Youpi! des images!

29 dec.

Toujours vers l'Ouest, de Bogotá à Cali

27 décembre 2014 - 1er janvier 2015

Le buseta devient notre lieu de prédilection pour quelques jours.
Presque 200km de descente jusque dans la vallée du Rio Magdalena. La route est jalonnée, comme toujours, de tiendas (magasins) d'empanadas et autres boissons, pas moyen de crever de faim en Colombie. Quelques mannequins avachis sur une chaise, attifés de vêtements et chapeaux, laissent entendre que la fête de la fin de l'année est proche : ces personnages sont bourrés de pétards et de poudre, et seront "allumés" à minuit de la Saint Sylvestre.
José nous emmène d'abord rendre visite à sa tante Nexi, qui vit à Ibagué, sur la route d'Arménia (vers l'Ouest). Il se souvient de ses vacances d'enfance dans la chaleur de ce petit quartier propret à l'extérieur de la ville, maisons de brique (comme souvent en Colombie), jardins au sol carrelé, petit kiosque avec sa crèche, barbecue pour tout le voisinage, et partout des mangues tombées au sol. Chez tante Nexi, comme chez sa sœur Gladys à Bogotá, la déco de Noël est omniprésente. Sapin en plastique power. A Ibagué il faut manger les délicieux tamales, ainsi que des empanadas au poulet sur la place Simon Bolivar (une ville sans place Simon Bolivar n'est pas vraiment Colombienne!). Beaucoup de musiciens viennent faire leurs études ici, car cette ville est le berceau de la musique colombienne traditionnelle (ne me demandez pas pourquoi). Les arbres du parc centenaire y sont superbes.

Salento, près de Armenia, département Quindío.
Nous sommes en zone cafetière, et qui dit café dit bananiers, car les plants de café aiment rester à l'ombre. Tout autour de Salento (1750 m. alt.) de superbes et verdoyantes montagnes, dont l'impressonnante Valle del Cocora, avec ses très hauts palmiers que l'on pourrait comparer à de grands adolescents qui auraient grandi beaucoup trop vite. En continuant vers les hauteurs, toujours en longeant le rio Quindío, tu peux voir trois ou quatre sortes de colibris butiner les fleurs.
Une autre balade nous emmène dans la zone agricole cafetière. Nous rencontrons Luisa, 9 ans, et ses parents, propriétaires d'une toute petite exploitation de café bien entretenue. Luisa et son père nous expliquent tout le processus, fait à la main pour une partie de la récolte, et torréfié à la coop pour le reste. Après un rapide calcul, José en conclut qu'une année de récolte n'est guère rentable pour eux, mais leur métier leur plait, voilà tout.
Nous pensions rester 2 jours et continuer vers Cali pour y passer la fête du nouvel an, finalement nous restons jusqu'au 1er. Au programme de la soirée : jus de fruits, patacón con queso (banane plantain écrasée finement et frite, puis recouvertes de diverses choses, comme une pizza, un délice!), bière et aguadiente (alcool anisé), et grande compétition internationale de billard : Colombie vs Royaume-Uni vs France. J'ai évidemment perdu.

Délicate gueule de bois pour José le lendemain, fatigue pour les deux autres. Un dernier patacón pour la route, et départ pour Cali. Nous quittons à Arménia notre bon ami José qui repart, le genoux raide, vers Bogotá et une ouverture de restaurant à assurer. Ciao loco!


Feliz Navidad!

Bogotá, dépt. Cundilamarca
24-27 décembre 2014

Courses pour le repas de Noël au marché 7 de agosto, un endroit incroyable. José connaît tous les commerçants, il a ses préférés, ceux qui lui vendent de la bonne qualité tout en gardant le sens de l'humour.


atelier d'animation et pierres étranges

Villa de Leyva, dept. du Boyacá
18-23 décembre 2014

Retour dans le Boyacá, cette fois pour une raison hautement professionnelle : participer à un atelier d'animation avec 3 familles d'enfants desplasados. Ces personnes "déplacées" sont souvent des habitants de la côte Ouest qui ont été littéralement virés de chez eux par les groupes de guerilleros qui se sont appropriés leurs terres (généralement sous peine de mort).
Les trois familles que nous rencontrons sont installées à Villa de Leyva depuis 5-6 ans, certains des enfants ne se souviennent déjà plus de leur région d'origine. Tous ont une grande énergie et une blessure au coeur, les pères manquent à l'appel, soit tués, soit partis vivre une autre vie (de préférence avec une autre femme). Le frère de José, Luis, les suit et les film depuis quelques mois dans le but de faire un documentaire. Notre travail avec eux est dans la continuité du projet de Luis, lui-même inclu dans un projet plus grand basé autour de l'éducation et la sensibilisation à l'art.

Emilcé et Oscar, le couple qui nous accueille à notre arrivée en ville, seront également nos collègues pendant les 5 jours d'atelier. La maison où ils nous emmènent est incroyablement belle, même vue de nuit. Lucia en est l'architecte, elle travaille essentiellement avec de la terre, un matériau local et peu onéreux. On entre dans sa maison par une pièce presque ronde au toit dômé, en briques de terre. Un hamac, deux canapés, des petites lampes et un djumbé. De quatre côtés partent d'autres pièces, et nous choisissons la plus belle chambre, au plafond arrondi comme un cercueil (c'est la seule référence qui me vient, mais rien de morbide là dedans). La température est fraîche dehors, mais douce à l'intérieur, gràce à un ingénieux système de construction thermique que je ne saurais vous expliquer.

Au petit matin du premier jour, nous allons à pied jusqu'à "La Maloca", où se déroule l'atelier. Nous découvrons enfin le paysage environnant (nous étions arrivés de nuit) : la maison est sur une colline un peu à l'extérieur de la ville (ça nous évite d'entendre trop les pétards qui explosent chaque matin à l'aube depuis la fameuse Sainte Barbara). On remarque que partout où porte le regard sont construites des maisons blanches, d'assez grande envergure. Certaines sont en construction, et c'est vraiment des trucs assez luxueux, avec les fameux murs d'enceinte tout autour qui te disent bien que t'as pas intérêt à marcher sur les plates-bandes. Bienvenue chez les riches de Bogotá qui se font construire des villas à la campagne.
La Maloca est un bâtiment surprenant, à la jonction entre la maison commune indigène et le temple biofreaks des neo-adorateurs de la nature. Toute en pierres et poutres de bois, sur une base ronde, avec une ouverture en haut du toit cônique pour laisser entrer la pluie si la cérémonie le nécessite. Pour faire des films d'anim' c'est pas le top, mais on est tout terrain.
C'est surtout Guillaume qui parle car mon niveau d'espagnol est toujours très basique. Il explique le processus aux quelques 12 enfants (le nombre varie selon les jours), storyboard, narration, mouvement, décors. On a bien peur que la mayonnaise ne prenne pas, trop complexe pour si peu de temps, mais finalement trois récits ressortent, des rêves faits par certains d'entre eux, surtout basés autour de l'absence du père (ben tiens!).
En 5 jours, nous fabriquons tous ensemble trois courts-métrages d'animation. Le fignolage et le montage seront fait à notre retour en France.

Villa de Leyva est, tout comme Barichara, une "petite" ville au style colonial. Maisons blanchies à la chaux, boiseries, toits en tuiles courbes (comme dans le sud-est de la France). Le temps en a fait une ville touristique et proprette, on perd un peu de spontanéité au centre ville. Les chevaux et leurs maîtres bottés côtoient les gros 4x4 immatriculés à Bogotá. Beaucoup de paysans, voyant le prix des terres augmenter, se mettent à construire de belles demeures, mises en vente avant d'être terminées.
Les alentours sont surtout de petites montagnes herbeuses, auparavant recouvertes d'arbres, mais complètement déforestées au siècle dernier. Le sol contient d'étranges cailloux en forme de galets assez facilement cassables. A l'intérieur la matière est sablonneuse, rouge, et contient un autre noyau de cailloux plus dur.


18 dec.

Comme une carte postale

Barichara, dépt. du Santander
15-18 décembre 2014

Pour aller dans le Santander, il faut à nouveau traverser une partie du Boyacá puis continuer encore plus vers le Nord et San Gil. Le buseta est particulièrement lent, on a tout le temps de voir la végétation évoluer vers un état plus tropical et touffu. Une chose surprenante, et qu'on recroisera par la suite, sont ces espèces de longues barbes végétales qui poussent sur les branches d'arbres hôtes, ainsi que sur les fils électriques. Certains arbres en sont tellement envahis qu'on sent qu'ils étouffent un peu sous leur costume de père Noël.
Santiago, ami d'études de Guillaume, vient nous chercher au terminal de bus de San Gil. Sa voiture moderne (je rappelle que je conduis une Fiat Panda 1998) glisse silencieusement sur les courbes de la route récemment goudronnée, on monte sévère jusqu'à 1300m. alt., puis on bringuebale dans de petites rues pavées le long desquelles s'alignent méticuleusement murs et murets blancs de maisons anciennes. Il fait nuit depuis longtemps, les décorations lumineuses de Noël brillent, de partout surgissent des motifs de sapins, de rennes et de bonshommes de neige. Il fait 23 degrés celcius.

La maison où vivent Santiago et sa famille est tout simplement merveilleuse. Juste une façade blanche et deux petites fenêtres donnent sur la rue, mais l'intérieur est autrement plus fou : la maison est en U, et la pièce de vie, centrale, est ouverte sur le petit jardin, sans vitres, sans portes, rien. Ici le climat le permet, et ce serait impossible d'imaginer ça dans les Vosges ou l'Isère, mais bon, ça me chamboule toute ma conception de la maison, et c'est tant mieux.
L'aube nous réveille avec les fameux pétards d'Avant-Noël, puis les aboiements des chiens du quartier qui ne comprennent vraiment rien au christianisme, puis les babillements des deux gamins de Santiago et Natalia. Pas de chance, ils doivent finalement tous partir à Bogotá pour le travail de Natalia, mais la maison est à vous, déclare Santiago avec son grand sourire.

Balade dans le village. Soleil presque trop brûlant. Sous les murs blanchis à la chaux la poussière est faite de terre rouge, matière première de toutes les constructions locales faites en adobe. Le village, fondé en 1705, avait quasiment été laissé à l'abandon au milieu du 20eme siècle, et il fallut une poignée de hippies pour que le lieux soit redécouvert et apprécié à sa juste valeur. Avec son air de carte postale, Barichara attire les gens des classes moyennes en recherche d'un lieu de vacances ou de retraite paisible et culturelle. A chaque coin de rue un atelier d'artiste, une fabrique de papier artisanal ou un paisible café-glacier-fruiterie. Son petit jardin botanique surplombe le village, tu peux t'asseoir sur le muret et observer la magnifique vue sur la vallée en contrebas et les montagnes en face, bercé par le chant d'oiseaux inconnus et comiques.

Pour aller à Guane, 9 km de marche plus bas, il faut emprunter le Camino Real, béni des dieux car emprunté par le fameux sauveur de la patrie : Simón Bolivar (il est vraiment passé PARTOUT, ce bon Simón). La végétation oscille entre tropiques et méditerrannée, un coup des manguiers et des papayers, un coup des petits arbres secs, mais toujours ces grandes mousses barbues qui pendent des plus hautes branches.
A Guane, on croise deux Sud Coréens obèses, et on se sait pas trop quoi leur dire.


17 dec.

Avec ou sans pluie

Bogotá, dept. Cundilamarca
11-15 décembre 2014


12 dec.

Des serpents et des rapides

Département du Meta
5-11 décembre 2014

Il faut peu d'arguments à Guillaume pour convaincre son ami de prendre quelques jours de vacances avant son grand saut dans la restauration, et voilà notre José embarqué avec nous vers le Sud-Est.
On vise la chaleur et la proximité, les plaines du Meta, à seulement 3h de buseta de la capitale, sans compter le temps de sortir de la ville (environ 1h30), le temps de longer d'infinis murs superbement peints par les muralistes locaux (on en reconnaît aussi qui viennent d'Espagne).

A Villaviencio c'est le festival des Llanero (plaines). En gros, des cowboys à cheval font la course avec d'habiles vachettes qui se font finalement mettre à terre, tirées par la queue. Le tout est accompagné de soirées de musique et danse traditionnelle. Nous voilà un peu à l'écart de la ville, devant un grand hall dans un parc apparemment construit pour cet événement annuel, à écouter à un niveau sonore proche de l'insupportable de la pourtant très bonne musique traditionnelle. L'instrument principal, et surprenant, est la harpe, jouée très impro à la manière des jazzmen (j'ai pas dit tsigane, monsieur Bobby Lapointe).
Je remarque que dans notre hotel et dans plusieurs magasins, la harpe miniature (environ 40 cm de haut) est un objet de décoration de bon aloi.
Après le concert, nous prenons le temps de flâner dans les rues quasi désertes de Villaviencio, à s'imprégner de la petite fraîcheur de la nuit en admirant les angelots stylisés géants tout illuminés sur la place principale. On croise deux hommes vraisemblablement sans logis, l'un installé à dormir en T-shirt sous un arbre, l'autre sur le bitume mais abrité de la pluie par le auvent de l'immeuble. C'est vrai qu'il a l'air plus doux d'être SDF au soleil.

Au petit matin, la cacophonie de la ville en plein boom de promo de Noël nous arrache à notre court sommeil. La chaleur est déjà bien installée. Nous fuyons la ville à la recherche de verdure et atterrissons à Granada, petite ville de presque 60000 habitants, 90 km au Sud de Villavicencio. Guillaume et José trouvent l'hôtel Casablanca (à cause du film avec Humphrey Bogart) tout-à-fait à leur goût. C'est comme un long paquebot avec des balcons et des fenêtres aux bord arrondis. La chambre est toute peinte de ce bleu qui calme l'esprit. Au centre du bâtiment construit en U, un jardin frais de verdure ne manque pas à la tradition Colombienne.
José connaît déjà le coin, il nous emmène bille en tête à la rivière, à pied sous le cagnard (à partir de 15h ça brûle moins, dit-il). Moi je mets ma casquette et des manches longues, pas confiance en ce soleil. Nous suivons la route principale qui longe quantité de petites échoppes où manger de la viande grillée, puis qui longe des bananeraies et des champs où paissent des vaches-zébu. Après 2h de marche (30 minutes pronostiquées), on trouve enfin le grand pont qui passe au dessus du río Ariari, gardé par quelques militaires. Petite baignade rapide, le soleil en profite pour se coucher vite fait et la Lune quasi pleine déboule de l'autre côté de la planète.

Nuit calme, matin lui aussi agité de chants de Noël diffusés par la station essence juste à côté. Le silence est une denrée rare par ici.
Cette fois on tente la vraie nature. Un taxi nous emmène au début d'un chemin de terre. On s'arme de bouteilles d'eau au petit magasin situé au bord de la route, et en avant pour une balade également sous le cagnard. Des bosquets d'arbres ponctuent notre avancée de petites poses rafraîchissantes, et un première petite rivière nous ravit. Le cul dans l'eau, nous observons attentivement quelques petits singes passer d'arbre en arbre - on saura plus tard que ce sont des macaques.
Après une petite montée, la sierra de la Macarena se déroule sous nos yeux ravis. Le relief est le résultat d'un soulèvement du socle calcaire, un peu comme le Vercors, ça crée un écrin de verdure au milieu duquel coule le rio Güejar. Le chemin prend fin au lieu dit La Recebera, à gauche une maison, des vaches-zébu, et un bloc sanitaire pour les campeurs. Don Javier, la soixantaine, portant bottes de caoutchouc et casquette, nous accueille, sortant de dessous un grand préau au toit de tôle assurant ombre et abri contre la pluie. Des bacs à poubelle sont attachés aux arbres, et quelques petits panneaux indiquent fort aimablement que si tu aimes ce lieu, alors tu n'y laisses pas tes vieux restes de pic-nique.
On fonce plonger nos corps brûlants dans l'eau fraîche, Ô joie! il y a même assez de profondeur pour nager vraiment (et aussi pas mal de courant). Au dessus de nos têtes volent en cercles des rapaces noirs à l'extrémité des ailes blanc. La végétation est opulente, tropicale, mystérieuse pour nous autres petits européens (je ne sais pas si José en sait beaucoup plus que nous sur ce sujet).
Le soir, nous repartons bien à contrecoeur à l'arrière d'un truck rutilant, et retrouvons la chaleur étouffante du béton. Tous les habitants de Granada sont dehors en beaux habits, les gamins placent partout le long du trottoir et des murets de petites bougies colorées. La place principale, avec ses superbes arbres centenaires qui diffusent une ombre salvatrice la journée, est toute illuminée aussi. Noël est encore passé par là. Angelots stylisés, moutons, étoiles suspendues aux arbres, crèche sans petit Jésus (normal, il n'est pas encore né), personnages féminins en robe traditionnelle, faux feu et fausse viande qui grille, tracteur vert (?!). Tout est construit en armature métallique recouverte de tissus et de guirlandes électriques. Les gens prennent des photos de leurs enfants devant les décorations, c'est vraiment un événement important. Nous apprenons un peu plus tard que les bougies sont pour la fête de l'immaculée conception (ha...). Le Vatican a encore de beaux jours devant lui.

Lundi 8 décembre, c'est décidé, nous partons vivre dans la sierra de la Macarena! Encore une petite marche dans la chaleur, mais notre coeur est déjà tout rafraichi à l'idée de la rivière qui nous attend là-bas, à la Recebera.
Don Javier nous accueille chaleureusement, et nous laisse utiliser deux hamacs pour la nuit (Guillaume ne voyage jamais sans son hamac-moustiquaire intégrée). Pour le soir, José nous prépare des lentilles et du riz cuits sur le feu au bord de la rivière. Ça n'a l'air de rien comme ça, mais ce fut un repas merveilleusement bon.
La fraîcheur de la nuit est un peu abrupte, on se caille un peu les miches dans nos hamacs sans couverture. Le réveil n'est pas facile pour les garçons (moi j'avais pris des pulls, pas confiance en leur soleil), et dès l'aube c'est la cacophonie des vaches à traire et des oiseaux. L'un d'eux est vraiment élégant, noir avec une queue jaune vif sur chaque côté, il s'appelle le guapuchón, et élève ses oisillons dans des nids d'herbes en forme de goutte, suspendus aux arbres.
Don Javier nous prépare un petit déjeuner, comme ça, grand prince. José doit rentrer à Bogotá, mais il prend d'abord soin de se rétamer l'avant-bras pendant que la petite moto de Don Javier glisse sur les cailloux.
Petite balade pour trouver les cascades. Il faut d'abord traverser la rivière, et pour rester sec la technique est d'utiliser la "cabine", petite plateforme suspendue à une poulie et à un cable attaché aux arbres, d'une part et d'autre de la rivière. Ensuite traverser quelques champs, puis enfin monter dans la forêt (machette conseillée pour éclaircir le chemin). En route, nous retrouvons un groupe de macaques en haut des arbres. Leurs gestes et leurs sauts sont si élégants, on reste fascinés.
Le lendemain matin, après une bien meilleure nuit avec couvertures prêtées par la famille qui habite la maison, nous montons en haut des falaises qui surplombent la rivière. Je me retrouve à éviter de justesse un long serpent enroulé sur lui-même, marron à petits motifs losange jaune vif. J'y connais rien en reptiles, mais juste comme ça je dirais qu'il n'est pas inoffensif... Au retour, Don Javier nous confirme le truc, serpent dangereux. Bon.
On continue l'aventure avec une descente de la rivière en se laissant porter par l'eau, avec des rapides parfois un peu trop rapides à mon goût. Deux petits coups de stress en une journée.
Nous passons la soirée à discuter avec tous les habitants de la maison, c'est-à-dire Don Javier, Maria-Elena, Aleman son mari et Isabella leur fillette de 3 ans. L'orage menace et nos hôtes nous proposent de suspendre les hamacs sous la véranda de la maison, dont le toit est un peu plus fiable que celui du "préau". Finalement la pluie ne survient que le lendemain, une vraie pluie tropicale! Je profite de ce temps pour dessiner la maison, comme demandé la veille par Maria-Elena, qui a même fourni le papier. Tout le monde est fort content du résultat, alors je suis contente aussi.


11 dec.

Préparatifs de Noël

Bogotá
2-5 décembre

Quelques jours à Bogotá, le temps pour moi de terminer de peindre des lettrages et quelques décorations pour le restaurant que José et Alvaro ouvriront en février 2015.
Comme en France et dans divers pays chrétiens, les gens se préparent à fêter la Navidad bien un mois à l'avance, histoire de faire marcher les affaires.
Noël, peu importe la latitude où tu te trouves, rime toujours avec sapins blancs, rennes tirant traîneaux, bonshommes de neige et feuilles de houx (je ne parle même pas du type barbu en bonnet rouge). Nombre d'objets qu'aucun enfant Colombien n'a jamais vu en vrai (ça me rappelle la Guyane tiens).
Les radios, la tv, dans le bus, partout des chansons sur la navidad. Pour une fois je suis bien contente de ne pas comprendre correctement l'español. On passe même devant un atelier, calé entre un atelier de réparation de motos et un casino miteux, où quelques hommes sont en train de sculpter de grands ours polaires en polystyrène. Sacré business.

Le Parque Nacional a son quotas de guirlandes lumineuses et de santons de crèche. On s'y balade comme dans une foire, parmi les marchands de bouffe de toutes sortes qui étalent viandes et empanadas. Boissons chaudes et froides, aromática, canelazo (avec un p'tit coup d'alcool aguardiente dedans), peintres, tir au fusil, et un incroyable sculpteur de plastiques récupérés (surtout des gobelets colorés) qui modèle et assemble devant nous une sorte de crocodile-dragon. Rien qu'à l'aide d'une taque à gaz et de quelques pinces, beaucoup de corne sur les doigts, il vous créé une figurine en 15 minutes, sous les yeux attentifs des badauds. Rien que pour l'exploit ça vaut la peine de le lui acheter. On fait monter un peu les prix, et nous voilà repartis avec notre croco encore chaud.
Presque arrivés à l'appartement de José, à un endroit où le trottoir se rétrécit à cause des travaux, trois ados nous bloquent soudain le passage. Guillaume et José sentent le truc foireux venir, moi aussi mais sans vraiment y croire. L'un d'eux murmure un "toi tu bouges pas" à José, moi j'entends rien, je salue naïvement le gars en face de moi et lui tends le croco. Son attention et celle du troisième larron reste bloquée sur la figurine, il le prend et l'observe, tout étonné et joyeux. Je ne comprends pas tout, mais soudain le premier type et le vélo de José tombent à ma gauche, et lorsqu'il se relève les deux autres comprennent qu'il vaudrait mieux ne pas traîner. Dans son attitude, je vois l'hésitation du gars qui tenait la figurine : le rendre ou partir avec? Il opte pour la deuxième, et voilà notre croco parti pour de nouvelles aventures.