Youpi! des images!

11 oct.

Athènes l'anarchiste


Athènes, Grèce
4-5 octobre

Quelques cafés du quartier d'Exarkhia.


Lesbos, une île Grecque

Lesbos, Grèce
1-3 octobre


Troglodytes, roches et demoiselles


Cappadoce, Turquie
25-29 septembre

Après une baignade agitée pour Guillaume et Galya, nous passons la frontière turque à Sarpi. Côté géorgien, une petite chapelle, dernier bastion orthodoxe, fait face 100 mètres plus loin à la première mosquée musulmane côté turc. La route va être longue jusqu'en Cappadoce.
Autocar jusqu'à Erzurum à travers des montagnes d'abord vertes et recouvertes de plantations de thé, puis de plus en plus sèches et rocailleuses. Les Turcs creusent des tunnels incroyables, érigent des barrages époustouflants, mais prennent toujours soin de se laver les mains avant les repas, et aussi après, et aussi encore plus tard, au cas où. Difficile de refuser les tasses de thé, les fruits et les biscuits offerts en toutes occasions, dans l'autocar, à l'hôtel, dans les restaurants des bords de route. Certains commerçants poussent même jusqu'à mettre les miches de pain en vente dans une étagère vitrée à l'extérieur de leur magasin, de sorte que la personne sans le sous puisse se servir gratuitement sans être vu et sans s'humilier à demander l'aumône. Tu ferais ça en France, tout le monde se servirait sans jamais rien payer, même les riches, en Turquie non.
On croise sur la route une immense statue de Mustafa Kemal, alias Atatürk, le Turc-Père - "ata" signifie "ancêtre", comme Alma Ata signifie "Ancêtre Pomme". Son portrait est présent dans presque chaque magasin, chaque autobus, chaque hôtel ; c'est LE grand homme de la nation, premier président de la République de la première République de Turquie, qu'il fonda en 1923. Après avoir libéré l'ancien Empire Ottoman de ses occupants au sortir de la première guerre mondiale, Atatürk réforme son pays impérialiste en république laïque. Il instaure également le droit de vote pour les femmes en 1930, bien avant que cela n'arrive en France (1944). Ce culte pour Atatürk nous surprend un peu ; le bonhomme avait quand même réussi à supprimer toute opposition à son régime durant son mandat, jusqu'à sa mort en 1938.

Après une nuit dans un hôtel d'Erzurum, nous repartons pour un trajet de 14h en train jusque Kayseri, en Cappadoce. Des cabines de quatre couchettes confortables, où l'on ne dort que jusqu'à 5h du matin, heure où le chef de wagon nous réveille pour descendre du train. Sur le quai, juste avant l'aube, le froid est déjà bien mordant. Les minarets se réveillent tous simultanément et psalmodient une même voix décalée et répercutée à l'infini par les immeubles de la ville vide. Bienvenue à Ghost Town.
Il est juste possible pour nos quatre pauvres silhouettes aux yeux bouffis de s'engouffrer dans le café de la gare - déjà ouvert - et de siroter des verres de thé accompagnés d'un bol céréales au lait et au miel de l'Altaï (oui, je trimballe tout un kit petit déj' dans mon sac à dos). Il faut encore patienter jusqu'au départ du premier autobus pour Ürgüp. Mis à part le tenancier du café-épicerie, un autre homme boit tranquillement son thé. Coiffé d'une calotte comme beaucoup de Turcs de la soixantaine et au-delà, il jette quelques regards intrigués vers nous. Je me demande si Galya et moi, sans le vouloir, nous choquons sa conception de la femme. Jusqu'ici, le peu de femmes que j'ai croisées avaient les cheveux voilés par un foulard à fleurs ou autre motif bigarré. Les plus jeunes ne le sont pas, mais elles ont toutes les cheveux longs. Ni Galya ni moi n'avons la coiffure la plus répandue en Turquie.

Ürgüp. On se balade nonchalamment. La chaleur est revenue, la fatigue est estompée par le ronronnement du sang qui circule facilement dans les mains et les pieds. Je ne sais pas encore ce qui m'attend plus loin, et je m'esbaudis devant les restes de maisons troglodytes creusées dans les pans de roche rose qui dépassent entre les maisons. Le peu d'architecture Turque que j'avais vue jusqu'ici avait un goût d'anonymat fonctionnel. Ici je me sens dans un lieu chargé d'histoire, la ville garde des traces anciennes. Ürgüp a un petit goût d'Italie, même les chats et les chiens errants ont l'air d'apprécier l'endroit.

A suivre!


05 oct.

Tropical Zone


Batumi, région autonome d'Adjara , Géorgie
23-25 septembre

La mer Noire s'étend là, réelle, après des années à la voir comme une simple tache bleue sur un atlas. Elle a ses vagues, ses goélands, ses bateaux, ses ports industriels, une vraie mer quoi. On la découvre derrière une colline recouverte de végétation luxuriante et tropicale. Batumi est la dernière grosse ville côtière, à 15 km avant la frontière Truque au Sud-Ouest. La mer fascine, la mer attire, l'Homme sait ce qu'il faut faire pour construire une ville attractive : poser de gros buildings high tech aux lignes courbes le plus proche possible de la plage de galets, y balancer des casinos qui brillent, des allées propres et pavées, et quelques fontaines néo-classique 2000 représentant la virilité dorée et nue, soutenue par quelques créatures mi-femme mi-poisson se tenant fièrement des seins crachant de l'eau (à défaut de lait).
Si tu pousses un peu plus loin dans les rues, tu retrouves la Géorgie normale, avec ses innombrables vendeuses de bas et de maquillage bon marché installées le long des trottoirs défoncés, ses taxis qui rabattent le client (nous, avec nos têtes d'étrangers), ses maisons un peu effondrées et recouvertes de vigne grimpante. Nous nous précipitons dans le grand bazar pour faire nos emplettes avant de quitter la Géorgie : sels aux épices (il y en a de plusieurs sortes), "papiers de fruit" comme les appelle Guillaume (fruits cuits et étalés en galettes très fines, séchées et conservables très longtemps), tabac local, "saucisses" de noisettes (noisettes enfilées sur une ficelle sur lesquelles est versé goutte à goutte du sirop de grenade, ça durcit et devient caoutchouteux).
Le temps est hasardeux, entre grosses averses et soleil, vraiment comme dans les régions tropicales. Malgré tout, on ne peut s'empêcher de tremper nos pieds dans la mer, et elle est chaude! (mon échelle de comparaison est basée sur la température de la Manche en Côtes d'Armor, qui vogue autour des 16-19 degrés en été).

Le lendemain, nous partons explorer le fameux jardin botanique de Batumi, projet d'un fou passionné de voyages et de botanique du 19ème siècle, qui préféra confier la colline dont il était propriétaire à des jardiniers plutôt qu'à des promoteurs immobilier. Nous marchons le nez en l'air toute la journée, à observer les arbres et à chaparder les quelques fruits tombés au sol (pamplemousses et kiwis). Des maisons planquées çà et là ponctuent la promenade. On ne sait pas si elles sont habitées, ni si elles étaient là avant la création du jardin. Certaines ont bien l'air de fermettes centenaires, d'autres font très époque soviétique, genre centre de recherches à colonnes néo-classiques (décidément!). Une perte de notion du temps me prend dans ses bras. Depuis le sommet de la colline-jardin, on peut voir la mer en bas d'un à-pic et la voie ferrée tracée le long de la côte, passant devant une toute petite gare à colonnes avant de s'engouffrer dans un tunnel sous la colline. Je ne sais plus trop si je suis dans un film de Miyazaki ou sur une des planètes visitées par le Petit Prince.
Nous repartons à la tombée de la nuit sous la lumière des quelques lampadaires qui ponctuent les allées, affamés et heureux. Les maisons croisées à l'aller ont toutes les fenêtres éclairées, du linge sèche aux balcons délabrés et des éclats de cris d'enfants aspergent les branches et les feuilles. Quelle joie cela doit être de grandir dans cet immense jardin!


les montagnes pluvieuses du Svaneti


Mestia, région du Haut-Svaneti, Géorgie
21-23 septembre

Nos amis Ukrainiens, Galya et Dima, nous ont rejoint à Kutaisi pour aller ensemble dans le Massif du Svaneti, au Nord du pays (c'est toujours le massif du Caucase). Le chemin n'est pas vraiment direct, il faut d'abord prendre une marchroutka pour Zugdidi, presque à la frontière de l'Abkhazie, ex-région Géorgienne déclarée indépendante après le conflit de 1992-93 qui opposa les Abkhasiens, les indépendantistes Russes et les Géorgiens. L'Abkhasie est toujours imprimée sur les cartes géorgiennes, mais la petite ligne rouge précise que cette région, et celle de l'Ossétie, "ne sont plus sous le contrôle du gouvernement central".
A Zugdidi, on fait une longue halte. Nous ne monterons dans les montagnes qu'une fois que la camionnette sera totalement remplie. Le chauffeur insiste pour mettre tous les sacs à dos sur le toit, alors que la pluie menace lourdement. Ça fait chier tout le monde. Les Chinois, la Japonaise, les Polonais, les Français et les Ukrainiens tentent tous de lui expliquer que ce n'est guère tentant d'avoir toutes ses affaires mouillées en arrivant.
Le conflit résolu, nous partons dans une course effrénée vers les hauteurs. Le chauffeur n'y va pas de pied mort sur l'accélérateur, un vrai pro du danger. Les quatre Chinois n'ont pas l'air embarrassé, ils filment chaque parcelle de montagne, de vallée, de lac, de vache avec leur tablette. Leur enthousiasme est beau à voir.

Mestia est déjà trempée depuis plusieurs jours, et ya pas de raison que ça s'arrête pour nous. Guillaume sait très bien où loger car il est déjà venu fouler la neige par ici il y a deux ans. Nous marchons jusqu'à la grande maison des parents d'un ami de Khoka. Aleksandra, une petite femme ronde d'une cinquantaine d'années, aux cheveux bruns coupés un peu trop au carré, nous accueille chaleureusement avec du thé, du café et du ratchapuri, pain plat au fromage, cuit délicieusement au four à bois. Elle est d'origine russe, Galya et Dima nous servent d'interprètes (oui, beaucoup d'Ukrainiens parlent couramment russe). Nous profitons des dernières lueurs du jour pour faire un tour du village. Ici aussi, la mode de construire des tours était de mise. En pierre, dressées sur une section carrée jusqu'à une dizaine de mètres de hauteur, avec quatre petites arches juste sous le toit. Chaque maison a la sienne, semblable à celle du voisin. On pense naïvement qu'elles servaient à protéger le village des invasions, et ce fut peut-être le cas pendant une période, mais l'on raconte que les villageois s'en servaient surtout pour balancer des flèches sur leurs voisins d'à côté. Bonjour l'ambiance!
La nuit tombée, près de l'une des sources, on discute dans l'obscurité avec un autochtone qui parle anglais. Sa prose nous emmène dans des anciennes histoires pendant que, juste à côté, des voisins fêtent un mariage.

Le lendemain, bien décidés à ignorer la pluie incessante, nous partons à la rencontre du glacier, à quelques heures de marche de Mestia. Nous croisons une tripotée d'Israëliens parfumés, au visage dubitatif. Ça grimpe, ça pleut, mais nous atteignons le glacier. C'est la première fois que j'en vois un de si près. Face à sa large grotte bleutée qui crache une rivière glaciale, je pense à tous ces cinglés d'alpinistes tombés dans les crevasses, puis je suis prise d'une soudaine envie de rentrer me mettre au sec et au chaud.
Je trace la route avec Galya, les deux garçons sont plus lents. Tout couverts de vestes imperméables que nous sommes, la pluie a pris le dessus. Lorsque l'on retrouve enfin les tas de déchets que broutent les vaches (buvez du lait!), nous savons que le bain chaud n'est plus qu'une question de minutes. La cuisine d'Aleksandra se retrouve remplie de vêtements suspendus, nos nez rouges plongent dans un délicieux bol de soupe, la vie est belle.

Nous décidons le soir même de partir le lendemain matin vers le Sud-Ouest du pays. Il faudra se lever tôt pour chopper la marchroutka, certes, mais la pluie est un bon moteur pour fuir.


La grotte de Prométhée


Kutaisi, Géorgie
18-21 septembre

Kutaisi est la ville principale de la région d'Imeretie, et la deuxième ville importante de la Géorgie. Nous n'y allons pas pour son architecture ou son taux de criminalité élevé, mais pour y visiter une des grottes ouvertes au public assez récemment.
Pour se rendre à la grotte de Prométhée, au Nord-Ouest de Kutaisi, il faut d'abord prendre un bus qui nous emmène à Tskhaltubo, à travers un bois ponctué de somptueux hôtels soviétiques laissés à l'abandon depuis les années 80. Une jeune femme m'a raconté, avec des étoiles dans les yeux, qu'à l'époque de l'Union Soviétique n'importe qui avait le droit d'y séjourner gratuitement s'il nécessitait des soins prodigués à Tskhaltubo. Aujourd'hui ce sont des familles démunies qui y vivent, mais de grands travaux de rénovation sont en cours et je ne suis pas sûre que les familles en question pourront y rester...

Nous descendons à pied dans la fraîche grotte de Prométhée avec une guide anglophone et trois autres touristes, apparemment russophones. Bien sûr j'ai déjà vu des grottes avec stalactites et tout le toutim, mais celle-ci est particulièrement bien mise en valeur par de savants éclairages et une petite musique classique dont mes parents sauraient à coup sûr en reconnaitre l'auteur (mais pas moi).
Plusieurs salles se succèdent, les trois Russes traversent ça au pas de course, ben quoi, c'est juste du cailloux mouillé. La guide fait les cent pas entre les premiers et les derniers (nous). Le calcaire prend toutes les formes : des visages émergent, les éclairages mettent en valeur des drapés translucides, de longues tentacules s'alignent dans les couloirs - Giger n'a rien inventé (le dessinateur des décors des films "Alien") - de grosses meringues blanchâtres montent jusqu'au plafond. Guillaume mitraille tout ça avec grande jubilation.


Fonds de vallées

Shatili et Mutso, Géorgie
12-13 septembre

Quand Khoka n'est pas à l'un de ses deux emplois, il nous embarque pour une petite virée montagnarde. On prend les tentes, sacs de couchage (ça ne nous change pas de notre sac de voyage habituel), un max de viande à griller, et nous voilà tous quatre - plus le chien Sweetie - dans la Suzuki volant-à-droite, suivis par une seconde voiture remplie de contrôleurs aériens.
Le long de la première partie de la route, on croise encore de ces vendeurs de pastèques, comme en Asie Centrale. Les énormes globes verts sont alignés avec une précision raffinée à l'arrière du coffre ouvert de leur camionnette. La seconde partie du trajet, la plus longue, commence avec l'ascension d'une vallée qui longe l'immense réservoir Zhinvali, et continuera 4 heures durant, s'enfonçant de plus en plus dans le massif du Gudamakari puis du Pshav-Khevsureti (Caucase). Bitume troqué contre chemin de terre, Khoka manie son véhicule à la perfection, aucun nid de poule n'entamera notre bonne humeur. Devant nous s'étendent des montagnes aux contours doux comme ceux d'une meringue, un motif tressé recouvre la terre, dessiné par les milliers de sabots des troupeaux de moutons. Les arbres - quand il y en a - annoncent que septembre est inéluctablement le début de l'automne : plus ils sont en altitude, plus ils sont rouges.
Nous traversons quelques petits villages ; la plupart des habitantes sont de vieilles dames courbées, que l'on trouve planquées dans les potagers le long du chemin. Et enfin Shatili, modeste et impressionnant village fortifié. Une soixantaine de tours-maisons accrochées à la montagne escarpée, entre lesquelles il était autrefois possible de circuler sans jamais poser pied à terre, par l'intermédiaire de passerelles sur les toits-terrasse et autres escaliers dérobés. On se disperse dans les ruelles, chacun explore à son rythme. J'entre dans des maisons sans porte, espérant secrètement rencontrer des autochtones vêtus de superbes costumes comme dans les films de Paradjanov, mais en réalité, la plupart sont inhabitées. Les balcons de bois et les terrasses abritées témoignent de la récente rénovation des lieux, la Géorgie tient à son patrimoine historique.
Je ne cracherais pas sur une petite maison comme ça pour y passer mes vacances, mais ma maman dirait que les fenêtres sont trop petites...

Le soir approche, nous installons notre campement dans un des méandres herbeux de la rivière qui passe en contrebas du village. Les contrôleurs aériens s'occupent du feu et des brochettes avec grand sérieux. Le repas est délicieux, on pue la fumée de bois, c'est génial (vraiment!).
Au matin, Danielle constate que des visiteurs ont mangé tout le fromage qu'on avait oublié de rentrer. Les contrôleurs aériens ont déjà rallumé le feu, ils font cuire des saucisses et griller du pain pour le petit déj'. Nous décampons et continuons notre route dans la même direction (Nord-Est) jusqu'à frôler la frontière Russe. Les roches ont un air de demoiselles coiffées à certains endroits, puis retombent dans un aspect plus habituel. Dans une courbe de la route, Khoka arrête la voiture et nous dit d'aller voir. Trois petites constructions basses en pierre sèche, avec de toutes petites fenêtres et aucune porte. La curiosité me fait pencher la tête dans une des ouvertures : à l'intérieur, des ossements humains désordonnés posés sur des espèces de lit-étagères. Le toit de pierre, construit comme celui d'un igloo, a été refermé après que les corps aient été déposés. Sur le rebord des "fenêtres" des restes de bougies calcinées et des pièces de monnaie.

Mutso n'a de village que le nom. D'immenses tours défaillantes se dressent à flanc de montagne. Ils ont misé plus haut que celles de Shatili, mais elles sont dans un état plus tragique. Tout est construit de pierres sèches type schiste, les angles des tours sont impeccablement carrés, mais tout se pète la gueule, et les travaux de consolidation ne sont pas encore financés (mais c'est dans les tuyaux depuis un petit moment déjà). On peut encore voir, dans certaines maisons par encore écroulées, les planchers séparant l'étage des moutons (rez de chaussée) de celui des humains (1er et 2eme étage). Au sommet du village, une petite chapelle aux minuscules portes de bois abrite un christ peint. Là aussi, dispersés à plusieurs endroits, on trouve de ces tombeaux de pierres remplis d'ossements humains.
En bas du village se trouve une seule maison habitée, récemment construite mais dans le même style. Une famille y habite, descendante de l'un des habitants de Mutso. L'état leur donne une rente pour qu'ils puissent vivre là, avec leur petit potager et leurs ruches. Ils veillent sur les tours, sur leur passé.


18 sep.

Tbilissi l'européenne


Géorgie
8-18 septembre

Les trajets en avion ne me laissent généralement que peu de souvenirs, comme si l'âme peinait à suivre. La téléportation aéroportée nous dépose délicatement à Tbilissi en matinée. L'ami Khoka vient nous accueillir tout naturellement à l'aéroport, son lieu de travail ; il est contrôleur aérien. La voiture file à travers une ville en plein chambardement. Guillaume, venu à Tbilissi deux ans auparavant, est surpris des changements. Les stations essence désaffectées juxtaposées aux nouvelles fraîchement installées, les immeubles soviétiques décrépits, le nouveau palais de justice en bouquet de champignons blancs, les fresques en peinture émaillée représentant le peuple géorgien fier et travailleur, et beaucoup beaucoup de grands arbres qui diffusent une ombre fraîche. Tbilissi me semble encore plus belle que la dernière fois, en juillet. Le regard, habitué à la rudesse architecturale des villes d'Asie Centrale, soudain se souvient qu'une ville peut être fascinante et superbe.
Guillaume et moi avons besoin de repos, besoin de rester dans le même lieu pendant plusieurs jours sans courir partout. La ville a ce charme des lieux chargés d'histoire, des strates de construction, des quartiers en mouvement. Provoquer des choses semble encore possible, contrairement à certaines capitales trop élaborées. Khoka et Danielle, sa compagne américaine, ont ouvert un bar en mai dernier, et depuis ça ne désemplit pas! Planqué dans une ruelle derrière la grande avenue Rustaveli - un poète Géorgien - dans un ancien atelier, le "Dive" revendique son statut de bar de quartier, simple et pas cher. La faune qui y traîne est très internationale (à cause des deux américains derrière le bar?), des étudiants en Erasmus, des volontaires européens, des jeunes gens qui fuient leur condition en Syrie ou en Iran, et tout de même quelques Géorgiens. Ça boit des bières, ça cause pas mal anglais, et ça joue au "bier-pong" (basé sur le ping-pong, je vous laisse deviner les règles du jeu).
Je rencontre S. , jeune femme Iranienne. Grands yeux noirs, longs cheveux noirs, vêtements noirs tirant sur le style gothique-métal. Elle bosse au Dive depuis un ou deux mois, et tente de trouver le temps de peindre dans sa chambre-salon en colocation avec une Anglaise sans-gêne. Elle n'a pas vraiment choisit de venir en Géorgie, c'est un état de fuite qui l'a amenée ici. Auparavant elle vivait à Istambul, en Turquie, mais la même morale musulmane qu'en Iran prenait ses droits sur sa liberté, alors elle a opté pour un pays chrétien, se disant que ce serait moins présent... erreur, la Géorgie orthodoxe est aussi fort concervatrice et misogyne, Danielle s'en plaint aussi.


14 sep.

les infinies steppes Kazakhes


Kazakhstan à nouveau
4-8 septembre

Revenir dans un endroit déjà connu, même peu, a toujours quelque chose de rassurant. Almaty, la première fois effrayante par sa taille, prend un air plus humain à la deuxième rencontre. Nous avons la chance d’être héberges par Khuanish et Saoule, les amis peintres de mes cousins Kazakhs. Ils préparent une grande exposition regroupant plusieurs artistes. Nous on arrive un peu comme un cheveux sur la soupe. On retrouve quelques blocs de maison qui deviennent "nos" rues habituelles, on mange des glaces et on va au restau chinois Dungan (qu'on appelle aussi Hui, ces chinois musulmans qui ont servi d'esclaves en Asie Centrale il y a 2 siècles, puis qui sont restes vivre sur place après l'abolition de l'esclavage, pendant la conquête Russe au 19eme siècle).

Guillaume a depuis quelques semaines l'envie d'aller voir des pétroglyphes (dessins anciens graves dans la pierre). Il y en beaucoup au Kyrgyzstan, et également au Nord-Ouest d'Almaty. Il nous reste deux jours, c'est le moment!
Nous louons une belle voiture bleue (ouf! pas automatique) et quittons la ville tentaculaire sans trop de mal (c'est Guillaume la tête, moi les roues). La route est bonne, on file droit. Dommage qu'on n'aie pas de musique ; les radios d'Almaty diffusent surtout des trucs vraiment ringards ou bien de l’espèce d'euro-dance, et a choisir, je préfère le bruit du moteur, si doux a mes oreilles habituées au rugissement de ma Fiat Panda. Au long de la route défilent les magasins de voiture, des bazar géants, des montagnes de pastèques, les cagettes de fruits, les casino clinquants-dorés et les préposés au nettoyage des bords des routes, en gilet orange fluo et masque sur le visage.
En s'imaginant adaptes au pays, on se dit qu'on n'a pas besoin de faire des courses de bouffe et d'eau a l'avance, car on en trouve toujours plein sur le bord des routes. 100 km plus loin, on se dit qu'on s'arrêterait bien bouffer quelque part, mais les bled se font désormais rares. On trouve des boulettes de fromage de jument (c'est spécial, mais après on apprécie), et deux beignets aux patates. Bah! on va trouver au prochain bled qu'on voit sur la carte... Prochain bled : une voie ferrée, des maisons, des vaches qui broutent le long de la route, personne dans la rue, pas d'échoppe. Bon, on va voir les pétroglyphes et puis on va se rationner sur l'eau.

Le paysage, au départ verdi par la proximité des montagnes, s'est complètement desséché et aplani. Nous pénétrons dans ces fameuses steppes que l'on avait traversées en train le mois dernier. Si la voiture n'avait pas besoin de route pour avancer, je pourrais lâcher le volant, je ne percuterais rien pendant des km. Mais ce n'est pas comme un cheval, une voiture, il faut la manipuler avec précaution pour ne pas en défoncer le sous-bassement. La route est devenue une suite de nids de poules géants (pas vu les poules en question), on avance a 12 km/h mais on y arrive, à Tamgaly!
Sur le parking, deux voitures et un cheval. Deux messieurs à casquette viennent vers nous, l'un est guide (casquette FBI), l'autre est plutôt genre sécurité (casquette bleu marine). Il est 15h, le soleil est encore bien vigoureux, mais on sent qu'il perd de sa force et que l'automne arrive doucement. Casquette FBI nous emmène dans le petit canyon caillouteux où se déroulent nombreux superbes dessins. Ses notions d'anglais sont limitées, aussi il énumère les noms des animaux représentés, et évoque des évènements du genre "sacrifice", "Kama Sutra", "dancing chaman". Les archéologues ont toujours cherché à interpréter les dessins/peintures du passé, mais pourquoi sont-ils persuadés que tout a une valeur hautement symbolique? Le Dieu-Soleil en question ne serait-il pas juste un bonhomme dessiné sur un mur?
Néanmoins, interprétation ou pas, c'est superbe.

On aurait pu camper près du lieu, mais nous n'avons plus rien à boire. Nous ré-enfourchons notre cheval bleu et retournons cahincaha vers la civilisation. A une échoppe installée dehors, dans le même bled qu'à l'aller, on re-mange des beignets gras avec un bol d’espèce de lait de jument aux céréales. Plusieurs Kazakhs viennent en demander, apparemment c'est une boisson répandue par ici, mais qui ne fait pas fureur dans nos estomacs.
Nous trouvons ensuite, épuisés, un endroit sous trois arbres (alleluja! des arbres!) pour poser la tente. Le ciel est infini, sans aucune pollution lumineuse, presque pas un son a part quelques chiens au loin (oui, c'est quand même un peu habite).
Le lendemain, nous rendons la voiture au brave monsieur qui veut nous facturer le lavage du véhicule à 2000 Tengue (ça fait 10 euros). On refuse. Pas notre faute si son pays est poussiéreux.
Toute l’après-midi nous nous baladons d'expo en expo avec toute une bande d'amis de nos hôtes, artistes eux aussi. La ville d'Almaty prend une nouvelle dimension, comme si elle s'humanisait au fur et a mesure. On termine au resto Dungan habituel, a manger, boire des bières et causer en anglais-russe. Ce soir on prend l'avion pour Tbilissi. C'est une belle sortie de scène que ces quatre derniers jours.


12 sep.

si t'es pas un dur, ne t'avance pas sur les terres d'Asie Centrale

trajet Tashkent-Almaty
2-4 septembre 2013

Le lendemain du jour de l'Indépendance de l'Uzbekistan, toujours accompagnés de notre fidèle Shinji, nous sommes fermement décidés à rejoindre Tashkent puis retourner à notre point de départ, Almaty.
Taxi jusqu'à Tashkent, musique Tadjik à fond.
Tashkent : on trouve ENFIN le fameux hôtel Gulnara, qui n’était pas DU TOUT à l'endroit indiqué par leur maudit google maps que tout le monde semble bénir ici-bas. Nous mettons quand même 2 bonnes heures pour y parvenir.
Le soir, nous nous retrouvons téléportés dans un restaurant chinois-uzbek, attablés avec une dizaine de japonais. Les frontières sont bien fragiles, finalement.

Au petit matin, nous saluons Shinji et partons vers la frontière Kazakh. Le passage d'un pays à un autre peut s’avérer laborieux selon les politiques adoptées. Quitter l'Uzbekistan est aussi long (voire même plus) que d'y entrer. D'abord la foule, qui forme une file d'attente encore pire qu'en France (style entonnoir + je m'incruste devant toi genre t'existes même pas), puis le remplissage incompréhensible d'une petite fiche vaguement en anglais, et enfin le tamponnage qui nécessite une vérification complète de tous les tampons se trouvant déjà sur le passeport (heureusement que j'ai peu voyagé...).
Après une bonne heure et demie à la frontière Uzbek, le passage au Kazakhstan est un jeu d'enfant.

En pourtour des points frontière évolue toute une faune variée : hommes avec les fameux gros sacs de sport pour changer de l'argent uzbek ; petites épiceries installées dans des containers, toutes alignées et vendant toutes la même chose mais rangé dans un ordre différent ; taxi-drivers ; rabatteurs/teuses pour les déplacement en autobus ; et quelques Gitanes bénissant l'air en brandissant une casserole où brûlent des herbes odoriférantes. En tant que tronche de touriste, on se fait alpaguer de toutes parts, et il faut savoir rester ferme. Une dame couverte des pieds à la tête de textiles fleuris, en passant par les mains gantées (le soleil tape dur!), nous propose un trajet en autobus pour Almaty. Adjugé, on accepte. Le départ ne se fera pas avant 18h (et là il est 13h), on a largement le temps de manger un plov dans un de ces boui-boui de no man's land.
Quand enfin l'heure du départ se profile à l'horizon, le pneu de la roue de secours de l'autobus explose dans son compartiment, sous le moteur. Le plancher du chauffeur a sauté avec, mais c'est pas grave. Guillaume regarde discrètement l’état des pneus de notre futur véhicule, ça passe.
Nous partons vers 19h, dans l’idée d'arriver vers 7h30 à Almaty le lendemain. C’était sans compter les dangers de ces pays sauvages. Après quelques heures de trajet sur un support plus proche du gruyère que d'une route, le téléviseur diffusant des fusillades avec le volume à fond fini par agacer un peu. Guillaume déclare soudain, les yeux exorbités, que la dernière fois qu'il était dans un autobus avec un film de baston, ils s’étaient fait tirer dessus (c’était en Colombie). Peu de temps après, deux vitres du bus explosent côté gauche : on nous tire dessus, mais avec des pierres cette fois. Lorsque le bus s’arrête, deux personnes sont emmenées en ambulance. Les chauffeurs recouvrent les fenêtres brisées de carton, et on repart. Tout cela s'est passé sans trop de cris, sans agitation. Les Uzbeks sont soit courageux, soit trop disciplinés pour râler.

Nous arrivons à l’entrée d'Almaty à 10h30, complètement fatigués mais contents d’être arrivés sans blessure.


04 sep.

On disait que Samarqand était belle...

... mais on ne savait pas qu'elle était policière et policée.

Uzbekistan
28 août - 2 septembre

Samarqand n'est séparée de Bukhara que par 260 km vers l'Est. Nous y allons en taxi, comme d'habitude, car les autres moyens de locomotion sont inexistant. Guillaume commence a savoir bien négocier les prix, en arborant un air totalement désintéressé. Shinji suit le mouvement, toujours dans la lune et over connecté sur son téléphone mobile. Grâce à lui on sait que le réseau wifi est relativement étendu sur le territoire Uzbek.
Cette fois on sait déjà où loger. Monsieur Furkat nous accueille avec nombre de salamalecks et tasses de thé. Son hôtel comporte une quinzaine de chambres qui s'ouvrent toutes sur une cour intérieure ombragée, abusivement décorée de suzani (pièces de tissus rehaussées de broderies) et autres motifs fleuris et/ou arabisants. Par-dessus ça, on rajoute une couche d'objets anciens suspendus aux balcons et nombreux escaliers, puis des cages à oiseaux, avec des vrai oiseaux dedans. L'un d'eux fait un cri proche de l'alarme de voiture, il faut un peu de temps pour s'y faire. Un couple de paons équeutés se balade dans la cour et mange les feuilles mortes (pas les craquantes, celles qui sont encore souples et jaune).

En ce moment le Festival International de Musique de Samarqand «Charq Taronalari» occupe la place centrale du Registan, trois grandes madrasa magnifiquement restaurées. Pas possible de s'en approcher si t'as pas de billet d’entrée pour le festival. Flicaille partout, rues bloquées même pour les piétons (ça énerve beaucoup monsieur Guillaume). L'appel de la musique est irrésistible, il FAUT qu'on choppe des places pour un des concerts!
En cherchant comment acheter ces fameux billets, on finit par se faire inviter par le groupe des Burkinabés pour un concert hors de la ville. Ni une ni deux, on monte dans le bus avec eux, et nous voilà à la table des invités, à écouter 5 groupes de différents pays en mangeant quelques fruits et du délicieux pain. La soirée est organisée pour inaugurer un nouveau quartier d'habitation qui vient d’être construit juste en pourtour de la ville. De superbes maisons toutes identiques dans des rues quadrillées... en France j'aurais dit "c'est horriblement triste votre truc", mais en Uzbekistan, venir vivre là est une ascension sociale considérable. Cuisine intégrée, chambres spacieuses, moquette, eau courante, petit jardin et rues pavées (donc moins de poussière). Petit-a-petit, le modèle USA/Européen prend le pas sur tous les modes de vie.
Le lendemain, on retrouve nos camarades Burkinabés, et on réussit grâce a quelques habiles contacts à obtenir les fameux billets pour le concert du soir. Joie! La scène est superbe, le son est bon, les musiciens sont impressionnants. Tous les groupes invités jouent de la musique traditionnelle de leur pays/région, ils portent aussi le costume en conséquence. Les Italiennes, les Russes et les Turkmènes nous ont beaucoup impressionnés, mais tous les groupes étaient bon.
En connaissant un tant soit peu le contexte politique du pays, on constate (tristement) que ce festival est avant-tout une parade pour les médias internationaux. Le nombre de place pour les spectateurs est limité aux divers hommes/femmes politiques, aux journalistes et aux éventuels touristes comme nous. Ce n'est pas dans l'optique du festival de proposer une ouverture culturelle, ou même un divertissement aux Uzbeks locaux. Le but, c'est de montrer que le pays est ouvert sur le monde, et généreux, et riche (ça s'est vrai!).

Le 1er septembre, c'est la fête de l’indépendance du pays. Bien sûr les rues et le Registan sont toujours bloqués, bien sûr les flics sont partout. En bon français que nous sommes, on s'attend à des défilés militaires, des feux d'artifices, peut-être même un bal? mais finalement il ne se passe rien de spécial... Les gens se baladent dehors un peu plus tard que d'habitude, mais c'est tout. Peut-être que les festivités se passent seulement à Tashkent?
Nous sommes impatients de quitter le pays, il faut l'avouer. Samarqand est comme une non-ville, comparée à Bukhara. Elle a des attributs de tourisme, mais les habitants, eux, sont planqués dans leur cour intérieure la plupart du temps.


Bukhara, repos des yeux et de l'âme


Bukhara, Uzbekistan
25-28 août 2013

Accompagnés par notre compagnon de route Shinji et son amie Ikumi, nous arrivons au petit matin à Bukhara, oasis à la limite orientale du désert de Kyzyl Kum. Le mot "oasis" fait très "Mille et une nuits", mais je vous assure qu’après Tashkent, ce mot prend tout son sens. La vieille ville, rénovée et ardemment entretenue tous les matins par une armée de petites mains qui ramassent les déchets, a des allures de cités arabes avec ses madrassas (écoles laïques ou religieuses), mosquées et mausolées couvertes de céramiques bleues et blanches. Certes il faudrait s'instruire et prendre connaissance de l'histoire de ce lieu, mais même sans rien savoir, je sens juste que cette ville pourra nous accueillir quelques jours sans nous agresser.
Des notre arrivée, une dame à bicyclette nous propose de loger dans son Bed&Breakfast, le prix est correct. Elle s'appelle Madina, la quarantaine, cheveux bruns courts, une gentillesse dans le regard. Elle parle plusieurs langues, dont le persan et un peu de japonais. Nous la suivons dans le dédale des petites rues de la vieille ville pas encore "touristifiée". Les rues sont en terre, il n'a sans doute pas plu depuis longtemps. Les maisons basses ont de grandes portes en métal, derrière lesquelles on peut découvrir des cour et des jardins si la chance les entrouvre.
Chez Madina, toutes les pièces s'ouvrent sur une petite cour peinte en bleu, ce qui fait que tous les hôtes s'y rencontrent et discutent forcement. Il y a surtout des Européens, et beaucoup de ces cyclistes fous qui visent le tour du monde, ou un bout du monde, en deux roues. Le couple anglaise-irlandais est sur les routes depuis 4 ans et demie, l'autre anglais se la joue en solo depuis plus d'un an. Un troisième fait de même. J'ai du mal à comprendre leur folie... quand on voit l’état des routes dans certains pays, et surtout la faune automobile qui y circule, sans grand respect pour les cyclistes, ça doit être un stress permanent.

Les journées qui suivent se déroulent comme un doux ruban, nos déambulations passent de lieux hyper-touristiques a d'autres complètement vierges d’étrangers. On suit notre instinct, on ne cherche pas grand chose sous cette chaleur qui attaque des le matin, on est juste bien la. La flicaille est étonnamment discrète à Bukhara. Les vendeurs et vendeuses de tapis/foulards/céramiques (au choix) s'adressent à nous en français, ils ont tous un niveau excellent. Un gamin veut nous vendre des cartes postales, on tape la causette également en français, comme si c’était sa langue maternelle.
Sur la demande de ma sœur, je me mets à la recherche de suzanis et d'ikats de soie.


Tashkent express

Uzbekistan
24 août

La frontière passée juste après Osh, nous pénétrons en pays dictatorial dirigé par monsieur Karimov (ancien premier secrétaire du pays, sous l'Union Soviétique).
Le taxi file droit sur Tashkent. Nous avons ramasse au passage Shinji, voyageur Japonais au visage calme et à l'anglais sans "R". A chaque changement de région (le pays en comporte 12), une sorte de frontière fait ralentir le taxi, parfois il faut présenter les passeports et répondre à la curiosité des costumes vert ; c'est un peu à la tête du client. Le paysage, depuis le Kyrgyzstan, est de plus en plus plat et sec, couleur terre de Sienne claire. Les routes bien bitumées sont à mi-chemin entre la nationale et l'autoroute. Un alignement ininterrompu de blocs de béton fait office de barrière centrale, ce qui n'empêche pas les piétons de traverser la route, au risque de se casser la gueule en enjambant le muret quand ils sont trop chargés de paquets. La vitesse de la circulation n'affole pas du tout les commerçants postés tout au bord, leur petite échoppe faite d'une étagère et d'un parasol ou autre système pour faire de l'ombre. Les ères d'autoroute, ce sont eux. Les tunnels sont gardés par des policiers, même à l'intérieur on voit un pauvre gars posté là avec sa kalachnikov (ou autre artillerie) ; par contre l'état économise en personnel en plaçant de fausses voitures de police grandeur nature, peintes sur une plaque de bois posée au bord de la route. La voiture dans laquelle nous sommes fonctionne au gaz, comme la plupart des véhicules ici (gaz pas cher puisque c'est une des grandes richesses du pays). La bonbonne prend la moitié de la place dans le coffre, et nécessite d’être remplie toutes les 2-3 heures environ. Tous les passagers doivent descendre du véhicule à chacune de ces manipulations, sécurité oblige. Ils ont même construit un petit abri avec bancs, exprès pour patienter à l'ombre.

Sept heures de route après, nous sommes déposés à une station de métro de Tashkent. Attention les yeux! Des tunnels larges et décorés luxueusement, avec un style désuet "grand empire" des années 60, tout y est impeccable de propreté, et bien sur gardé par plusieurs policiers verts placés aux endroits stratégiques, qui ne manquent pas de contrôler nos gros sacs au détecteur de métaux. Mon cousin historien racontait que chaque ville de l'URSS de plus de 1 million d'habitants avait droit à son métro, mais pas de chance pour Almaty, ils n'ont pas eu le temps de le creuser.
Après avoir passé 3 heures à tenter vainement d'acheter un billet de train pour les futurs trajets, nous laissons tomber et tentons de trouver l’hôtel Gulnara. 3 heures après, on tourne encore dans un quartier immense et désert avec nos gros sacs sur le dos, pas moyen de trouver ce p*** d’hôtel. Les "taxis" (n'importe quelle personne motorisée s'improvise taxi en Uzbekistan, comme au Kazakhstan) ne connaissent pas le nom des rues, qui d'ailleurs ont changé depuis peu (désoviétisation oblige), et savent mieux que nous à quel hôtel il faut aller : celui a 100 dollars la nuit. Une certaine chance nous fait tomber sur un énième chauffeur de "taxi" qui parle italien. Il prend pitié de nous et nous trouve une chambre à 70 dollars. Guillaume ne cache pas son dépit envers cette ville si inhospitalière.
Shinji nous apprend qu'il ne peut pas aller dormir chez son ami qui habite Tashkent parce que la loi oblige les touristes à être "registrés" chaque soir dans un hôtel (petit papier daté/signé ajouté chaque jour dans le passeport). Si, à la fin de ton séjour en Uzbekistan, tu n'as pas autant de papiers que de nuits passées dans ce pays, alors tu payes une amende d'environ 100 dollar par nuit. Cool, non?
Le lendemain, on passe à peu près la moitié de la journée à trouver un moyen de retirer du cash. L'Uzbekistan est un pays riche, qui veut qu'on crache les billets, mais il ne donne même pas les moyens de les cracher, ces billets. Les prix sont la plupart du temps en dollars car le soum est en inflation constante, et quand tu changes 100 dollars tu te retrouves avec 250 000 soum en coupures de 1000. Imagine la taille des liasses de biffetons!


27 aoû.

Osh, territoire du Roi Salomon

Kyrgyzstan
21-23 août

Pétri d'histoire, ce territoire. Mais tout ce que j'en sais, c'est que le roi Salomon (970 931 av.JC selon wikipédia), en voyant le mont rocailleux et sec dépasser de la terre aride, a déclaré que c’était l'endroit idéal pour y installer son fief et son trône. Depuis, cette colline rocheuse est devenue sacrée et lieu de pèlerinage. Les femmes en désir d'enfant y montent, car il paraît que la roche ressemblerait à un ventre arrondi de femme enceinte (j'ai pas dû bien regarder...), et dans une des grottes un Imam fait son business en récitant des prières quand tu lui donnes quelques centaines de soum.

Osh est toute parcourue de petits canaux d’irrigation (un peu comme à Valence), et malgré la chaleur torride de cette fin d'août, on peut déambuler à l'ombre de grands arbres dans le parc central, regarder les vieux messieurs à chapeau jouer incessamment aux échecs ou au backgammon (on y joue toujours de l'argent). Les gamins emmènent leurs parents à la foire ; il y a l'air d'en avoir dans chaque grosse ville des pays de l'ex-URSS, au look un peu désuet. J'aime beaucoup les balançoires suspendues au bout de chaînes, qui tournent en rond poussées par deux gros ventilateurs placés en haut du manège.

Le bazar est paraît-il le plus gros d'Asie Centrale, car Osh est un point stratégique de la route de la soie. Des dizaines d'allées étroites quadrillent la zone, et lorsque ce n'est pas de la bouffe (pastèques en force), on y vend surtout du produit chinois ou des restes de stocks de produits de l'union soviétique, comme ces petits cahiers d'écriture vert pâle aux lettres cyrilliques. Des hauts parleurs diffusent une voix juvénile qui débite sans interruption, de 9h à 18h, une litanie mystérieuse. Je ne parviens pas à savoir s'il s'agit de prières en arabe ou des taux du cac40 en uzbek, mais on l'entend même depuis notre hôtel. Je force un peu la main de Guillaume pour acheter un superbe "tapis mural" pour mettre dans notre future yourte (on peut rêver), on ne sait pas encore comment on va le ramener en France, mais allez, il n'est pas si gros.
Le temps s’étire un peu. Flânerie bienfaisante après avoir parcouru tant de kilomètres.


L'embuscade (encore!) de l'accordéoniste

lac Sary-Chelek, Kyrgyzstan
20 août 2013

Aujourd'hui on se lève tôt et heureux : on va aller se baigner au lac Sary-Chelek avec deux camarades rencontrés la veille. Ils voyagent habituellement à vélo (trajet Amsterdam-Melbourne, rien que ça), mais s'accordent une journée sans. Le taxi nous attend à 9h. Pas d'autre moyen de locomotion possible par ici. Le trajet est superbe, on longe des roches rouges usées par les vents qui ont formé des sortes de Demoiselles Coiffées ; puis on remonte une vallée assez habitée, des petites maisons blanches au toit ouvert sur les côtés pour y balancer foin et paille. C'est d'ailleurs la saison des moissons, et l'on croise nombre de camionnettes "Gaz" (made in URSS) et d’ânes recouverts de foin.

Le lac est coincé entre des roches escarpées, le peu d'accès un bord de l'eau est occupé par diverses familles du coin venues passer la journée à manger et se baigner (comme nous). Impatients, nous allons vite goûter l'eau : fraîche mais délicieuse.
Une petite baignade, hop on sort le pic-nique, hop il pleut.

Accalmie. Je sors le camping gaz et la casserole pour faire un thé (oui, on avait eu l'envie de camper la cette nuit...), Guillaume va voir d’où viennent les chants et l’accordéon qui se font entendre. Le thé infuse, on le boit avec Paul et Annina, Guillaume est toujours là-bas. On discute ; Annina pose sur des photos avec des garçons Kyrgyzes (elle est blonde, ça fascine un peu) ; pourquoi Guillaume ne revient-il pas?
C'est simple : il s'est fait embarquer dans une fête, et quand je le retrouve son taux d'alcoolémie est déjà assez élevé. L’accordéoniste s'appelle Ullan ; la boisson s'appelle Vodka. La boire cul-sec dans l’après-midi c'est quand même raide, mais faut pas trop vexer les hôtes, alors j'accompagne Guillaume. Toute la famille d'Ullan est présente. Les hommes boivent, les femmes moins, les gamins disent "hello, what's your name?". Guillaume disparait avec Ullan un moment, ils reviennent les cheveux mouilles, un bon bain ça dessoule (sauf quand on reboit derrière).
Les deux cyclistes décident de redescendre à la guest house à pied avant qu'il ne repleuve. Moi j'aimerais bien aussi, mais pas possible tout de suite, il faut d'abord discuter, puis boire, puis manger, puis rediscuter encore un peu. Je parviens à éviter la boisson terrible, mais Guillaume est davantage tenu de prouver sa virilité, pas facile de refuser... Nous finissons entassés à 23 dans une camionnette genre Trafic, à redescendre la vallée dans une joyeuse ambiance enivrée et musicale. Je ne veux pas savoir qui conduit et dans quel état. Nous arrivons dans la maison accueillante de la vieille dame qui tient la guest house, sans accroc ni encombre, c'est le principal.