Youpi! des images!

29 nov.

Compleaños feliz

Département de Boyacá
28 novembre - 2 décembre

Armés d'une légère gueule de bois dûe aux mélanges de vins espagnols de la veille, Guillaume et moi montons dans un de ces autocar aux larges fauteuils qui attendent en file indienne au terminus Nord du Transmilenium. Direction nord-est, Sogamoso est à 4h de route de Bogotá. Le long de la presqu'autoroute qui quitte la capitale s'alignent quantité de sureau et autres arbres que l'on plante avec application en Europe et qui poussent comme du chiendent en Colombie. Lorsqu'on arrive au bout du plateau de Bogotá et qu'on passe le col, le paysage revêt un aspect beaucoup plus montagneux et rural. Toute surface pas trop verticale est transformée en champ, soit pour cultiver, soit pour faire paître le bétail. Les verts sont intenses à en faire pâlir Cézanne.

Sogamoso. La nuit tombe vite et ne laisse pas vraiment le temps de voir où l'on met les pieds. Hop on trouve l'hostel (nom plus court pour "auberge de jeunesse", à ne pas confondre avec "hotel") que le frère de José nous a conseillé, hop on trouve aussi de quoi se restaurer dans un endroit qui semble être un vieux dancing désuet tenu par deux dames d'un âge respectable. Murs verts et photos de la place du marché du vieux bourg, combinés avec du mobilier de plastique aux couleurs primaires. La soupe y est bonne et les dames sympathiques.
Nous nous levons de bonne heure le lendemain, bien décidés à passer la journée de mon anniversaire à une altitude respectable. Miguel, le propriétaire de l'hostel "la Cazihita", sera notre guide. Nous montons respectueusement dans sa vieille Mazda impeccablement entretenue et sortons de la ville vers l'Est. Nous n'avions pas réalisé à quel point cette ville était industrielle, et la vue des premières cheminées de l'usine d'acier nous surprend. S'ensuivent des zones de stockage de charbon, de transformation de pétrole, et enfin quelques sites de fracturación, c'est-à-dire d'extraction de ce merveilleux gaz de schiste. Autant vous dire que Miguel l'a bien en travers de la gorge, lui si amoureux de ses montagnes.
La Mazda s'arrête sur la place du village de Mongui, près de l'église qui appelle à la prière de sa cloche aigre. "Quatre messes par jour, et payantes! Ils sont fous ces catholiques..." informe Miguel, sans jamais quitter sa douceur. Peu concernés par le Christ, nous allons déjeuner avant l'ascension du Páramo de Ocetá.
D'abord traverser le village aux maisons qui se dispersent vers les hauteurs, passer la première croix au détour d'un virage qui monte raide, et continuer vers la petite mine de charbon. Là, une femme et son jeune enfant sont assis, téléphone mobile pour passer le temps, pendant que monsieur creuse tout seul dans son trou. L'aménagement de la mine est spartiate : quelques morceaux de bois faisant office de soutènement, et un vieux tracteur sans roue pour actionner le cable qui remonte le wagon à charbon. Une autre petite mine est aussi exploitée de l'autre côté du versant, on suppose que la veine de charbon continue.
Il fait chaud. On arrive au début du sentier. Un petit portique en bois annonce "sentier de la gloire", mais je ne me suis pas sentie très glorieuse avec mon souffle court et mes joues écarlates. Miguel du haut de sa cinquantaine, et Guillaume du haut de son passé de montagnard, montent régulièrement et m'attendent patiemment. La végétation luxuriante commence à se raréfier, mais les fleurs restent disséminées un peu partout. Les premiers petits frailerónes (ou espeletia) apparaissent ça et là. Plantes endémiques des hauteurs de Colombie, Equateur et Venezuela, elles sont adaptées à une haute altitude, à la forte exposition aux UV, et captent l'humidité des nuages puisqu'il ne pleut pas à cette altitude. Elles fleurissent surtout en avril, mais nous en voyons quand même quelques unes toutes couvertes de violet ou de jaune, selon l'espèce. Plus on monte, plus les frailerónes sont hauts ; certains atteignent 3m, et quand on sait qu'ils grandissent de 1cm/an, on peut vite en conclure que certains spécimens on bien fêté leurs 300 ans...
Après 5h d'ascension, nous arrivons à l'un des sommets (il y en a plein d'autres derrière, je vous rassure tout de suite, et de bien plus hauts). Voilà, 3900m d'altitude, des nuages et un vent bien glacial, mais quelle vue! Lorsque les nuages s'écartent on peut voir en contrebas la laguna Negra, et à perte de vue ces plantes centenaires. Faut quand même pas traîner, le soleil se couche tôt. Une sorte de chevreuil des montagnes sauvage nous fait l'honneur de croiser notre chemin, marchant nonchalamment, certain de son habileté à s'enfuir en un clin d'oeil. Beaucoup de vaches, quelques chevaux, des petites baraques pour les bergers-vachers. La redescente est beaucoup plus facile pour mes poumons, mais c'est plutôt Miguel qui fatigue. Arrivée à Mongui 1/2 heure avant la nuit, les grenouilles de bénitier sont à nouveau à la messe, mais pour nous ce sera petit chocolat chaud et joie d'enlever ses chaussures.

Puisque c'est encore mon anniversaire, on tente de trouver un chouette endroit pour manger, mais nos fesses se retrouvent calées sur le banc d'une "poularderie" braillant son émission télé sur écran géant, moi avec une soupe d'abats de provenance douteuse, Giom avec un steak filandreux de viande indéfinie de la taille d'une pizza 12 personnes. Erreur fatale.
On se rattrape avec une petite bière dans un grand appartement converti en bar hard rock, toutes fenêtres grandes ouvertes sur la placette où les chiens errants viennent boire l'eau de la fontaine. Les deux jeunes femmes qui tirent les manettes de la tireuse à bière sont joyeuses et conviviales. Derrière la musique on distingue des explosions de pétards et des coups de cloche furieux provenant de l'église un peu plus haut. Une fête religieuse?
La nuit est courte car les pétards, cloches et musique populaire colombienne reprennent de plus belle au lever du soleil (donc 6h). Miguel nous confirme qu'il s'agit bien d'une fête hautement importante : Santa Barbara. Dans la tradition sud-américaine, elle gouverne les éclairs et la foudre. A Sogamoso, l'organisatrice de l'évènement n'a pas pu trouver assez de fidèles pour défiler et porter la vitrine représentant la Sainte. Miguel hoche la tête d'un air contrit. Il se sent catholique car baptisé, mais n'adhère pas à ce culte. Nous rencontrerons plusieurs personnes dans cet état d'esprit, entre catholicisme et origines amérindiennes fortes.

Nous quittons le bon Miguel pour continuer vers le lac de Tota, au Sud de Sogamoso. D'abord un petit arrêt à Aquitania pour y manger une truite délicieuse (en papillote pour moi, plancha pour Guillaume) et quelques pétards pour Barbara. L'église arbore fièrement une grande statue de Jésus qui surfe debout sur une barque. On continue en buseta sur une belle route qui fait presque tout le tour du lac, croisant petites maisons en briques creuses et leurs somptueux jardins. Même les talus sont couverts de fleurs, dont mes consoeurs les capucines (hé oui, ça vient des Andes).
Playa Blanca, comme son nom l'indique, est une superbe plage de sable blanc où les jeunes gens viennent se bécoter et boire des bières en écoutant de la pop new wave sur une petite radio. L'hôtel Arco Iris, plutôt connu sous le sobriquet La Cabaña, nous loue une grande chambre avec cheminée en brique. Joie! La température n'est malheureusement pas très propice à une baignade avant la nuit, et une bonne flambée ce soir ne sera pas si anachronique (mettez vous bien dans la tête que Colombie ne rime pas forcément avec chaleur torride).
Petite balade le lendemain sous la bruine alternée de belles tranches de soleil. Seulement une petite ascension à 3600m. Beaucoup de champs cultivés, de vaches et chevaux, parfois avec des humains dessus, au contact assez bourru. Les gamins semblent heureux, avec leurs visages aux yeux presque bridés et la peau caramel. Bien sûr, chacun et chacune porte sa ruana (version longue et plus chaude du poncho) et ses bottes de caoutchouc, un couvre-chef pour achever le tout, casquette ou chapeau élégant pour les vieux messieurs. Ça protège aussi bien que le K-way de chez nous, et on y transpire moins. Bizarre, ya pas trop de femmes en robe par ici... Nous passons la soirée avec Liliana et Robin près du feu. Jeune couple très sympathique chargé de faire tourner l'hôtel pour la patronne. Ils viennent tout deux de la région de Boyacá, les histoires de voyage de Guillaume leur font briller les yeux. On parle de tout, ni la drogue ni la religion ne sont un sujet tabou.
Nous retournons à Bogotá le lendemain, comblés de beauté et de quiétude.


24 nov.

Carnet des Amériques du Sud

Bogotá, dépt. Cundilamarca, Colombie
20-28 novembre 2014

Un vol de 10h, donc trois films et une petite sieste. Le temps de remplir les formalités pour entrer dans le pays la nuit est tombée, et l'on sait donc qu'il est 18h, car le soleil se couche toute l'année à 18h en Colombie.
José est venu nous accueillir à l'aéroport. Il saute dans les bras de Guillaume comme un jeune cabri - ces deux-là sont des amis de longue date. Avec nos gros sacs à dos pleins de fromages et de saucissons nous avons quelques difficultés à nous introduire dans le bus bondé des heures de pointe. Je réalise seulement que Bogotá est bâtie sur des montagnes lorsque je me retrouve complètement essoufflée par les derniers escaliers qui mènent à l'appartement de José : 2600 m. d'altitude c'est pas rien. Lorsque nous pénétrons dans le bel appartement que partagent José, Camil et Maria Alejandra, la baie vitrée du salon me happe dans une contemplation silencieuse de la ville qui s'étend en contrebas vers l'Ouest, avec son premier plan d'arbres, puis de grands immeubles, dont un qui est un écran 4 côtés à lui tout seul (magie de la LED), puis de maisons plus basses. Quand le temps est clair, on peut voir les contreforts de l'autre côté du plateau de Bogotá, et même la montagne enneigée du Nevado del Tolima.
Le lendemain, petit effet jetlag oblige, nous voilà projetés dans les rues de la capitale déjà bien réveillée à 7h du mat'. Petit déj composé de huevos pericos (oeufs brouillés aux tomates, oignons et coriandre), empanadas (sorte de pâte frite remplie de riz, pois, poulet), pan de bono (demi-sphère de pain de maïs) et une tasse d'un merveilleux chocolat chaud. Inutile de préciser que le thé va désormais tomber aux oubliettes pour un moment.

La ville est grande, "immense" serait plus juste. Construite sur un haut plateau, on s'oriente à l'aide des hautes collines toutes proches du côté Est : cerro de Monserrate. Les rues sont un quadrillage, avenues en Nord-Sud, rues en Est-Ouest, et chacune a son numéro. Bien sûr le français sera choqué par le manque de poésie de ces noms algébriques, mais l'usager sera conquis par la facilité avec laquelle il pourra se situer dans l'espace urbain.
Tours en briques élégantes, immeubles gris pur style URSS, maisons en vrac über colorées, bâtiments néo-classiques 19ème siècle ; il y en a pour tous les goûts, mais toujours avec cette touche particulièrement tropicale : les plantes vertes omniprésentes. Chaque rue, chaque fenêtre, cour intérieure, couloir d'immeuble, petite échoppe a droit à ses plantes en pot, parfois vraiment envahissantes, mais toujours agréables.
Les habitants sont pareils, omniprésents et au contact facile, spontané.

Malgré l'évident excès de circulation automobile (mais quelle grande capitale n'a pas ce problème?), il est relativement aisé de se déplacer en ville. Comme creuser un métro est long et onéreux, la commune a choisi de créer un réseau "Transmilenium", des lignes de bus avec des voies uniquement réservées à la circulation de mastodontes rouges à trois "wagons". Je peux vous dire que ça trace bien!
Les citadins utilisent également les busetas, petits bus à la conduite sportive dont le but est d'avaler goulûment le plus de passagers possible à 1500 pesos la course (pas cher). Guillaume regrette le temps où la carrosserie de ces camionnettes était outrageusement décorée, maintenant c'est beaucoup plus sobre, mais heureusement la musique y est quand même toujours présente.


16 nov.

Les grues comme des girafes

Cranes like giraffes.