Youpi! des images!

18 sep.

Tbilissi l'européenne


Géorgie
8-18 septembre

Les trajets en avion ne me laissent généralement que peu de souvenirs, comme si l'âme peinait à suivre. La téléportation aéroportée nous dépose délicatement à Tbilissi en matinée. L'ami Khoka vient nous accueillir tout naturellement à l'aéroport, son lieu de travail ; il est contrôleur aérien. La voiture file à travers une ville en plein chambardement. Guillaume, venu à Tbilissi deux ans auparavant, est surpris des changements. Les stations essence désaffectées juxtaposées aux nouvelles fraîchement installées, les immeubles soviétiques décrépits, le nouveau palais de justice en bouquet de champignons blancs, les fresques en peinture émaillée représentant le peuple géorgien fier et travailleur, et beaucoup beaucoup de grands arbres qui diffusent une ombre fraîche. Tbilissi me semble encore plus belle que la dernière fois, en juillet. Le regard, habitué à la rudesse architecturale des villes d'Asie Centrale, soudain se souvient qu'une ville peut être fascinante et superbe.
Guillaume et moi avons besoin de repos, besoin de rester dans le même lieu pendant plusieurs jours sans courir partout. La ville a ce charme des lieux chargés d'histoire, des strates de construction, des quartiers en mouvement. Provoquer des choses semble encore possible, contrairement à certaines capitales trop élaborées. Khoka et Danielle, sa compagne américaine, ont ouvert un bar en mai dernier, et depuis ça ne désemplit pas! Planqué dans une ruelle derrière la grande avenue Rustaveli - un poète Géorgien - dans un ancien atelier, le "Dive" revendique son statut de bar de quartier, simple et pas cher. La faune qui y traîne est très internationale (à cause des deux américains derrière le bar?), des étudiants en Erasmus, des volontaires européens, des jeunes gens qui fuient leur condition en Syrie ou en Iran, et tout de même quelques Géorgiens. Ça boit des bières, ça cause pas mal anglais, et ça joue au "bier-pong" (basé sur le ping-pong, je vous laisse deviner les règles du jeu).
Je rencontre S. , jeune femme Iranienne. Grands yeux noirs, longs cheveux noirs, vêtements noirs tirant sur le style gothique-métal. Elle bosse au Dive depuis un ou deux mois, et tente de trouver le temps de peindre dans sa chambre-salon en colocation avec une Anglaise sans-gêne. Elle n'a pas vraiment choisit de venir en Géorgie, c'est un état de fuite qui l'a amenée ici. Auparavant elle vivait à Istambul, en Turquie, mais la même morale musulmane qu'en Iran prenait ses droits sur sa liberté, alors elle a opté pour un pays chrétien, se disant que ce serait moins présent... erreur, la Géorgie orthodoxe est aussi fort concervatrice et misogyne, Danielle s'en plaint aussi.


14 sep.

les infinies steppes Kazakhes


Kazakhstan à nouveau
4-8 septembre

Revenir dans un endroit déjà connu, même peu, a toujours quelque chose de rassurant. Almaty, la première fois effrayante par sa taille, prend un air plus humain à la deuxième rencontre. Nous avons la chance d’être héberges par Khuanish et Saoule, les amis peintres de mes cousins Kazakhs. Ils préparent une grande exposition regroupant plusieurs artistes. Nous on arrive un peu comme un cheveux sur la soupe. On retrouve quelques blocs de maison qui deviennent "nos" rues habituelles, on mange des glaces et on va au restau chinois Dungan (qu'on appelle aussi Hui, ces chinois musulmans qui ont servi d'esclaves en Asie Centrale il y a 2 siècles, puis qui sont restes vivre sur place après l'abolition de l'esclavage, pendant la conquête Russe au 19eme siècle).

Guillaume a depuis quelques semaines l'envie d'aller voir des pétroglyphes (dessins anciens graves dans la pierre). Il y en beaucoup au Kyrgyzstan, et également au Nord-Ouest d'Almaty. Il nous reste deux jours, c'est le moment!
Nous louons une belle voiture bleue (ouf! pas automatique) et quittons la ville tentaculaire sans trop de mal (c'est Guillaume la tête, moi les roues). La route est bonne, on file droit. Dommage qu'on n'aie pas de musique ; les radios d'Almaty diffusent surtout des trucs vraiment ringards ou bien de l’espèce d'euro-dance, et a choisir, je préfère le bruit du moteur, si doux a mes oreilles habituées au rugissement de ma Fiat Panda. Au long de la route défilent les magasins de voiture, des bazar géants, des montagnes de pastèques, les cagettes de fruits, les casino clinquants-dorés et les préposés au nettoyage des bords des routes, en gilet orange fluo et masque sur le visage.
En s'imaginant adaptes au pays, on se dit qu'on n'a pas besoin de faire des courses de bouffe et d'eau a l'avance, car on en trouve toujours plein sur le bord des routes. 100 km plus loin, on se dit qu'on s'arrêterait bien bouffer quelque part, mais les bled se font désormais rares. On trouve des boulettes de fromage de jument (c'est spécial, mais après on apprécie), et deux beignets aux patates. Bah! on va trouver au prochain bled qu'on voit sur la carte... Prochain bled : une voie ferrée, des maisons, des vaches qui broutent le long de la route, personne dans la rue, pas d'échoppe. Bon, on va voir les pétroglyphes et puis on va se rationner sur l'eau.

Le paysage, au départ verdi par la proximité des montagnes, s'est complètement desséché et aplani. Nous pénétrons dans ces fameuses steppes que l'on avait traversées en train le mois dernier. Si la voiture n'avait pas besoin de route pour avancer, je pourrais lâcher le volant, je ne percuterais rien pendant des km. Mais ce n'est pas comme un cheval, une voiture, il faut la manipuler avec précaution pour ne pas en défoncer le sous-bassement. La route est devenue une suite de nids de poules géants (pas vu les poules en question), on avance a 12 km/h mais on y arrive, à Tamgaly!
Sur le parking, deux voitures et un cheval. Deux messieurs à casquette viennent vers nous, l'un est guide (casquette FBI), l'autre est plutôt genre sécurité (casquette bleu marine). Il est 15h, le soleil est encore bien vigoureux, mais on sent qu'il perd de sa force et que l'automne arrive doucement. Casquette FBI nous emmène dans le petit canyon caillouteux où se déroulent nombreux superbes dessins. Ses notions d'anglais sont limitées, aussi il énumère les noms des animaux représentés, et évoque des évènements du genre "sacrifice", "Kama Sutra", "dancing chaman". Les archéologues ont toujours cherché à interpréter les dessins/peintures du passé, mais pourquoi sont-ils persuadés que tout a une valeur hautement symbolique? Le Dieu-Soleil en question ne serait-il pas juste un bonhomme dessiné sur un mur?
Néanmoins, interprétation ou pas, c'est superbe.

On aurait pu camper près du lieu, mais nous n'avons plus rien à boire. Nous ré-enfourchons notre cheval bleu et retournons cahincaha vers la civilisation. A une échoppe installée dehors, dans le même bled qu'à l'aller, on re-mange des beignets gras avec un bol d’espèce de lait de jument aux céréales. Plusieurs Kazakhs viennent en demander, apparemment c'est une boisson répandue par ici, mais qui ne fait pas fureur dans nos estomacs.
Nous trouvons ensuite, épuisés, un endroit sous trois arbres (alleluja! des arbres!) pour poser la tente. Le ciel est infini, sans aucune pollution lumineuse, presque pas un son a part quelques chiens au loin (oui, c'est quand même un peu habite).
Le lendemain, nous rendons la voiture au brave monsieur qui veut nous facturer le lavage du véhicule à 2000 Tengue (ça fait 10 euros). On refuse. Pas notre faute si son pays est poussiéreux.
Toute l’après-midi nous nous baladons d'expo en expo avec toute une bande d'amis de nos hôtes, artistes eux aussi. La ville d'Almaty prend une nouvelle dimension, comme si elle s'humanisait au fur et a mesure. On termine au resto Dungan habituel, a manger, boire des bières et causer en anglais-russe. Ce soir on prend l'avion pour Tbilissi. C'est une belle sortie de scène que ces quatre derniers jours.


12 sep.

si t'es pas un dur, ne t'avance pas sur les terres d'Asie Centrale

trajet Tashkent-Almaty
2-4 septembre 2013

Le lendemain du jour de l'Indépendance de l'Uzbekistan, toujours accompagnés de notre fidèle Shinji, nous sommes fermement décidés à rejoindre Tashkent puis retourner à notre point de départ, Almaty.
Taxi jusqu'à Tashkent, musique Tadjik à fond.
Tashkent : on trouve ENFIN le fameux hôtel Gulnara, qui n’était pas DU TOUT à l'endroit indiqué par leur maudit google maps que tout le monde semble bénir ici-bas. Nous mettons quand même 2 bonnes heures pour y parvenir.
Le soir, nous nous retrouvons téléportés dans un restaurant chinois-uzbek, attablés avec une dizaine de japonais. Les frontières sont bien fragiles, finalement.

Au petit matin, nous saluons Shinji et partons vers la frontière Kazakh. Le passage d'un pays à un autre peut s’avérer laborieux selon les politiques adoptées. Quitter l'Uzbekistan est aussi long (voire même plus) que d'y entrer. D'abord la foule, qui forme une file d'attente encore pire qu'en France (style entonnoir + je m'incruste devant toi genre t'existes même pas), puis le remplissage incompréhensible d'une petite fiche vaguement en anglais, et enfin le tamponnage qui nécessite une vérification complète de tous les tampons se trouvant déjà sur le passeport (heureusement que j'ai peu voyagé...).
Après une bonne heure et demie à la frontière Uzbek, le passage au Kazakhstan est un jeu d'enfant.

En pourtour des points frontière évolue toute une faune variée : hommes avec les fameux gros sacs de sport pour changer de l'argent uzbek ; petites épiceries installées dans des containers, toutes alignées et vendant toutes la même chose mais rangé dans un ordre différent ; taxi-drivers ; rabatteurs/teuses pour les déplacement en autobus ; et quelques Gitanes bénissant l'air en brandissant une casserole où brûlent des herbes odoriférantes. En tant que tronche de touriste, on se fait alpaguer de toutes parts, et il faut savoir rester ferme. Une dame couverte des pieds à la tête de textiles fleuris, en passant par les mains gantées (le soleil tape dur!), nous propose un trajet en autobus pour Almaty. Adjugé, on accepte. Le départ ne se fera pas avant 18h (et là il est 13h), on a largement le temps de manger un plov dans un de ces boui-boui de no man's land.
Quand enfin l'heure du départ se profile à l'horizon, le pneu de la roue de secours de l'autobus explose dans son compartiment, sous le moteur. Le plancher du chauffeur a sauté avec, mais c'est pas grave. Guillaume regarde discrètement l’état des pneus de notre futur véhicule, ça passe.
Nous partons vers 19h, dans l’idée d'arriver vers 7h30 à Almaty le lendemain. C’était sans compter les dangers de ces pays sauvages. Après quelques heures de trajet sur un support plus proche du gruyère que d'une route, le téléviseur diffusant des fusillades avec le volume à fond fini par agacer un peu. Guillaume déclare soudain, les yeux exorbités, que la dernière fois qu'il était dans un autobus avec un film de baston, ils s’étaient fait tirer dessus (c’était en Colombie). Peu de temps après, deux vitres du bus explosent côté gauche : on nous tire dessus, mais avec des pierres cette fois. Lorsque le bus s’arrête, deux personnes sont emmenées en ambulance. Les chauffeurs recouvrent les fenêtres brisées de carton, et on repart. Tout cela s'est passé sans trop de cris, sans agitation. Les Uzbeks sont soit courageux, soit trop disciplinés pour râler.

Nous arrivons à l’entrée d'Almaty à 10h30, complètement fatigués mais contents d’être arrivés sans blessure.


04 sep.

On disait que Samarqand était belle...

... mais on ne savait pas qu'elle était policière et policée.

Uzbekistan
28 août - 2 septembre

Samarqand n'est séparée de Bukhara que par 260 km vers l'Est. Nous y allons en taxi, comme d'habitude, car les autres moyens de locomotion sont inexistant. Guillaume commence a savoir bien négocier les prix, en arborant un air totalement désintéressé. Shinji suit le mouvement, toujours dans la lune et over connecté sur son téléphone mobile. Grâce à lui on sait que le réseau wifi est relativement étendu sur le territoire Uzbek.
Cette fois on sait déjà où loger. Monsieur Furkat nous accueille avec nombre de salamalecks et tasses de thé. Son hôtel comporte une quinzaine de chambres qui s'ouvrent toutes sur une cour intérieure ombragée, abusivement décorée de suzani (pièces de tissus rehaussées de broderies) et autres motifs fleuris et/ou arabisants. Par-dessus ça, on rajoute une couche d'objets anciens suspendus aux balcons et nombreux escaliers, puis des cages à oiseaux, avec des vrai oiseaux dedans. L'un d'eux fait un cri proche de l'alarme de voiture, il faut un peu de temps pour s'y faire. Un couple de paons équeutés se balade dans la cour et mange les feuilles mortes (pas les craquantes, celles qui sont encore souples et jaune).

En ce moment le Festival International de Musique de Samarqand «Charq Taronalari» occupe la place centrale du Registan, trois grandes madrasa magnifiquement restaurées. Pas possible de s'en approcher si t'as pas de billet d’entrée pour le festival. Flicaille partout, rues bloquées même pour les piétons (ça énerve beaucoup monsieur Guillaume). L'appel de la musique est irrésistible, il FAUT qu'on choppe des places pour un des concerts!
En cherchant comment acheter ces fameux billets, on finit par se faire inviter par le groupe des Burkinabés pour un concert hors de la ville. Ni une ni deux, on monte dans le bus avec eux, et nous voilà à la table des invités, à écouter 5 groupes de différents pays en mangeant quelques fruits et du délicieux pain. La soirée est organisée pour inaugurer un nouveau quartier d'habitation qui vient d’être construit juste en pourtour de la ville. De superbes maisons toutes identiques dans des rues quadrillées... en France j'aurais dit "c'est horriblement triste votre truc", mais en Uzbekistan, venir vivre là est une ascension sociale considérable. Cuisine intégrée, chambres spacieuses, moquette, eau courante, petit jardin et rues pavées (donc moins de poussière). Petit-a-petit, le modèle USA/Européen prend le pas sur tous les modes de vie.
Le lendemain, on retrouve nos camarades Burkinabés, et on réussit grâce a quelques habiles contacts à obtenir les fameux billets pour le concert du soir. Joie! La scène est superbe, le son est bon, les musiciens sont impressionnants. Tous les groupes invités jouent de la musique traditionnelle de leur pays/région, ils portent aussi le costume en conséquence. Les Italiennes, les Russes et les Turkmènes nous ont beaucoup impressionnés, mais tous les groupes étaient bon.
En connaissant un tant soit peu le contexte politique du pays, on constate (tristement) que ce festival est avant-tout une parade pour les médias internationaux. Le nombre de place pour les spectateurs est limité aux divers hommes/femmes politiques, aux journalistes et aux éventuels touristes comme nous. Ce n'est pas dans l'optique du festival de proposer une ouverture culturelle, ou même un divertissement aux Uzbeks locaux. Le but, c'est de montrer que le pays est ouvert sur le monde, et généreux, et riche (ça s'est vrai!).

Le 1er septembre, c'est la fête de l’indépendance du pays. Bien sûr les rues et le Registan sont toujours bloqués, bien sûr les flics sont partout. En bon français que nous sommes, on s'attend à des défilés militaires, des feux d'artifices, peut-être même un bal? mais finalement il ne se passe rien de spécial... Les gens se baladent dehors un peu plus tard que d'habitude, mais c'est tout. Peut-être que les festivités se passent seulement à Tashkent?
Nous sommes impatients de quitter le pays, il faut l'avouer. Samarqand est comme une non-ville, comparée à Bukhara. Elle a des attributs de tourisme, mais les habitants, eux, sont planqués dans leur cour intérieure la plupart du temps.


Bukhara, repos des yeux et de l'âme


Bukhara, Uzbekistan
25-28 août 2013

Accompagnés par notre compagnon de route Shinji et son amie Ikumi, nous arrivons au petit matin à Bukhara, oasis à la limite orientale du désert de Kyzyl Kum. Le mot "oasis" fait très "Mille et une nuits", mais je vous assure qu’après Tashkent, ce mot prend tout son sens. La vieille ville, rénovée et ardemment entretenue tous les matins par une armée de petites mains qui ramassent les déchets, a des allures de cités arabes avec ses madrassas (écoles laïques ou religieuses), mosquées et mausolées couvertes de céramiques bleues et blanches. Certes il faudrait s'instruire et prendre connaissance de l'histoire de ce lieu, mais même sans rien savoir, je sens juste que cette ville pourra nous accueillir quelques jours sans nous agresser.
Des notre arrivée, une dame à bicyclette nous propose de loger dans son Bed&Breakfast, le prix est correct. Elle s'appelle Madina, la quarantaine, cheveux bruns courts, une gentillesse dans le regard. Elle parle plusieurs langues, dont le persan et un peu de japonais. Nous la suivons dans le dédale des petites rues de la vieille ville pas encore "touristifiée". Les rues sont en terre, il n'a sans doute pas plu depuis longtemps. Les maisons basses ont de grandes portes en métal, derrière lesquelles on peut découvrir des cour et des jardins si la chance les entrouvre.
Chez Madina, toutes les pièces s'ouvrent sur une petite cour peinte en bleu, ce qui fait que tous les hôtes s'y rencontrent et discutent forcement. Il y a surtout des Européens, et beaucoup de ces cyclistes fous qui visent le tour du monde, ou un bout du monde, en deux roues. Le couple anglaise-irlandais est sur les routes depuis 4 ans et demie, l'autre anglais se la joue en solo depuis plus d'un an. Un troisième fait de même. J'ai du mal à comprendre leur folie... quand on voit l’état des routes dans certains pays, et surtout la faune automobile qui y circule, sans grand respect pour les cyclistes, ça doit être un stress permanent.

Les journées qui suivent se déroulent comme un doux ruban, nos déambulations passent de lieux hyper-touristiques a d'autres complètement vierges d’étrangers. On suit notre instinct, on ne cherche pas grand chose sous cette chaleur qui attaque des le matin, on est juste bien la. La flicaille est étonnamment discrète à Bukhara. Les vendeurs et vendeuses de tapis/foulards/céramiques (au choix) s'adressent à nous en français, ils ont tous un niveau excellent. Un gamin veut nous vendre des cartes postales, on tape la causette également en français, comme si c’était sa langue maternelle.
Sur la demande de ma sœur, je me mets à la recherche de suzanis et d'ikats de soie.


Tashkent express

Uzbekistan
24 août

La frontière passée juste après Osh, nous pénétrons en pays dictatorial dirigé par monsieur Karimov (ancien premier secrétaire du pays, sous l'Union Soviétique).
Le taxi file droit sur Tashkent. Nous avons ramasse au passage Shinji, voyageur Japonais au visage calme et à l'anglais sans "R". A chaque changement de région (le pays en comporte 12), une sorte de frontière fait ralentir le taxi, parfois il faut présenter les passeports et répondre à la curiosité des costumes vert ; c'est un peu à la tête du client. Le paysage, depuis le Kyrgyzstan, est de plus en plus plat et sec, couleur terre de Sienne claire. Les routes bien bitumées sont à mi-chemin entre la nationale et l'autoroute. Un alignement ininterrompu de blocs de béton fait office de barrière centrale, ce qui n'empêche pas les piétons de traverser la route, au risque de se casser la gueule en enjambant le muret quand ils sont trop chargés de paquets. La vitesse de la circulation n'affole pas du tout les commerçants postés tout au bord, leur petite échoppe faite d'une étagère et d'un parasol ou autre système pour faire de l'ombre. Les ères d'autoroute, ce sont eux. Les tunnels sont gardés par des policiers, même à l'intérieur on voit un pauvre gars posté là avec sa kalachnikov (ou autre artillerie) ; par contre l'état économise en personnel en plaçant de fausses voitures de police grandeur nature, peintes sur une plaque de bois posée au bord de la route. La voiture dans laquelle nous sommes fonctionne au gaz, comme la plupart des véhicules ici (gaz pas cher puisque c'est une des grandes richesses du pays). La bonbonne prend la moitié de la place dans le coffre, et nécessite d’être remplie toutes les 2-3 heures environ. Tous les passagers doivent descendre du véhicule à chacune de ces manipulations, sécurité oblige. Ils ont même construit un petit abri avec bancs, exprès pour patienter à l'ombre.

Sept heures de route après, nous sommes déposés à une station de métro de Tashkent. Attention les yeux! Des tunnels larges et décorés luxueusement, avec un style désuet "grand empire" des années 60, tout y est impeccable de propreté, et bien sur gardé par plusieurs policiers verts placés aux endroits stratégiques, qui ne manquent pas de contrôler nos gros sacs au détecteur de métaux. Mon cousin historien racontait que chaque ville de l'URSS de plus de 1 million d'habitants avait droit à son métro, mais pas de chance pour Almaty, ils n'ont pas eu le temps de le creuser.
Après avoir passé 3 heures à tenter vainement d'acheter un billet de train pour les futurs trajets, nous laissons tomber et tentons de trouver l’hôtel Gulnara. 3 heures après, on tourne encore dans un quartier immense et désert avec nos gros sacs sur le dos, pas moyen de trouver ce p*** d’hôtel. Les "taxis" (n'importe quelle personne motorisée s'improvise taxi en Uzbekistan, comme au Kazakhstan) ne connaissent pas le nom des rues, qui d'ailleurs ont changé depuis peu (désoviétisation oblige), et savent mieux que nous à quel hôtel il faut aller : celui a 100 dollars la nuit. Une certaine chance nous fait tomber sur un énième chauffeur de "taxi" qui parle italien. Il prend pitié de nous et nous trouve une chambre à 70 dollars. Guillaume ne cache pas son dépit envers cette ville si inhospitalière.
Shinji nous apprend qu'il ne peut pas aller dormir chez son ami qui habite Tashkent parce que la loi oblige les touristes à être "registrés" chaque soir dans un hôtel (petit papier daté/signé ajouté chaque jour dans le passeport). Si, à la fin de ton séjour en Uzbekistan, tu n'as pas autant de papiers que de nuits passées dans ce pays, alors tu payes une amende d'environ 100 dollar par nuit. Cool, non?
Le lendemain, on passe à peu près la moitié de la journée à trouver un moyen de retirer du cash. L'Uzbekistan est un pays riche, qui veut qu'on crache les billets, mais il ne donne même pas les moyens de les cracher, ces billets. Les prix sont la plupart du temps en dollars car le soum est en inflation constante, et quand tu changes 100 dollars tu te retrouves avec 250 000 soum en coupures de 1000. Imagine la taille des liasses de biffetons!