Youpi! des images!

30 oct.

le retour d'Anastasia

Retour à Bucarest en train. Je m'assied à la place 81. En face de moi une jeune femme toute de noir vêtue, un costume que je reconnais bien : une religieuse orthodoxe (oui, en Roumanie c'est la religion dominante).
Elle retourne voir ses parents une fois dans l'année. C'est un grand voyage car elle vit dans un monastère près de Perpignan (!). La pensée me traverse qu'il est étrange que des nonnes roumaines vivent en France, où presque personne n'est orthodoxe ; mais pour elle il est également étrange que je ne sois pas baptisée et ne me revendique d'aucune religion alors qu'elle pensait que tous les Français étaient soit catholiques, soit musulmans (bon, y'a aussi des protestants). Je me demande si elle a aussi fait mon portrait dans son carnet de notes...


18 oct.

les alentours de Brasov

Dan me fait l'honneur de prendre deux jours de pause pour me faire respirer l'air hors des murs de Brasov. Arrimés à sa brave petite Opel, nous traversons une partie relativement plate des Carpates vers le Nord-Ouest pour rejoindre les salines de Praid.
Habitués, Français que nous sommes, à parcourir de grandes distances sur de superbes routes asphaltées avec élégance, nous oublions que 140 km peut éventuellement nécessiter 3h de route (arrêt photos et pipi inclus). Imaginez : un ciel bleu, des forets gorgées de couleurs automnales, des villages aux maisons trapues et également colorées (j'adore leur utilisation du vert, injustement associé en France à l'environnement hospitalier et médical), des charrettes tirées par des chevaux, des figures fripés de vieilles dames enfoulardées, et les courbes de la route.
Je remarque que les visages croisés sont soit de la couleur sombre des Tsiganes, soit de la couleur claire des Roumains, Hongrois ou Saxons (Dan m'informe qu'il y a certains villages où l'on ne parle que Hongrois), mais rarement les deux mélangés dans le même village... apparemment, la cohabitation est rude.

Village de Praid. Nous nous engouffrons dans un vieil autobus à accordéon qui nous envoie directement dans les profondeurs de la mine de sel par un tunnel peu large. Le trajet n'est pas long, mais déjà tout est différent : l'odeur, mélange de souffre et de varech, et la température qui baisse jusqu'a 17 degrés, été comme hiver. On s'habitue aux deux. Sortis du bus, il faut encore descendre une longue volée de marches pour atteindre le sol lisse et brillant de la mine (et salé!). Ici, le "plafond" est loin du sol, et plusieurs aires de jeux genre "acrobranche" grimpent jusqu'à 10 mètres de haut. Comme les propriétés du lieu sont prouvées médicalement (surtout pour les traitements de problèmes pulmonaires), tout est arrangé pour que l'on puisse passer plusieurs heures par jour sous terre sans trop s'enquiquiner. Des tables à pic-nique, des prises de courants pour nos chers ordinateurs portables (oui, y'a le wi-fi), une cantine, des petits magasins de produits locaux et savons français, et bien sûr une chapelle.

Un peu plus à l'ouest de Praid, nous faisons un petit tour à Sighisoara (prononcer "Siguichoara"). La petite ville étend son style médiéval à forte consonance saxonne, comme Brasov. Une des maisons arbore fièrement un petit panonceau indiquant au passant qu'elle hébergea la naissance du célèbre Vlad Tepes "l'Empaleur", grande figure nationale roumaine qui défendit le pays contre l'envahisseur Ottoman.
C'est donc ce Vlad l'Empaleur qui inspira fortement Bram Stoker pour son roman "Dracula". Le fameux Vlad n'a, quant à lui, jamais séjourné au château de Bran comme le laisse entendre une certaine rumeur, mais par contre la reine Maria de Roumanie, oui! Les multiples pièces du château comportent murs blanchis à la chaux, plafonds pas trop hauts (moins chiant à chauffer), parquets simples et rustiques, et des sortes de cheminées-poêles à dôme, avec parfois un petit banc dans un coin, spécialement conçu pour s'asseoir vraiment tout près du feu. Les meubles sont parfois simples, parfois ouvragés (mon ignorance pencherait pour un style genre Henri IV).

Le château de Peles (prononcer Pèlèch) est plutôt dans le style opposé à celui de Bran. Chaque pièce est un résumé d'un chapitre de l'histoire de l'art, le tout contenu dans un emballage oscillant entre style bavarois, alsacien et la Belle au bois dormant de Disney. On sent que notre guide est tout entier passionné par cet héritage, il connaît chaque marqueterie, chaque tapisserie. Rien n'a été laissé au hasard niveau déco, tu passes de l'Asie à l'Angleterre victorienne, du boudoir Louis VI au salon Marocain, et à la sortie, tu t'étonnes que les troncs d'arbres de la forêt entourant la bâtisse ne soient pas sculptés de chevaliers en armure.


16 oct.

Brasov ça ne vous dit rien, mais Dracula ça vous parle?

Un petit trajet de 3h en train m'emmène doucement de la plate plaine de Bucarest au centre des Carpates en Transilvanie. La nuit est tombée, Brasov étale son nom en grosses lettres lumineuses en haut d'une des montagnes qui l'entourent - "des collines" me diront les alpinistes. Dan est à l'heure à la gare, on monte direct dans sa vieille Opel (on aurait pu s'attendre à une Dacia) et on trace pour rejoindre sa compagne Cristina et leur fillette Sofia (2 ans, et jamais d'accord pour aller se coucher, évidemment).

On m'avait parlé de "petite ville", mais c'est une commune de plus de 328 000 habitants qui s'étale sous mes yeux le lendemain matin au grand jour. Je ne vais pas étaler toute l'histoire de Brasov (Wikipédia est là pour ça) mais c'est une ville chargée d'histoire, dont le centre ancien est toujours ceint d'une muraille fortifiée, de plusieurs tours de garde, et de deux portes anciennes.

Anca, fervente passionnée d'histoire, me fait un petit tour du propriétaire. On entame la journée par le passé Hongrois et Allemand de la ville (appelée Kronstadt pendant un temps - ville de la couronne), on saupoudre de période de communisme imposé par la Russie après la seconde guerre mondiale, et en dessert on aborde la "question Rom" du double point de vue de Roumain et Français. Oui, nos Roms qui errent en France et indisposent les ménagères au marché le samedi matin crapahutent également en Roumanie avec le même dénuement et la même crasse qui dérangent. Force est de constater que nous autres "de l'Ouest" faisons un furieux gloubi-boulga entre "Rom" et "Roumain". Si les deux noms sont similaires, ils n'ont pourtant aucun lien : le mot "Rom" ou Rrom" signifie en langue rromani "homme accompli et marié au sein de la communauté" (source : Wikipédia, encore). Les Roumains de Roumanie, eux, n'ont rien à voir avec la culture Rrom, mais vivent aux côtés de plusieurs minorités ethniques, dont celle des Rroms.

Et Dracula dans tout ça? Il parait qu'il s'était installé au chateau de Bran, petit village très calme non loin de Brasov, histoire de se trouver de jolies et jolis jeunes gens à inviter pour boire un coup tranquille. Et puis bon, il parait aussi que cette histoire est relativement biaisée par monsieur Bram Stoker qui a situé l'action de son roman au château de Borgo, où il n'y a aucun château...
Fausse route pour les fans de Dracula - et jackpot pour les propriétaires du château de Bran!


12 oct.

Bucarest, Bucuresti pour les intimes

Bucarest, Roumanie

Première fois pour moi. C'est toujours plus amusant de croiser une bonne occasion d'aller voir un pays inconnu. Cette fois-ci il s'agit de films d'animation et du festival Anim'Est.

Premier jour sous la pluie battante, la ville révèle jalousement quelques belles demeures enchoucroutées flanquées de grands immeubles soviétiques.
L'endroit où se passent les soirées du festival est assez fou. Vieille baraque bourgeoise dont on remarque a peine la façade depuis la rue, crasseuse et fenêtres barrées de planches, à peine restaurée et régulièrement infestée d'artistes, d'expos, de projections et de concerts en tout genres. L'histoire de cette grande demeure est assez représentative de l'histoire avec un grand H. D'abord propriété d'une grande famille aisée roumaine (on le constate en voyant les restes de boiseries sombres dans l'entrée, les immenses plafonds ouvragés), construite au début du 20eme siècle, elle est ensuite retirée à ses propriétaires au moment de l'arrivée du pouvoir soviétique. Vers le début des années 2000, après avoir été propriété de l'état pendant la période qui suivit la révolution de décembre 1989, les immeubles et maisons sont restitués à leurs propriétaires, souvent trop peu argentés pour pouvoir assumer les travaux de rénovation nécessaires

Je rencontre deux étudiants en cinéma, Radu et Laura, franchement sympathiques, qui m'emmènent voir deux autres grandes maisons également réinvesties en bar-restau-lieu artistique. Parfois ils refont tout, mais parfois ils les gardent en l'état, avec les vieilles peintures murales encore présentes à certains endroits, dans le genre papier peint mais peintes directement sur l'enduit (assez sombre comme rendu), les vieux poêles recouverts d'émail ouvragé, les vieux parquets noircis par le temps. C'est hype, certes, mais c'est beau (bobo).
L'auberge de jeunesse dans laquelle je loge est encore une de ces superbes demeures bourgeoises, sans jardin mais le long de laquelle passe une cour longue et pavée, et sur le mur du bâtiment d'à coté pousse une charmante vigne vierge. L'intérieur est restauré avec goût - enfin, tout est subjectif, mais ya du beau parquet, et ça je kiffe.


08 oct.

octobre à Liège


07 oct.

septembre en Lorraine