille a l'air européen (une Israélienne, en fait) qui nous donne une adresse de guest house, hop on y va sans trop se poser de questions, saoulés de route et de chaleur et de faim.
Ça s'appelle Sakura, un nom japonais car la tenancière est mariée à un monsieur japonais. Elle nous loue deux lits dans un dortoir de six. Faut enlever ses chaussures avant d'entrer, faut pas mettre le papier toilette usagé dans le chiotte (mais ça c'est partout au Kyrgyzstan), faut pas faire pipi dans la douche (si, si, c'est écrit!), faut attacher ses cheveux longs pour pas qu'ils tombent dans la bonde, etc... Bref, rien à voir avec notre précédent campement à Karakol, mais au moins on a un endroit où dormir.

C'est marrant comme tous les besoins vitaux, en état de voyage, prennent plus de temps à assouvir. Nous redevenons des nomades pré-sapiens-sapiens, à flairer les gargotes pour voir si ça a l'air bon. On hésite, on repart. On veut du bon et du local. Et on trouve un café restaurant à musique presque pas trop techno qui nous sert un merveilleux borsh (orthographe hasardeuse) et quelques shashliks. Ventre rempli est content. On se balade en retournant tranquillement vers notre grotte, et en chemin nous longeons une sorte de restaurant d'où sortent des sons résolument festifs. Guillaume est curieux, il m'entraîne avec lui dans le bâtiment.
Au premier étage s'ouvre une grande pièce couverte de tables rondes où sont attablées nombre de personnes toutes endimanchées. Certains dansent sur une musique un peu forte, d'autres picorent poliment dans les immenses plats disposés sur chaque table. On comprend, mais un peu tard, qu'il s'agit d'une fête familiale de grande et riche envergure. Trop tard pour faire demi-tour, des personnes nous invitent déjà à les suivre à la table près de la scène. Guillaume demande ce que fêtent ces gens. Je vois les mains du père, les yeux brillants de fierté, faire le geste de couper quelque chose : c'est la circoncision du fiston, petit garçonnet qu'on voit prostré sur une chaise, flottant dans un costume européen taille 10 ans au moins, alors qu'il doit avoir 8 ans à tout casser.
Tout le monde a l'air de s'amuser, sauf le héros du jour.
Une dame à robe blanche et motifs noirs, la tante, nous offre à chacun un couvre-chef pour l'occasion : un chapeau Kyrgyze traditionnel en feutre blanc brodé de fils dorés pour Guillaume, un foulard à motifs et petits brillants pour moi. On les porte fièrement (mais bon, j'aurais préféré porter le chapeau plutôt que le foulard) et on pose pour de multiples photos. Nous nous sentons un peu pouilleux avec nos vêtements de voyageurs, mais il faut bien assumer de s'être fait piégés par sa propre curiosité.
Une jeune femme d'une vingtaine d'années vient se présenter à nous en anglais, elle a étudié à Boston. Elle parle un moment avec Guillaume pendant que j'essaye de me dépatouiller avec une autre dame en belle robe verte qui voudrait bien me faire danser (aie! non!). La jeune fille parvient à nous propulser sur la scène afin que l'on prononce nos vœux de bonheur (en anglais) pour le jeune Bektour, maintenant planqué derrière un paravent, tant ces événements ne semblent pas le concerner. Nous sommes à la fois ravis d'avoir été invités, mais pas très à notre place non plus. N'abusons pas des gens. Alors bien poliment, nous faisons doucement machine arrière vers la sortie du restaurant.

Une fois dehors, c'est étrange cette sensation d'avoir vécu quelque chose de très intense, et fou, et imprévu. Nous rions de joie jusqu'à la guest house.


16 aoû.

Karakol et ses belles (hautes!) montagnes


Kyrgyzstan toujours.
13-16 août

Nous descendons au Sud-Est du lac et prenons campement à Karakol. Le temps est au bord de la crise de nerf, orages, pluies diluviennes comme on en avait déjà vu à Almaty (on s'était demande pourquoi leurs caniveaux étaient si larges et profonds, on a vite compris). Le Kyrgyzstan est surtout composé de massifs montagneux, regardez donc sur une carte du relief, et les changements de climat soudains sont quand même justifiés.
Après avoir attendu deux journées sous notre tente que la pluie se calme, Guillaume est vraiment décidé à partir pour un trek de 4 jours. Malgré ma flagrante somatisation devant l'épreuve qui m'attend (ho non chéri, je suis malade, je ne sais pas si je pourrai...), malgré le mal de ventre et tout le tintouin, finalement OUI! je franchis ma peur de l'altitude et du froid (parce que pas spécialement équipée version hiver), et telle que vous me voyez, j'ai grimpé à presque 3900 mètres d'altitude! (fière comme une huitre sauvage)

1er jour :
Nous prenons le bus jusqu'à l'entrée du Parc National (payant, mais pas trop), avec un camarade Anglais, David, qui a décidé de nous accompagner. Le chemin est carrossable, facile, on remonte doucement la vallée de la rivière Karakol sous une modeste et alternative pluie. La boue est de mise dès que le bitume quitte nos semelles. On traverse un village, puis la civilisation s'étiole. On croisera tout le long de notre parcours quelques cavaliers Kyrgyzes, visage asiatique assez bronzé, chapeau traditionnel pour les vieux, casquette ou bonnet pour les plus jeunes, bottes noires et cravache souple dans la main droite.
Au bout d'une longue journée de marche, nous arrivons au point de campement indique sur la carte. Montage de la tente, bouillage de l'eau pour les pâtes, nous sommes déjà bien organises à ce niveau-la. Juste avant que la nuit ne soit totale, une jeep arrivant de nulle part entre dans notre champ de vision avec fracas. Elle avance lentement, puis prend un élan pour traverser la rivière puissamment en crue. Chaque campeur (nous ne sommes pas les seuls à faire les idiots en montagne) pense "quel sorte de corniaud prendrait sa voiture à la tombée de la nuit sur un chemin de montagne inondé par les crues?". La voiture s'arrête en plein milieu de l'eau, les phares avant s'éteignent. Je m'approche, mais comptez pas sur moi pour pousser votre 4x4 avec les pieds dans le torrent, no way! Broum ! ça redémarre en marche arrière, repart avec plus de force en marche avant, franchit le monticule de roches accumulées par le courant, hop! sort de l'eau et s'arrête, un pneu encore à moitié dedans.
Un gros type costaud sort du 4x4 en même temps qu'un souffle de musique techno-dance. Vêtements camouflage militaire, c'est juste le garde-champêtre du parc, il vient relever les tentes et faire payer l'emplacement, normal quoi.
On paye notre dû et pis on va se coucher.

2ème jour :
La pluie et l'humidité sont toujours de mise ce matin. Petit déj'. Je mets malencontreusement un pied dans la rivière en allant chercher de l'eau, pas sûre que ça porte bonheur...
L'ascension commence vraiment aujourd'hui. On traverse la fameuse rivière en crue (le pont de bois est toujours là) et on se noie un moment dans une forêt dense, sapins très fins et hauts, troncs couchés, herbes diverses et inconnues, boue, mais pas de moustiques tiens... ça change de l'Altaï. David est un habitué du truc, il caracole devant avec son pauvre sac à dos pourri, rien n'a l'air de le déranger. On est a 2500 mètres d'altitude à peu prés, il reste 1000 mètres de dénivelé à monter avant le prochain campement.
Mon souffle commence gentiment à me rappeler qu'il n'a pas l'habitude de fournir de si grands efforts. Je pense à Louise-Marie qui fait des trucs comme ça tous les étés et je me dis "mais comment?". On croise des gens bien emmitouflés qui redescendent, l'air blasé par les constantes pluies. Ils en ont marre ; certains groupes n'ont pas pu monter au col (qui est donc à 3900m.) car il y avait trop de neige et aucune visibilité. Aïe! j'aime pas ça...
Lorsque nous atteignons un petit étang mignon, le soleil soudain resplendit. Ho joie! beauté! On en profite pour faire une pause pain-fromage-thé (hé! je marche avec un Anglais et un demi Anglais, quand même). Je m'éclipse même un instant pour faire une petite toilette dans l'eau glacée, et à mon retour, la pluie a déjà refait son entrée sur scène, comme dans un mauvais dessin animé.
Après une ascension de plus en plus lente (pour justifier un peu ma lenteur, je rappelle tout de même qu'on porte des sacs a dos forcément un peu lourds), Guillaume finit par prendre mon sac en plus du sien pour m'aider à terminer. Vous ne viendrez pas dire qu'il n'est pas galant!
Ha! le lac Alak-Kol! quel bleuoyement glaciaire superbe! quels rocs abrupts tout autour! "comme dans les Alpes" dit Guillaume. Oui, bon, trop tard pour regretter d'être partis si loin.
On admire, le vent claquant nos anoraks et nos capuches. Puis il faut se rendre à l'évidence : on n'a pas encore trouvé où planter nos tentes, il faut entamer un tour du lac pour trouver un endroit moins exposé au vent. Ascension lente, encore, et puis on trouve un campement aux tentes vert foncé, toutes identiques et bien alignées. Un couple de jeunes Kyrgyzes, la vingtaine, tient ce "refuge". Flemme de monter notre propre campement, on loue une belle tente verte pour la nuit, on y tient a trois facilement. Il n'est pas tard, mais je suis exténuée. Guillaume nous prépare de délicieuses pâtes au poisson en boite (de Riga, parait-il) dans la tente-cuisine. J'essaye de prendre de la chaleur partout où je peux, au-dessus du gaz, dans mon bol, dans ma tasse de thé, mais impossible de me réchauffer. Le cœur, le muscle, me fait de plus en plus mal, je commence à m'inquiéter de cette douleur nouvelle. A ce stade, mieux vaut aller se rouler en boule dans son sac de couchage (après avoir pleuré un bon coup, on n'est pas de bois, hé), avec bonnet, pulls, pantalon et une espèce de bouillotte bricolée avec une bouteille. La neige se met à tomber doucement.

3ème jour :
Nuit difficile pour les trois aventuriers. Froid.
Au matin le soleil est là! Un ciel complètement dégagé nous remet l'envie de continuer au menu du jour. Porridge et tasse de thé de rigueur. Puis on salue nos hôtes sympathiques (il n'y a pas d'autre marcheur que nous) et entamons l'ascension du col à 3900. Mon cœur est presque complètement remis, et j'ai appris plus tard qu'il aurait fallut prendre une aspirine pour fluidifier le sang.
David est déjà devant, Guillaume et moi on reste lents, mais c'est parce qu'on admire le paysage qui évolue. Les pics à 5000 apparaissent l'un après l'autre, tous recouverts de neige. Quand même oui, ça valait la peine tous ces beaux cailloux. On arrive au col, et boum soudain affluence de randonneurs. D'où sortent-ils tous? Ça monte des deux versants, y'a même un cinglé (un Français) qui monte avec son vélo sur le dos. On prend une tasse de thé avec David (porteur officiel du thermos) pendant qu'un groupe de 5 jeunes gens Kyrgyzes relativement mal chaussés terminent de s'asseoir, un sac immense sur le dos de chacun d'entre eux. Je me dis : ha! enfin des touristes du coin. Erreur : ce sont les porteurs d'un groupe de Français. J'pensais pas que la randonnée pouvait se concevoir de cette façon : tu portes tout, je porte rien.
La descente est similaire à du patinage sur graviers, plus tu vas vite, plus t'es stable. S'ouvre devant nous une large vallée sèche, avec quelques petits cours d'eau au milieu. Bientôt des troupeaux de vaches et de chevaux inondent les pentes herbeuses, ils ont tous l'air parfaitement à leur place ici. Les difficultés sont loin derrière nous, c'est un plaisir de marcher, et de traverser la rivière à quatre pattes sur une grosse branche.
On sait ce qui nous attend au prochain campement : des sources d'eau chaude. Quand on y parvient enfin, après s'être légèrement égarés, tous les randonneurs arrivent à nouveau comme par magie tous en même temps. Guillaume va demander aux habitants d'une des maisons si l'on peut camper dans leur champ, et comme un Som et un Som (monnaie locale), la dame accepte de nous louer l'emplacement derrière leur maison. On se prépare une soupe de noodles à la mode Kyrgyze (avec du fromage fondu dedans), et enfin on plonge dans un délicieux bain chaud, après s'être lavés au préalable, comme ils font au Japon pour que le bain puisse servir à plusieurs personnes sans qu'il y ait de la vieille crasse flottant à la surface. Le soleil se couche et rosit la montagne du fond, nos joues rosissent de chaleur au même rythme.

4ème jour :
Il fait encore grand soleil ce matin, joie! On fait sécher les tentes (nuit fort humide, Guillaume a eu froid dans mon sac de couchage merdique). Il y a encore beaucoup de marche à faire, mais ce sera de la descente à petit dénivelé, sur piste. On croise plusieurs camionnettes Gaz, fabriquées en Russie sous la période Soviétique ; Guillaume et moi mourons d'envie d'en ramener une en France. Les visages des occupants sont variés, souriants pour certains, le teint pâle et proche du "je vais vomir" pour d'autres. Il y a aussi des cavaliers virils de temps à autre (ho les filles, vous devriez voir comme ils sont beaux!!). Nous dépassent encore les cinq porteurs Kyrgyzes, certains courent en tong, je n'essaye pas de comprendre. Vers la fin de la journée, on croise deux gars vraiment bien entamés niveau vodka, totalement décidés à gravir cet Everest.
Arrives à Aksu, on choppe une marchroutka qui nous ramène vite fait à Karakol, notre campement de départ. Je marche comme un cow boy pas descendu de sa monture depuis trois jours, mal aux cuisses, aux fesses, aux hanches (effet sac à dos). Une douche, et puis un ÉNORME repas de shashlik (brochettes d'agneau), salade, purée de patates et bière locale. Amen.


11 aoû.

Station balnéaire du Kyrgyzstan


Bosteri, lac Yssyk-Kul, Kyrgyzstan
9-10 août 2013

Nous avons quitté Almaty vendredi soir en bus, passé la frontière au milieu de la nuit avec plein de gens aux airs de zombies tombés du lit (tout comme nous), et sommes arrivés au lac Yssyk-Kul (Kul signifie "lac") le lendemain matin tôt.
Le concept de frontière restera toujours mystérieux et absurde pour moi. Avec l'Europe on oublie vite combien c'est chiant. Ici c'est chez moi, ici c'est chez toi, et j'te casse la gueule si tu entres chez moi sans montrer ton petit bout de papier. On passe un premier contrôle pour sortir du Kazakhstan, puis on passe à pied (car le bus n'a pas le droit de passer au Kyrgyzstan) au-dessus d'une petite rivière qui prend son rôle de frontière géographique très au sérieux, c'est une zone no man's land avec barbelés qui vont avec (me rappelle vaguement le mur de Berlin), et enfin nous montrons une deuxième fois notre passeport pour entrer en Kyrgyzie. Là, le préposé au contrôle diffuse carrément une sorte de musique R'n'B dans sa cabine sur son ordinateur, ça fait pas sérieux, mais ça détend un peu l’atmosphère.

A 6 heures du matin, après s’être fait engueuler par le conducteur du bus qui voulait absolument savoir pourquoi on ne savait pas le nom de notre destination (billet perdu, mais c'est le même prix qu'on descende ici ou plus loin), on s’arrête dans une des petites villes du bord de l'immense lac Yssyk. A moitié endormis, on décide de profiter de la matinée pour se baigner et voir la plage se remplir peu a peu de touristes Kazakhs et Kyrgyzes. Les bâtiments ont un air de glorieuse station balnéaire soviétique décrépie, ça a son charme. Ce n'est pas tout-à-fait le même genre d'ambiance que la Grande Motte, mais il y a des points communs. Par contre, je ne crois pas qu'il y ait des vendeurs de poissons séchés sur la cote d'Azur.

Aujourd'hui nous allons juste nous promener dans la ville, écrire quelques cartes postales, et faire les courses pour notre randonnée de 4 jours dans les montagnes au Sud-Est de Karakol. Nous partirons en randonnée mardi car demain de grosses pluies sont annoncées, comme ce matin.
Nous avons rencontré quelques touristes français, et beaucoup d'autres européens ; chacun peut faire part des randonnées et différentes visites qu'il a effectué dans la région, c'est fort pratique pour savoir plus précisément où nous voulons aller les prochains jours.
Notre russe basique évolue lentement, Guillaume se débrouille mieux que moi. On va bientôt pouvoir commander un repas au restaurant (ouf, parce que j'ai faim).


05 aoû.

Altaï

montagnes de l'Altaï, Kazakhstan
29 juillet - 7 août


Carnets d'Asie Centrale : Almaty


Almaty, Kazakhstan
19-28 juillet 2013

Je suis donc arrivée à Almaty le 19 juillet au matin avec Guillaume, après une journée de transit à Tbilissi qui est superbe (on y retourne en septembre!). Il y a 4 heures de décalage avec la France (4 heures de plus). Nous avons passé notre première soirée avec les amis peintres de mes cousins Kazakhs. Une bonne manière d'entrer en matière.

Comme on pouvait s'en douter, la ville est architecturalement très soviétique, avec des façades parfois très riches en fioritures (ça c'était avant le communisme) et d'autres hyper sobres et grandement décrépies.

Les gens sont beaucoup dehors en cette saison, le linge est étendu partout aux balcons et aux fils tendus dans la pelouse devant les immeubles, à cote des aires de jeux. Il fait chaud mais un petit vent nous passe toujours entre les jambes et rend le climat tout-à-fait supportable.

Nous avons l'honneur d'avoir un petit appartement pour nous tout seuls. Il ressemble beaucoup aux appartements que j'ai vu en Pologne, Lettonie, Lituanie, Géorgie et Ukraine (c'est Giom qui connait l'Ukraine). On appelle ça "l'appartement Khrouchtchev", qui comporte une minuscule cuisine, car à l'époque, on disait que les familles n'auraient pas besoin de cuisiner car elles iraient au restaurant tous les jours.

Nous allons commencer a voir ce que l'on peut faire comme balades autour d'Almaty, qui est au pied du massif du Tien-Shan, une partie du massif de l'Himalaya, rappelons-le. De la ville on peut voir qu'il subsiste encore de la neige sur les sommets.

Pour l'instant on est un peu ralenti par l'effet décalage horaire et chaleur (et un peu trop de bière Kazakh aussi?), on prend le temps d'arriver.


Petites excursions autour d'Almaty
23-24 juillet

Une première sortie hors de cette ville gigantesque qu'est Almaty : 24 heures au bord de la riviere Ilie, avec Guillaume (évidemment!), mon cousin, son oncle et un ami.
Imaginez la steppe partout autour de vous. Vous descendez un chemin dans votre véhicule préalablement choisi en fonction des routes pentues et accidentées (oui, ma Fiat Panda pourrait tout-à-fait vivre au Kazakhstan). Et soudain boum, vous tombez sur une large rivière ventrue, vert-bleue, au courant impressionnant, genre le Rhône mais en vachement plus joli (on utilise les références qu'on connait...). C'est la rivière Ilie. Là on charge nos affaires dans un petit bateau à moteur, et hop c'est parti jusqu'à une sorte de petit quai-maison sans mur ni toit, juste du plancher au bord de l'eau : le paradis des pêcheurs...

27 juillet

Nous sommes montés dans les montagnes juste au Sud d'Almaty (donc dans le fameux massif du Tien-Shan), dans le parc national de Medeu.
D'abord tassés dans un bus de ville ultra bondé (tout le monde a eu la même idée que nous), puis en téléphérique hi-tech construit par les concurrents du groupe Grenoblois. Après avoir survolé l'ancienne patinoire Olympique soviétique d'Almaty (années fin 80), le téléphérique nous dépose à 2800 mètres d'altitude. Nous continuons ensuite a pied jusqu'au sommet d'une petite montagne de 3400 mètres d'altitude dont on ne sait pas le nom, faute de carte des environs. De la, on peut voir quelques glaciers ; le relief est un peu similaire au massif des Écrins dans les Alpes. Deux polonais nous rejoignent pendant notre pause au sommet, on partage quelques biscuits et quelques impressions sur leur périple en Kirghizie. Ils savent parler russe, EUX, et ça fait toute la différence avec notre pauvre langage.
En redescendant, on croise quelques groupes qui prennent des poses de top model pro devant les montagnes. On avait eu droit à la même chose dans le parc du Président à Almaty, deux jours auparavant. Qu'est-ce qu'il se passe avec la mode, ici?