Youpi! des images!

11 oct.

Athènes l'anarchiste


Athènes, Grèce
4-5 octobre

Quelques cafés du quartier d'Exarkhia.


Lesbos, une île Grecque

Lesbos, Grèce
1-3 octobre


Troglodytes, roches et demoiselles


Cappadoce, Turquie
25-29 septembre

Après une baignade agitée pour Guillaume et Galya, nous passons la frontière turque à Sarpi. Côté géorgien, une petite chapelle, dernier bastion orthodoxe, fait face 100 mètres plus loin à la première mosquée musulmane côté turc. La route va être longue jusqu'en Cappadoce.
Autocar jusqu'à Erzurum à travers des montagnes d'abord vertes et recouvertes de plantations de thé, puis de plus en plus sèches et rocailleuses. Les Turcs creusent des tunnels incroyables, érigent des barrages époustouflants, mais prennent toujours soin de se laver les mains avant les repas, et aussi après, et aussi encore plus tard, au cas où. Difficile de refuser les tasses de thé, les fruits et les biscuits offerts en toutes occasions, dans l'autocar, à l'hôtel, dans les restaurants des bords de route. Certains commerçants poussent même jusqu'à mettre les miches de pain en vente dans une étagère vitrée à l'extérieur de leur magasin, de sorte que la personne sans le sous puisse se servir gratuitement sans être vu et sans s'humilier à demander l'aumône. Tu ferais ça en France, tout le monde se servirait sans jamais rien payer, même les riches, en Turquie non.
On croise sur la route une immense statue de Mustafa Kemal, alias Atatürk, le Turc-Père - "ata" signifie "ancêtre", comme Alma Ata signifie "Ancêtre Pomme". Son portrait est présent dans presque chaque magasin, chaque autobus, chaque hôtel ; c'est LE grand homme de la nation, premier président de la République de la première République de Turquie, qu'il fonda en 1923. Après avoir libéré l'ancien Empire Ottoman de ses occupants au sortir de la première guerre mondiale, Atatürk réforme son pays impérialiste en république laïque. Il instaure également le droit de vote pour les femmes en 1930, bien avant que cela n'arrive en France (1944). Ce culte pour Atatürk nous surprend un peu ; le bonhomme avait quand même réussi à supprimer toute opposition à son régime durant son mandat, jusqu'à sa mort en 1938.

Après une nuit dans un hôtel d'Erzurum, nous repartons pour un trajet de 14h en train jusque Kayseri, en Cappadoce. Des cabines de quatre couchettes confortables, où l'on ne dort que jusqu'à 5h du matin, heure où le chef de wagon nous réveille pour descendre du train. Sur le quai, juste avant l'aube, le froid est déjà bien mordant. Les minarets se réveillent tous simultanément et psalmodient une même voix décalée et répercutée à l'infini par les immeubles de la ville vide. Bienvenue à Ghost Town.
Il est juste possible pour nos quatre pauvres silhouettes aux yeux bouffis de s'engouffrer dans le café de la gare - déjà ouvert - et de siroter des verres de thé accompagnés d'un bol céréales au lait et au miel de l'Altaï (oui, je trimballe tout un kit petit déj' dans mon sac à dos). Il faut encore patienter jusqu'au départ du premier autobus pour Ürgüp. Mis à part le tenancier du café-épicerie, un autre homme boit tranquillement son thé. Coiffé d'une calotte comme beaucoup de Turcs de la soixantaine et au-delà, il jette quelques regards intrigués vers nous. Je me demande si Galya et moi, sans le vouloir, nous choquons sa conception de la femme. Jusqu'ici, le peu de femmes que j'ai croisées avaient les cheveux voilés par un foulard à fleurs ou autre motif bigarré. Les plus jeunes ne le sont pas, mais elles ont toutes les cheveux longs. Ni Galya ni moi n'avons la coiffure la plus répandue en Turquie.

Ürgüp. On se balade nonchalamment. La chaleur est revenue, la fatigue est estompée par le ronronnement du sang qui circule facilement dans les mains et les pieds. Je ne sais pas encore ce qui m'attend plus loin, et je m'esbaudis devant les restes de maisons troglodytes creusées dans les pans de roche rose qui dépassent entre les maisons. Le peu d'architecture Turque que j'avais vue jusqu'ici avait un goût d'anonymat fonctionnel. Ici je me sens dans un lieu chargé d'histoire, la ville garde des traces anciennes. Ürgüp a un petit goût d'Italie, même les chats et les chiens errants ont l'air d'apprécier l'endroit.

A suivre!


05 oct.

Tropical Zone


Batumi, région autonome d'Adjara , Géorgie
23-25 septembre

La mer Noire s'étend là, réelle, après des années à la voir comme une simple tache bleue sur un atlas. Elle a ses vagues, ses goélands, ses bateaux, ses ports industriels, une vraie mer quoi. On la découvre derrière une colline recouverte de végétation luxuriante et tropicale. Batumi est la dernière grosse ville côtière, à 15 km avant la frontière Truque au Sud-Ouest. La mer fascine, la mer attire, l'Homme sait ce qu'il faut faire pour construire une ville attractive : poser de gros buildings high tech aux lignes courbes le plus proche possible de la plage de galets, y balancer des casinos qui brillent, des allées propres et pavées, et quelques fontaines néo-classique 2000 représentant la virilité dorée et nue, soutenue par quelques créatures mi-femme mi-poisson se tenant fièrement des seins crachant de l'eau (à défaut de lait).
Si tu pousses un peu plus loin dans les rues, tu retrouves la Géorgie normale, avec ses innombrables vendeuses de bas et de maquillage bon marché installées le long des trottoirs défoncés, ses taxis qui rabattent le client (nous, avec nos têtes d'étrangers), ses maisons un peu effondrées et recouvertes de vigne grimpante. Nous nous précipitons dans le grand bazar pour faire nos emplettes avant de quitter la Géorgie : sels aux épices (il y en a de plusieurs sortes), "papiers de fruit" comme les appelle Guillaume (fruits cuits et étalés en galettes très fines, séchées et conservables très longtemps), tabac local, "saucisses" de noisettes (noisettes enfilées sur une ficelle sur lesquelles est versé goutte à goutte du sirop de grenade, ça durcit et devient caoutchouteux).
Le temps est hasardeux, entre grosses averses et soleil, vraiment comme dans les régions tropicales. Malgré tout, on ne peut s'empêcher de tremper nos pieds dans la mer, et elle est chaude! (mon échelle de comparaison est basée sur la température de la Manche en Côtes d'Armor, qui vogue autour des 16-19 degrés en été).

Le lendemain, nous partons explorer le fameux jardin botanique de Batumi, projet d'un fou passionné de voyages et de botanique du 19ème siècle, qui préféra confier la colline dont il était propriétaire à des jardiniers plutôt qu'à des promoteurs immobilier. Nous marchons le nez en l'air toute la journée, à observer les arbres et à chaparder les quelques fruits tombés au sol (pamplemousses et kiwis). Des maisons planquées çà et là ponctuent la promenade. On ne sait pas si elles sont habitées, ni si elles étaient là avant la création du jardin. Certaines ont bien l'air de fermettes centenaires, d'autres font très époque soviétique, genre centre de recherches à colonnes néo-classiques (décidément!). Une perte de notion du temps me prend dans ses bras. Depuis le sommet de la colline-jardin, on peut voir la mer en bas d'un à-pic et la voie ferrée tracée le long de la côte, passant devant une toute petite gare à colonnes avant de s'engouffrer dans un tunnel sous la colline. Je ne sais plus trop si je suis dans un film de Miyazaki ou sur une des planètes visitées par le Petit Prince.
Nous repartons à la tombée de la nuit sous la lumière des quelques lampadaires qui ponctuent les allées, affamés et heureux. Les maisons croisées à l'aller ont toutes les fenêtres éclairées, du linge sèche aux balcons délabrés et des éclats de cris d'enfants aspergent les branches et les feuilles. Quelle joie cela doit être de grandir dans cet immense jardin!


les montagnes pluvieuses du Svaneti


Mestia, région du Haut-Svaneti, Géorgie
21-23 septembre

Nos amis Ukrainiens, Galya et Dima, nous ont rejoint à Kutaisi pour aller ensemble dans le Massif du Svaneti, au Nord du pays (c'est toujours le massif du Caucase). Le chemin n'est pas vraiment direct, il faut d'abord prendre une marchroutka pour Zugdidi, presque à la frontière de l'Abkhazie, ex-région Géorgienne déclarée indépendante après le conflit de 1992-93 qui opposa les Abkhasiens, les indépendantistes Russes et les Géorgiens. L'Abkhasie est toujours imprimée sur les cartes géorgiennes, mais la petite ligne rouge précise que cette région, et celle de l'Ossétie, "ne sont plus sous le contrôle du gouvernement central".
A Zugdidi, on fait une longue halte. Nous ne monterons dans les montagnes qu'une fois que la camionnette sera totalement remplie. Le chauffeur insiste pour mettre tous les sacs à dos sur le toit, alors que la pluie menace lourdement. Ça fait chier tout le monde. Les Chinois, la Japonaise, les Polonais, les Français et les Ukrainiens tentent tous de lui expliquer que ce n'est guère tentant d'avoir toutes ses affaires mouillées en arrivant.
Le conflit résolu, nous partons dans une course effrénée vers les hauteurs. Le chauffeur n'y va pas de pied mort sur l'accélérateur, un vrai pro du danger. Les quatre Chinois n'ont pas l'air embarrassé, ils filment chaque parcelle de montagne, de vallée, de lac, de vache avec leur tablette. Leur enthousiasme est beau à voir.

Mestia est déjà trempée depuis plusieurs jours, et ya pas de raison que ça s'arrête pour nous. Guillaume sait très bien où loger car il est déjà venu fouler la neige par ici il y a deux ans. Nous marchons jusqu'à la grande maison des parents d'un ami de Khoka. Aleksandra, une petite femme ronde d'une cinquantaine d'années, aux cheveux bruns coupés un peu trop au carré, nous accueille chaleureusement avec du thé, du café et du ratchapuri, pain plat au fromage, cuit délicieusement au four à bois. Elle est d'origine russe, Galya et Dima nous servent d'interprètes (oui, beaucoup d'Ukrainiens parlent couramment russe). Nous profitons des dernières lueurs du jour pour faire un tour du village. Ici aussi, la mode de construire des tours était de mise. En pierre, dressées sur une section carrée jusqu'à une dizaine de mètres de hauteur, avec quatre petites arches juste sous le toit. Chaque maison a la sienne, semblable à celle du voisin. On pense naïvement qu'elles servaient à protéger le village des invasions, et ce fut peut-être le cas pendant une période, mais l'on raconte que les villageois s'en servaient surtout pour balancer des flèches sur leurs voisins d'à côté. Bonjour l'ambiance!
La nuit tombée, près de l'une des sources, on discute dans l'obscurité avec un autochtone qui parle anglais. Sa prose nous emmène dans des anciennes histoires pendant que, juste à côté, des voisins fêtent un mariage.

Le lendemain, bien décidés à ignorer la pluie incessante, nous partons à la rencontre du glacier, à quelques heures de marche de Mestia. Nous croisons une tripotée d'Israëliens parfumés, au visage dubitatif. Ça grimpe, ça pleut, mais nous atteignons le glacier. C'est la première fois que j'en vois un de si près. Face à sa large grotte bleutée qui crache une rivière glaciale, je pense à tous ces cinglés d'alpinistes tombés dans les crevasses, puis je suis prise d'une soudaine envie de rentrer me mettre au sec et au chaud.
Je trace la route avec Galya, les deux garçons sont plus lents. Tout couverts de vestes imperméables que nous sommes, la pluie a pris le dessus. Lorsque l'on retrouve enfin les tas de déchets que broutent les vaches (buvez du lait!), nous savons que le bain chaud n'est plus qu'une question de minutes. La cuisine d'Aleksandra se retrouve remplie de vêtements suspendus, nos nez rouges plongent dans un délicieux bol de soupe, la vie est belle.

Nous décidons le soir même de partir le lendemain matin vers le Sud-Ouest du pays. Il faudra se lever tôt pour chopper la marchroutka, certes, mais la pluie est un bon moteur pour fuir.


La grotte de Prométhée


Kutaisi, Géorgie
18-21 septembre

Kutaisi est la ville principale de la région d'Imeretie, et la deuxième ville importante de la Géorgie. Nous n'y allons pas pour son architecture ou son taux de criminalité élevé, mais pour y visiter une des grottes ouvertes au public assez récemment.
Pour se rendre à la grotte de Prométhée, au Nord-Ouest de Kutaisi, il faut d'abord prendre un bus qui nous emmène à Tskhaltubo, à travers un bois ponctué de somptueux hôtels soviétiques laissés à l'abandon depuis les années 80. Une jeune femme m'a raconté, avec des étoiles dans les yeux, qu'à l'époque de l'Union Soviétique n'importe qui avait le droit d'y séjourner gratuitement s'il nécessitait des soins prodigués à Tskhaltubo. Aujourd'hui ce sont des familles démunies qui y vivent, mais de grands travaux de rénovation sont en cours et je ne suis pas sûre que les familles en question pourront y rester...

Nous descendons à pied dans la fraîche grotte de Prométhée avec une guide anglophone et trois autres touristes, apparemment russophones. Bien sûr j'ai déjà vu des grottes avec stalactites et tout le toutim, mais celle-ci est particulièrement bien mise en valeur par de savants éclairages et une petite musique classique dont mes parents sauraient à coup sûr en reconnaitre l'auteur (mais pas moi).
Plusieurs salles se succèdent, les trois Russes traversent ça au pas de course, ben quoi, c'est juste du cailloux mouillé. La guide fait les cent pas entre les premiers et les derniers (nous). Le calcaire prend toutes les formes : des visages émergent, les éclairages mettent en valeur des drapés translucides, de longues tentacules s'alignent dans les couloirs - Giger n'a rien inventé (le dessinateur des décors des films "Alien") - de grosses meringues blanchâtres montent jusqu'au plafond. Guillaume mitraille tout ça avec grande jubilation.


Fonds de vallées

Shatili et Mutso, Géorgie
12-13 septembre

Quand Khoka n'est pas à l'un de ses deux emplois, il nous embarque pour une petite virée montagnarde. On prend les tentes, sacs de couchage (ça ne nous change pas de notre sac de voyage habituel), un max de viande à griller, et nous voilà tous quatre - plus le chien Sweetie - dans la Suzuki volant-à-droite, suivis par une seconde voiture remplie de contrôleurs aériens.
Le long de la première partie de la route, on croise encore de ces vendeurs de pastèques, comme en Asie Centrale. Les énormes globes verts sont alignés avec une précision raffinée à l'arrière du coffre ouvert de leur camionnette. La seconde partie du trajet, la plus longue, commence avec l'ascension d'une vallée qui longe l'immense réservoir Zhinvali, et continuera 4 heures durant, s'enfonçant de plus en plus dans le massif du Gudamakari puis du Pshav-Khevsureti (Caucase). Bitume troqué contre chemin de terre, Khoka manie son véhicule à la perfection, aucun nid de poule n'entamera notre bonne humeur. Devant nous s'étendent des montagnes aux contours doux comme ceux d'une meringue, un motif tressé recouvre la terre, dessiné par les milliers de sabots des troupeaux de moutons. Les arbres - quand il y en a - annoncent que septembre est inéluctablement le début de l'automne : plus ils sont en altitude, plus ils sont rouges.
Nous traversons quelques petits villages ; la plupart des habitantes sont de vieilles dames courbées, que l'on trouve planquées dans les potagers le long du chemin. Et enfin Shatili, modeste et impressionnant village fortifié. Une soixantaine de tours-maisons accrochées à la montagne escarpée, entre lesquelles il était autrefois possible de circuler sans jamais poser pied à terre, par l'intermédiaire de passerelles sur les toits-terrasse et autres escaliers dérobés. On se disperse dans les ruelles, chacun explore à son rythme. J'entre dans des maisons sans porte, espérant secrètement rencontrer des autochtones vêtus de superbes costumes comme dans les films de Paradjanov, mais en réalité, la plupart sont inhabitées. Les balcons de bois et les terrasses abritées témoignent de la récente rénovation des lieux, la Géorgie tient à son patrimoine historique.
Je ne cracherais pas sur une petite maison comme ça pour y passer mes vacances, mais ma maman dirait que les fenêtres sont trop petites...

Le soir approche, nous installons notre campement dans un des méandres herbeux de la rivière qui passe en contrebas du village. Les contrôleurs aériens s'occupent du feu et des brochettes avec grand sérieux. Le repas est délicieux, on pue la fumée de bois, c'est génial (vraiment!).
Au matin, Danielle constate que des visiteurs ont mangé tout le fromage qu'on avait oublié de rentrer. Les contrôleurs aériens ont déjà rallumé le feu, ils font cuire des saucisses et griller du pain pour le petit déj'. Nous décampons et continuons notre route dans la même direction (Nord-Est) jusqu'à frôler la frontière Russe. Les roches ont un air de demoiselles coiffées à certains endroits, puis retombent dans un aspect plus habituel. Dans une courbe de la route, Khoka arrête la voiture et nous dit d'aller voir. Trois petites constructions basses en pierre sèche, avec de toutes petites fenêtres et aucune porte. La curiosité me fait pencher la tête dans une des ouvertures : à l'intérieur, des ossements humains désordonnés posés sur des espèces de lit-étagères. Le toit de pierre, construit comme celui d'un igloo, a été refermé après que les corps aient été déposés. Sur le rebord des "fenêtres" des restes de bougies calcinées et des pièces de monnaie.

Mutso n'a de village que le nom. D'immenses tours défaillantes se dressent à flanc de montagne. Ils ont misé plus haut que celles de Shatili, mais elles sont dans un état plus tragique. Tout est construit de pierres sèches type schiste, les angles des tours sont impeccablement carrés, mais tout se pète la gueule, et les travaux de consolidation ne sont pas encore financés (mais c'est dans les tuyaux depuis un petit moment déjà). On peut encore voir, dans certaines maisons par encore écroulées, les planchers séparant l'étage des moutons (rez de chaussée) de celui des humains (1er et 2eme étage). Au sommet du village, une petite chapelle aux minuscules portes de bois abrite un christ peint. Là aussi, dispersés à plusieurs endroits, on trouve de ces tombeaux de pierres remplis d'ossements humains.
En bas du village se trouve une seule maison habitée, récemment construite mais dans le même style. Une famille y habite, descendante de l'un des habitants de Mutso. L'état leur donne une rente pour qu'ils puissent vivre là, avec leur petit potager et leurs ruches. Ils veillent sur les tours, sur leur passé.